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Sujet voisin (le fétichisme)

 

Le masochisme sexuel
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Cet ouvrage a fait l'objet d'une présentation sur TPS Star le 05 février 2010. L'auteur a fait une brève apparition dans l'émission "En attendant Minuit" (toujours sur TPS Star) qui a été diffusée 19 mars 2010.

Ce livre parle  du masochisme sexuel, pas de "pathologie" masochiste, mais du phénomène masochiste. Encore qu'il  serait plus juste de dire des masochismes, car il n'y a pas Le masochisme, sorti d'on ne sait où, mais des masochismes. Le masochisme n'existe pas en lui-même ; il existe des formes différentes de masochismes : le masochiste qui effectue le service de table en tenue de soubrette n'appréciera peut-être pas d'être un esclave couvert de chaînes qui reçoit le fouet suspendu à une croix de Saint-André. Tout un monde les sépare : le devenir-femme du premier et le devenir-animal du second.
-Désir de devenir femme dans le registre de l'humanité et de s'inscrire dans la chaîne de Portation du Vivant pour la soubrette ;
-Désir de communier à son animalité, en devenant d'abord un esclave, transition naturelle entre l'homme et la bête pour le second.
 Le fantasme érotique sera le développement du Complexe Matriciel du masochiste : qu'est-ce que la Femme, comment l'a-t-il perçue ? Est-elle la Reine pondeuse ovipare ou la Déesse vivipare qui se déchire en se dupliquant ?
Comment à partir de ces phantasmes primitifs vont se développer les désirs et les jeux masochistes où les joueurs porteront un corset victorien, un plug anal, une cage de chasteté... ? La palette des jeux est immense, infinie : être enfermé dans une seconde peau en latex, se faire piètiner le corps en passant par la pose de pinces à seins, le répertoire des jeux est aussi riche que varié...
C'est en étudiant les jeux masochistes et en écoutant le récit des masochistes ludiques qu'il a été possible non pas d'apporter une réponse au phénomène, mais de poser de nouvelles questions, qui bien souvent rendent caduques les théories et les certitudes dogmatiques qui existent sur le sujet. On découvrira qu'il n'y a pas un type de masochistes mais au moins trois : le Compulsionnel, le Déviant et le Pervers. Il n'y a pas un type de masochisme mais au moins deux, le masochisme de situation et le masochisme d'objet.

Ce travail est bien sûr incomplet. Je ne traite pas dans cet essai sur le masochisme du phénomène de la douleur ; je l’ai volontairement laissé de côté, je n’avais pour cela ni la connaissance de sa physiologie ni les moyens matériels pour l’étudier. Dans une vision globale, la douleur, quoiqu’importante, se situe souvent à la périphérie et non au centre du masochisme, elle n’en est qu’un élément, même si dans certaines formes elle en est l’essentiel.
Laissant de côté la physiologie, je n’ai pas cherché non plus à savoir si les neurosciences ont un élément de réponse au masochisme. Si elles peuvent apporter une explication au processus de la douleur, il serait étonnant qu’elles  puissent  répondre  au  « pourquoi » du masochisme. Il ne serait par contre pas surprenant que l’on nous annonce dans quelque temps que le « gène » du masochisme a été isolé. Bien souvent, les masochistes ont eu un parent masochiste, mais cela n’est pas confirmé par une étude de masse. On peut d’ailleurs se demander si cela pourra l’être un jour et encore faudrait-il savoir de quel masochisme il s’agit et s’entendre sur une définition un peu plus sérieuse que celle qu’en donne aujourd’hui la CIM ou le DSM IV.(1) Comme il sera vu, le masochisme ne correspond pas forcément à un comportement stéréotypé, il est polymorphe. 

(1) CIM : Classification Internationale des maladies. DSM : Diagnostic and Statistical Manual of Mentals Discorders 

Je ne traite pas séparément le masochisme de la femme et celui de l’homme. Même si les exemples et les témoignages illustrant mes propos sont majoritairement masculins, le masochisme doit être considéré comme un phénomène féminin au sens ou Freud entendait entendait masochisme féminin. Il est évident que le masochisme de l’homme est souvent plus voyant que celui de la femme qui, jusqu’à présent, dans nos sociétés, pouvait vivre son masochisme sans trop attirer l’attention. La « culture » la formant, l’invitant même à accepter son masochisme. La femme, dans la majorité des cas, si elle voulait atteindre un semblant de bonheur, avait tout intérêt à développer son masochisme. Ce qui ne signifie pas que toutes les femmes étaient ou soient  biologiquement  des masochistes avérées. Chacun de nous, homme ou femme, possède sa quantité de  masochisme féminin, acquise ou inscrite en soi. Mais entre le noir et le blanc il existe toute une palette de gris...

Extraits de l'avant-propos...

"Le masochisme est un sujet qui a fait couler plus d'encre que de sang et pourtant les tentatives d'écriture à son sujet sont peu nombreuses. À de rares exceptions près, ce compagnon de route du genre humain n'a pas l'air d'intéresser les philosophes ou d'être un sujet de réelle curiosité. Il faut dire qu'avant que les psychiatres ne braquent sur lui les feux de l'anomalie, il cheminait tranquillement avec l'humanité sous forme de rites initiatiques, de pratiques sociales ou religieuses ou plus simplement dans sa forme sexuelle. Car aussi loin que l'on remonte dans le temps, il semble que le masochisme fut toujours un partenaire de l'espèce humaine. L'humanité et le masochisme "chevauchent" côte à côte, depuis la nuit des temps. Des ex-voto sous forme d'éperons, de cravaches ou de mors ont été retrouvés dans les temples dédiés à Vénus Aphrodite. Du lieu sacré au cabinet du psychiatre, en passant par le bordel, le masochisme est là, compagnon fidèle de l'humanité..."
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Plan de l'ouvrage :



Avant-propos                                                     13 
                             
Introduction                                                       15                            
Les usages
Sadisme et masochisme
La science

Chapitre 1                                                                                       
Les théories de la psychanalyse   
                       27

Les thèses de Freud :
-La théorie des pulsions
-La pulsion de mort
Sacha Nacht et Wilhelm Reich
Le caractère masochiste
Théodore Reik ou le non-dit théorique
Edmund Bergler
Trois concepts
Les contemporains
La réaction thérapeutique négative
Le DSM
La morale comme base théorique
L’approche lacanienne :
-Le déni et la forclusion
-Le Phallus
-Les objets
Récapitulatif

Chapitre 2                                                     
Eléments pour un complexe matriciel  
               65

Le ventre du monde
Un complexe matriciel
Les fondements mythologiques
Le calendrier biologique
Georg Groddeck, la matrice et la poitrine

Chapitre 3                                                      
La théorie des masochismes    
                           85 

Le masochiste compulsionnel
Le masochiste déviant
Le masochiste pervers
Le masochisme de situation
Le masochisme d’objet

Chapitre 4                                                        
Les jeux masochistes     
                                     107

Les jeux de bondage
Le jeu de l’araignée
Biens : meubles et immeubles
Carpettes et tapisseries
Prises de vues
Les quatre objets
A quatre pattes, ensemble mais différents
La mise en croix
Le travestissement dans les jeux masochistes
La Maman et la soubrette
Le travesti se ment ?
Une apparence trompeuse : le dépôt
Une apparence trompeuse (suite) : la Reine
Le lavement
La Maman et la putain
De l’évolution des espèces


Chapitre 5
Deux exemples de masochisme d’objet      
         143

Premier récit : un masochisme œdipien
Deuxième récit : un masochisme matriciel
La différence de sens dans les deux récits :
-Présentation
-La prise en main
-Le travail ménager
-L’argent
-L’accord tacite
-La castration et l’effacement
-Les tiers
-La correction
Conclusion

Chapitre 6
Gilles Deleuze ou l’approche philosophique 
     169

Les trois femmes
Le contrat masochiste
Le sens du contrat
L’institution
G. Deleuze, un freudien ?
Les raisons


Chapitre 7
Masociologie 
                                                     189

Catholicisme et Réforme
La société civile

La société moderne :
-Les sports
-La culture
-Les nouveaux médias

Du bordel au donjon : la culpabilité
Un devenir incertain
Index alphabétique des auteurs cités                         221
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Index alphabétique des auteurs cités

 

Auteur inconnu, Pratique du sacrement de pénitence, Michel Boyer, Imprimeur  du Roy, 1600.
Bergler Edmund, La névrose de base, Payot.
Bettelheim Bruno, Les blessures symboliques, Gallimard.
Chevalier Jean et A.Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, R. Laffont.
Clavreul Jean :
-Le couple pervers, in Le désir et la perversion, Seuil.                               
-L’ordre médical, Seuil.
Crapouillot (le), hors série n°6, Petite Histoire des Maisons Closes.         
Dayan Maurice, L'autre cruel in L'énigme du masochisme, PUF.              
De M'Uzan Michel, Le masochisme pervers et la question de la quantité,
 in L'énigme du masochisme, PUF.
De Saintebeuve Jacques, Résolutions de plusieurs cas de conscience touchant la morale et la discipline de l'Église,
Paris 1700.                        
Deleuze Gilles, Présentation de Sacher Masoch, Minuit.
Deleuze Gilles et Félix Guattari :
-L'Anti-Œdipe. Minuit.
-Mille plateaux. Minuit.
Eiguer Alberto, Des perversions morales aux perversions sexuelles, Odile Jacob.
Cousin Philippe, (sous la direction de)  Encyclopédie du sado-masochisme, La Musardine.
Foucault Michel :
-Histoire de la sexualité, Gallimard.
-Histoire de la folie à l'âge classique, Gallimard.                                    
Foucault Annick, Françoise Maîtresse, Gallimard.
Fouque Antoinette, Il y a 2 sexes, Gallimard.
Freud Sigmund :
-Trois essais sur la théorie de la sexualité, Gallimard.                               
-Métapsychologie, 
Gallimard.
-Névrose, psychose et perversion, 
PUF.
-Abrégé de psychanalyse, 
Gallimard.
-La vie sexuelle, 
PUF.
-Totem et tabou, 
Payot.
-Essais de psychanalyse, 
Payot.
-Cinq psychanalyses, 
PUF.
Gianini Belotti Elena, Du côté des petites filles, Des femmes.
Groddeck Georg, Le livre du Ça, Gallimard.
Haddad Gérard, Le jour où Lacan m'a adopté, Fayard.
Hart Lynda, La performance sadomasochiste, Epel.
Irigaray Luce, Spéculum de l'autre femme, Minuit.
Jung Carl-Gustav, L'homme à la découverte de son âme, Payot.
Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, Payot.                                            
Lacan Jacques :
-La signification du phallus in Écrits, Seuil.
-Position de l'Inconscient, in Écrits, Seuil.                                                 
-Subversion du sujet et dialectique du désir, in Écrits, Seuil.                    
-Le séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud, Seuil.                    
-Le séminaire, Livre II, Le Moi dans la théorie de Freud, Seuil
-Le séminaire, Livre IV, La relation d'objet, Seuil.                                  
-Le séminaire, Livre V, Les formations de l'inconscient, Seuil.
-Le séminaire, Livre XI, Les quatre concepts... Seuil.
-Le séminaire, Livre XX, Encore, Seuil.
Lambotte Marie-Claude, Figure mélancolique du masochisme in
l'énigme du masochisme, PUF.
Laplanche Jean et J-B Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, PUF.
Larue Anne, Le masochisme, Talus d'approche.                                         
Lebrun François, Se soigner autrefois, Point.                                          
Masoch Sacher, La Vénus aux fourrures, Sediep.                            
Mayeur Françoise, L'éducation des filles en France au XIXe siècle, Hachette.
Mogniat Michel, L’idéologie freudienne, Édilivre.                                
Nacht Sacha, Le masochisme, Payot.                                                   
Phillips Anita, Défense du masochisme, Odile Jacob.                                
Porge Éric, Jacques Lacan, un psychanalyste, Éres.                                 
Rank Otto, Le traumatisme de la naissance, Payot.                                  
Reich Wilhelm, L'analyse caractérielle, Payot.                                        
Reik Théodor,  Le masochisme, Payot.                                                      
Rosenberg Benno, Masochisme mortifère et masochisme gardien de la vie, PUF.
Roudinesco Élisabeth et Michel Plon,  Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard.
Roustang François, Elle ne le lâche plus, Minuit.                                     
Saint-Laurent Cécil, Histoire imprévue des dessous féminins,  Herscher.
Serguine Jacques, Éloge de la fessée, Gallimard.                                   
Topique 2001/2 N° 75 p.45-60. « Théodor Reik et le rituel »                     
Weber Max, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Gallimard.
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Vous trouverez ici des analyses d'ouvrages sur le masochisme parus en librairie après "Le masochisme sexuel" (2009)

 

La perversion sadomasochiste
  Par Franco De Masi

L’ouvrage porte en sous-titre « L’entité et les théories » éditions Ithaque. L’auteur commence par nous dire qu’il y a une faille théorique dans la conception psychanalytique sur le sujet. On ne peut qu’être d’accord avec lui. On s’attend donc à de nouvelles vues.
Hélas, c’est la sempiternelle doxa freudienne qui nous est une fois de plus resservie. S’y ajoutent deux ou trois distorsions spectaculaires qui invitent à se demander si l’auteur a bien compris Freud. De Masi tire une étrange conclusion de la lecture du  « Problème économique du masochisme », écrit par Freud en 1924 :

 « Le masochisme serait une transformation et un retournement contre soi de l’impulsion destructrice. » P.81

Freud pensait effectivement cela en 1919, mais plus en 1924. Revoyons ce qu’il écrit de la pulsion de mort, laquelle selon lui, participe à un masochisme originaire :

« [...]Une partie de cette pulsion est placée directement au service de la fonction sexuelle où elle a un rôle important. C'est là le sadisme proprement dit. Une autre partie ne participe pas à ce déplacement vers l'extérieur, elle demeure dans l'organisme et là elle se trouve liée libidinalement à l'aide de la coexcitation sexuelle dont nous avons parlé ; c'est en elle que nous devons reconnaître le masochisme originaire, érogène. »

Non seulement Freud parle bien d’un masochisme originaire, mais pour lui, le sadisme a toujours été  intrinsèquement lié à la libido, pas pour De Masi :

« Les deux composants, l’élément sadique et l’élément libidino-amoureux, sont séparés... »P.152

Outre qu’on ne comprend pas par quelle magie le sadisme ne serait plus inclus dans la libido, afin d’avoir une libido « politiquement correcte »,  on se demande bien ce qu’est l’élément « libidino-amoureux ». Car c’est en biologiste dynamique que De Masi parle du sadomasochisme tout au long de son ouvrage. Mais il est difficile de traiter du sujet en se cantonnant à une « biologie » freudienne et à celle de ses successeurs orthodoxes. C’est la raison pour laquelle l’auteur nous entraine dans un charabia moderne comme les  Diafoirus de Molière s’abritaient derrière le latin :

« Le clivage total entre la sexualité et l’amour empêche toute alternative pour le sujet pervers : son excitation dérive du plaisir de la pénétration transgressive et de la subversion, et non du désir de fusion. » P. 144

Mais, et c’est cela qui semble le plus important, l’auteur titre bien son ouvrage « La perversion sadomasochiste » la dimension pathologique du phénomène est pour lui évidente. Le sadomasochisme et la perversion de manière plus générale sont assimilés à la toxicomanie. L’auteur fait la comparaison plus d’une dizaine de fois. S’inspirant non pas du DSM IV mais de la CIM, (cf. le chapitre 1 de mon ouvrage) l’auteur ne distingue absolument pas le sadisme du masochisme, pour lui, sadisme et masochisme sont une seule et même chose :

« Celui qui aime commettre des cruautés aime en même temps les subir. » P.63
« Alors que, dans le sadomasochisme les positions peuvent être continuellement inversées... » P.30

Une courte promenade dans le milieu BDSM et les écrits de ces derniers lui auraient été forts utiles pour traiter du sujet. Certes il existe des « switch » passant d’un rôle de dominant à celui de dominé, mais tous ne le sont pas, et il n’existe aucune statistique sur le sujet. La lecture de Freud et la quantité infinitésimale de pervers en analyse ne suffisent pas à avoir une opinion claire, si cela est possible,  sur le sujet.  On se demande même si la méconnaissance n’est pas totale quand on lit ce qui suit :

« Il est important pour le sadique de penser que la douleur et la soumission suscitent le plaisir et que le partenaire jouit de celle qui lui est infligée. » P. 43

Or, tous les masochistes un peu avertis fuient les sadiques comme la peste. Les masochistes recherchent un masochiste dominant avec lequel il y aura un échange sur la jouissance, alors que le sadique se moque de la jouissance de sa victime :

« Par contre le masochiste dominant recherchera cette jouissance du partenaire pour la maîtriser, ne serait-ce que pour en priver celui qu'il domine et dirige. [...] Le masochiste dominant joue sur le registre de la jouissance de l'autre, de son émotion, il entend en avoir une maîtrise constante, en contrôler tous les paliers,  en posséder le contrôle total. Le masochisme est une communication, le sadisme une expression. » (Le masochisme sexuel)

À la page 147, ce sont « Les nouvelles théorisations » qui sont passées en revue. Ces nouveautés sur le sadomasochisme sont uniquement les nouveautés orthodoxes, de la même caste que l’auteur. On a véritablement l’impression de se promener dans une secte où les membres se citent entres eux, en circuit fermé. Comme si aucune autre école, aucune autre orientation psychanalytique n’avaient jamais existé. Un véritable déni de ce qui a pu être fait ailleurs que dans la maison « mère », toujours pourvue du Phallus de la Vérité.

 « Le regard comme moyen de capturer et d’incorporer l’autre, le fait d’être regardé ou de blesser le regard dans l’exhibitionnisme, le fait d’être excité à la vue des organes sexuels dans la pornographie, font partie des scénarios nécessaires à  la perversion. » P.106

Lacan appelait ça la « pulsion scopique » et il y a consacré une large place dans son œuvre.  Aucune référence n’y est faite. Pas plus que la référence, incontournable, au travail de Gilles Deleuze.
Un des derniers chapitres s’intitule « Le plaisir et le mal, un point de vue psychanalytique » c’est le quart d’heure d’éthique qui précède la morale et la description de la norme en matière de sexualité et d’affectivité.

« L’un des aspects d’un bon travail analytique consiste à se placer constamment à côté du patient et à examiner avec lui ses fantasmes pervers pour l’aider, séance après séance, à distinguer les parties saines à développer d’avec les parties sexualisées  à contenir et à transformer. » P.180

On va donc faire le tri, et sélectionner avec le « patient » ce qu’il doit conserver de son psychisme, la partie « saine » et ce qu’il doit en rejeter, la partie malsaine. On va séparer le bon grain de l’ivraie, le bien du mal. Comme si l’inconscient était un plat de lentilles à trier ou une chambre à air qui fuit et sur laquelle il est possible de poser une rustine ! Ce n’est guère surprenant de cette psychanalyse moralisatrice et normalisatrice dont les codes sont parfois piochés dans les magazines féminins :

 « Il ne sera pas possible de parvenir ensemble à l’orgasme, qui peut être parfois atteint solitairement ou après le rapport proprement dit. » P.133

L’orgasme, c’est une évidence, doit être toujours simultané, tous les sexologues vous le diront ! En fait tout dépend de la façon dont la sexualité fut gérée dans la petite enfance, car :

 « Un enfant dont le processus de croissance est normal ne court pas après une sexualité prématurée, ne se masturbe pas, n’a pas de fantasmes excités. » P.179

Et si c’est le cas, Docteur, on lui attache les mains ou on lui dit que ça rend sourd ?
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Les formes du masochisme

Ce n’est pas une nouveauté ni un véritable ouvrage que nous offrent les éditions Payot avec Les formes du masochisme de Richard Von Krafft-Ebing.  Il s’agit d’une réédition de quelques cas de masochisme qui figurent dans la fameuse psychopathia sexualis du même Richard Von Krafft-Ebing.
Les expressions latines ont disparu et sont écrites en italique, plus besoin de se référer aux pages roses du Larousse.
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Leçons psychanalytiques sur le masochisme

Un petit ouvrage d’une centaine de pages que ces Leçons psychanalytiques sur le masochisme, de Paul-Laurent Assoun, éd. Anthropos, dans lequel vous n’apprendrez rien de neuf sur le sujet. C’est la récitation du catéchisme freudien habituel aux horizons obtus et fermés : l’Œdipe, la castration, l’angoisse...
Le masochisme est toujours envisagé dans une optique hétérosexuelle, la femme bourreau incarne le Phallus manquant etc.
« Il est essentiel dans la mise en scène, que le bourreau (femme) ait l’air méchant et agisse en conformité à cette disposition. » (p.27)
Le bourreau est donc toujours une femme, quid quand le dominé est un homme et le dominant un autre homme ou la dominée une femme et le dominant un homme ? Le masochiste, selon l’auteur, qui cite Freud abondamment, ne fait que reproduire le coït parental qu’il perçoit comme un acte violent (p.27). Comme il est stipulé dans la doxa freudienne que « rien ne peut arriver aux parties génitales ou aux yeux » (p.53) l'auteur le reprend à son compte, mais rectifie le tir un peu plus loin (p.87).
Vers la fin de l’ouvrage P-L Assoun passe en revue « Les destins postfreudiens » les principaux analystes qui ont écrit sur le sujet (Nacht, Reich, Bergler, Reik) en soulignant, et le fait est plutôt rare chez les psychanalystes, qu’il y a un manque capital à vouloir élaborer une théorie du masochisme en occultant la pulsion de mort. Juste un détail. Mais ce rappel a un goût de déjà vu. L'ouvrage très important de Gilles Deleuze "Présentation de Sacher Masoch" n'est pas cité. Un autre détail. L’ouvrage ne vaudrait peut-être pas la peine d’être signalé, si une des phrases finales ne contenait un peu de bon sens :

« Le culot monstre du masochiste est de se déguiser en objet a, voire de se faire passer pour lui. [...] Il s’incarne comme objet, au moyen de l’érection, « sur sa petite scène », de cette Loi qu’est le désir de l’Autre."

Mais les masochistes ne se déguisent pas tous en objet a de l'Autre ou en leur propre objet a, Certains masochistes, pas tous, arrivent à jouir de leur objet a. Ce n'est pas tout à fait pareil...
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Le masochisme
Du sadomasochisme au sacré

C’est à une analyse sociologique du masochisme que s’essaie Damien Lagauzère dans Le Masochisme, éd. L’Harmattan. L’exercice n’est pas tout à fait réussi.
D. Lagauzère commence par changer les définitions habituelles : « Certaines pratiques relèvent donc tantôt du hard, tantôt du sadomasochisme... » (Page 13). Ce qui est appelé hard, d’une façon généralement admise dans le milieu, est un sadomasochisme dans lequel les pratiques sont plus dures en regard du soft. 
L’approche psychologique est réduite à la portion congrue, mais ce n’est pas le but de l’ouvrage. La culpabilité du masochiste y est abordée de manière sociologique. Selon l’auteur, le masochiste se sentirait surtout coupable de ses pratiques « hors normes ». Même s’il reste possible que certains pratiquants se sentent coupables de leurs pratiques, la culpabilité, comme le pensent beaucoup d'auteurs peut-être une composante de certaines formes de masochismes et la pratique masochiste une évacuation de cette culpabilité.
Curieuse façon aussi de vouloir distinguer un masochisme normal d’un masochisme pathologique : « La réponse à cette question est simple. Hormis les cas relevant de la pathologie... » (Page 70) « Mais peut-être après tout ce rapport à l’amour qui marque là encore la différence entre un sadomasochisme soft et la pathologie ? » (P.110)
Cette distinction n’est pas sans raison, l’auteur nous présente, tout au long de son ouvrage, un masochisme fréquentable, un masochisme idéal et un autre, à rejeter impérativement. Ce « bon masochisme » fréquentable se différencie du mauvais par le respect des consignes de sécurité et vise à « ...préserver l’intégrité physique et morale de chacun... » (Page 176)
« Le SM suppose des pratiques à risque. Aussi les modalités de sa mise en scène répondent à cette nécessité de préserver l’intégrité non seulement physique mais également, et peut-être même avant tout, morale des uns et des autres. » (Page 180)
Lorsqu’un masochiste réclame « champagne et caviar » rien n’assure l’intégrité physique par la non transmission de microbes à moins de désinfecter l'urine et la merde auparavant ! Pas plus que des pratiques qui rentrent dans le cadre SM comme le marquage au fer rouge ou le piercing en passant par la scarification n’assurent l’intégrité physique des pratiquants. Quand à l’intégrité morale, l’exhibition peut parfois s’avérer très préjudiciable et sans possibilité de réparation. Le danger est inhérent à certaines pratiques et tous les masochistes n’utilisent pas de mot de sauvegarde. L’auteur les classe-t-il alors dans la dimension pathologique ?
Pour étayer sa thèse d’un masochisme idéal D. Lagauzère, rend compte du témoignage de deux masochistes du milieu gay, ce qui limite tout de même une vue d’ensemble du phénomène masochiste. L’auteur fait également référence aux intellectuels incontournables : Deleuze,  Bourdieu, Foucault et n’hésite pas à leur faire subir quelques distorsions :
« L’exercice du pouvoir n’est donc que temporaire, on n’en est que le dépositaire, voire l’instrument. Ceci explique en partie pourquoi son exercice n’est possible qu’avec le consentement de ceux sur qui il s’exerce. » (Page 64)
Cette analyse « foucaldienne » du pouvoir, non seulement oublie le pouvoir absolu, et un certain Damien, lors de son supplice en sut quelque chose, mais à la page 72 le pouvoir, toujours dans une optique foucaldienne,  est défini tout à fait autrement :
« La structure du pouvoir tel qu’il se manifeste, qu’il s’exerce dans la vie courante est rigide, et, de ce fait, la mobilité, les possibilités de changer de position sont réduites et soumises à des considérations extérieures à la volonté de l’individu. » (Page 72)
En ce qui concerne le masochisme féminin, l’auteur se calque sur les anciens, comme si aborder le sujet du masochisme féminin avait une odeur de souffre :
« Certes, les femmes peuvent également avoir des fantasmes masochistes, mais ils ne sont pas masochistes parce qu’ils sont féminins » (Page 95) Nacht ne dit pas autre chose : « Il suffit de remarquer que si le masochisme de la femme est naturel, ce n’est plus du masochisme. »
Pour l’origine même du masochisme, Lagauzère fait également référence aux classiques du genre : « D’un point de vue psychologique ou psychanalytique, le désir d’être puni ou humilié révèle le besoin d’adopter une attitude féminine passive envers le père. Être battu signifiant ainsi être aimé, l’amour prend la forme d’une punition. » Freud ne dit pas autre chose dans « Un enfant est battu ».
Sur le terrain même de l’auteur, la sociologie, on peut ne pas être d’accord avec lui quand on lit sous sa plume des phrases telles que : « C’est pourquoi la société a placé de solides barrières réprimant la violence au point parfois d’en oublier l’existence » (Page 209)
Il serait peut-être plus juste d’écrire que la société a canalisé la violence dans des corps constitués tel que l’armée ou la police, les bizutages et autres « institutions » où la violence se donne libre cours, plutôt que d’écrire :  au point parfois d’en oublier l’existence.

Enfin la référence à Deleuze étant incontournable, D. Lagauzère nous invite à faire un petit tour dans le contrat masochiste, en se démarquant de Gilles Deleuze, mais sans le renier :
« Le principe du contrat qu’il soit tacite, oral ou écrit, existe finalement dans tous les cas de relations, sexuelles ou non, sadomasochistes ou non. »
Autant écrire que le fait de dire bonjour à son voisin découle du contrat masochiste !
Il y a tout de même quelques bonnes choses dans cet ouvrage, des vérités récentes sous un vernis ancien de références « sûres ». On a parfois l’impression de feuilleter un vieil album de famille dont les clichés militants pour un masochisme parfait ont été retouchés par un Photoshop de l’investigation intellectuelle. La bibliographie est riche et conséquente. Incontournable pour les passionnés du sujet.
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