Le fétichisme
par Michel Mogniat
Edition électronique 2007

La reproduction de larges extraits à partir du support électronique est autorisée à condition de stipuler le nom de l'auteur et la source d'origine du document. Quelques unes des idées contenues dans ce court essai ont été abordées au cours de l'émission "Surpris par la nuit" diffusée sur France Culture le 03 décembre 2008.

 

Sommaire :

Introduction : la thèse freudienne
Le fétichisme de matière
Les objets variés du fétichisme
Le fétichisme féminin
Fétichisme et travestisme
Deux types de fétiches vestimentaires : les enveloppants et les attachants

 

 

 

Introduction : la thèse freudienne
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La signification première du fétichisme est l'attribution à un objet ou à un animal de propriétés surnaturelles bénéfiques pour le possesseur. Les fétiches sont communs à toutes les civilisations. Le fétichisme est donc lié à l'animisme et à une conception magique du monde. Il est aussi une expression sexuelle.
À en croire le Petit Robert, le fétichisme serait :

"une perversion sexuelle incitant l'individu à rechercher une satisfaction sexuelle par le contact ou la vue de certains objets normalement dénués de signification érotique. Fétichisme du pied, de la chaussure."

Il est évident, et cela est facilement observable, que le fétichisme est une composante de l'érotisme. La tenue vestimentaire dans l'attrait du regard, dans la provocation du désir, n'est pas sans importance. Telle personne sera plus attirée par la minijupe qui découvre les jambes, une autre appréciera d'avantage un décolleté offrant une large poitrine. Ou bien, et cela paraît important, c'est ce qui va cacher la partie du corps, le vêtement, qui sera élu en tant que fétiche sexuel. De la partie du corps préférée qui provoquera le désir, au vêtement qui le couvre, le glissement est naturel.
Pour la psychanalyse, le fétiche choisi par le sujet est le substitut du pénis manquant de la femme :

"Ainsi, si le pied ou la chaussure ou une partie de ceux-ci sont les fétiches préférés, ils le doivent au fait que dans sa curiosité le garçon a épié l'organe génital de la femme d'en-bas, à partir des jambes ; la fourrure et le satin fixent -comme on le suppose depuis longtemps- le spectacle des poils génitaux qui auraient dû être suivis du membre féminin ardemment désiré ; l'élection si fréquente de pièces de lingerie comme fétiche est due à ce qu'est retenu ce dernier moment du déshabillage, pendant lequel on a pu encore penser que la femme est phallique."
(S. Freud, le Fétichisme, in La vie Sexuelle, éd. PUF)

Pour Freud, le fétichisme est indissolublement lié au complexe de castration, au "manque" de la femme. Dans la théorie psychanalytique le fétichiste se défend de ce manque de pénis chez la femme par un "déni", processus différent du "refoulement". Ce déni apporte un "clivage du moi".
Alors que le refoulement consiste à refuser pour le sujet quelque chose venant de l'intérieur, un désir qui n'atteint pas la conscience ; c'est sur le refus de quelque chose d'extérieur que porte le déni. Pour la psychanalyse, le fétichiste se défend donc de la castration de la femme en se constituant un fétiche qui remplace l'organe absent. La diversité des formes de fétichismes existantes met à mal l'hypothèse freudienne.
On peut être d'accord avec Freud tant que le fétiche choisi est constitué par une pièce de lingerie féminine et que le fétichiste est de sexe masculin. Mais il devient difficile de suivre cette théorie quand on aborde non plus le fétiche en tant qu'objet, mais en tant que matière. Certes, la soie ou le nylon peuvent renvoyer à la douceur de la pilosité féminine, le cuir, par sa texture et son odeur particulière peut renvoyer à une animalité, mais que penser quand le fétiche n'est pas une partie du corps ou un vêtement particulier ?
Car le fétiche ne se constitue pas uniquement de vêtements ou de parties du corps. Quelle explication apporter lorsque le fétiche est une matière artificielle issue de la production industrielle aussi diverses que l'acier, le latex, l'aluminium ou le caoutchouc ? Une explication est d'autant plus difficile que les fétiches constitués de ces matières peuvent prendre diverses formes d'objets de la vie quotidienne.

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Le fétichisme de matière
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La thèse freudienne détient peut-être une part de vérité dans la compréhension d'un certain type de fétichisme, mais, comme pour le masochisme, en voulant absolument tracer un cheminement linéaire vers une normalité génitale passant par l'Œdipe et la castration comme structuration de la personnalité, elle s'est fermé elle-même un vaste champ d'exploration.
Le fétiche ou la matière fétiche ne sont pas constamment érogènes, ils ne le sont parfois qu'à des moments bien précis. Ainsi le gant en latex ou en caoutchouc prendra une dimension érotique lors d'un jeu de visite médicale et peut perdre son pouvoir érogène lors d'une simple vaisselle.
Le tablier, fétiche par excellence de la "castration", perdra toute consonance érotique lors de son utilisation normale ou demandera des caractéristiques prticulières pour être élu comme fétiche (forme, couleur, condition de port, etc...)
De plus, il paraît difficile d'expliquer le fétichisme de matière, même par un jeu compliqué de transposition, ou "d'après-coup" lorsque cette matière était inconnue du fétichiste actuel lors de son supposé "déni" originel. De pareils cas sont observables.
La problèmatique du fétichisme tient au fait que ce n'est pas toujours une pièce de lingerie qui constitue le fétiche et qu'il va falloir alors s'interroger sur son origine sans adopter uniformément la position freudienne. Des "soirées fétichistes" sont organisées régulièrement dans beaucoup de grandes villes ; on ne vient pas à ces fêtes bardé de culottes bouffantes ou de sous-vêtements soyeux, mais de body élastiques, de vêtements et d'objets étranges constitués dans les matières les plus diverses. Le fétichisme étant plutôt une pratique sexuelle solitaire, il est évident qu'il y a beaucoup d'exhibition dans les bizarreries folkloriques de ces soirées. Le fétichiste a souvent honte de l'élection de son fétiche, et il essaie de faire dériver son élection du fétiche, sur un facteur de mode, voire de "revendication". Il n'en demeure pas moins qu'il existe des formes de fétichisme très intrigantes.

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Les objets variés du fétichisme
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Un fétichisme assez surprenant est celui des masques à gaz. Ils apparurent au "grand public" durant la première guerre mondiale, le 24 avril 1915, dans la région d'Ypres, après que les allemands eurent gazé le front au chlore deux jours plus tôt. Ils trouvèrent, hélas, depuis, bien d'autres endroits où leur utilisation s'avéra nécessaire. Mais ce qui est curieux pour ce fétiche, c'est son emploi dans la scène sado-masochiste. On peut, dans les boutiques spécialisées trouver des dizaines de modèles différents proposés à la vente. À quel type de signes, de symboles ou de signifiants ces objets peuvent-ils renvoyer ? Certainement pas au signifiant du phallus. Mis à part le signe "animal", le jeu de l'araignée, (voir chapitre "Les jeux" dans Le masochisme sexuel) qui renvoie au-delà de l'humain, les explications sont manquantes. On serait plutôt tenté, ici, de renvoyer ces étranges formes vers le cinéma, et spécialement vers le cinéma d'épouvante ou de science-fiction, dans lequel des monstres extra-terrestres se reproduisent d'une manière identique aux insectes pour manger les humains ; ce qui situe le sujet bien avant le "déni" freudien : il y a très peu de probabilités pour qu'un masque à gaz soit la pièce de lingerie retenue comme fétiche au moment du déshabillage ! A la limite, si l'on tient absolument à rester dans la théorie psychanalytique, cette forme de fétichisme renverrait plutôt au stade du nourrisson et de la mère ogresse élaboré par M.Klein. Mais il est tout à fait probable que ce phantasme d'animal dévorant peut-être à l'origine du fétichisme des masques à gaz, provienne d'un passé animal qui a traversé intact tous les stades de l'évolution et pour lequel aucune théorie psychologique ne peut être envisagée pour le moment. Le passé ou le devenir animal du sujet ne peuvent pas être niés. Voici un témoignage concernant le fétichisme, où le fétiche est en relation avec un accessoire, en contradiction avec l'hypothèse freudienne du dernier moment retenu :

"Le docteur Julien Besançon qui a étudié plusieurs cas de déviations sexuelles, rencontra un jour un homme d'une quarantaine d'années qui se rendait à dates fixes dans une " maison " et posait des lunettes sur le nez de sa partenaire. Cet accessoire était indispensable pour qu'il puisse manifester sa virilité. Il avoua au médecin qu'il avait été, vingt trois ans auparavant, déniaisé par son institutrice qui portait des lunettes."
(Le Crapouillot, hors série n°6)

L'attachement au fétiche s'est donc produit à l'âge de dix-sept ans, mais ce n'est pas au cours du déshabillage de l'institutrice que le sujet découvre qu'elle porte des lunettes. À moins qu'elle n'ait ôté ces dernières en même temps que sa culotte, ce qui après tout, est possible.
Toutefois, c'est de souvenirs plaisants qu'il s'agit ici, un plaisir primant sur une éventuelle découverte angoissante.
Apparemment, il n'y a pas eu de "traumatisme" psychique, l'attachement à l'objet fétiche n'est pas lié à une découverte traumatissante de manque au cours du déshabillage, le fétiche était présent, sous les yeux du sujet, pourrait-on dire, depuis fort longtemps. Il n'y a donc pas eu "déni" entraînant un "clivage du Moi" : le sujet devient fétichiste par l'acte sexuel ; il ne le devient pas par un hypothétique ou miraculeux après-coup du déni.
Certes, en forçant les associations au maximum, on pourrait voir dans le fétiche (les lunettes) un "signifiant" de la castration : Œdipe s'est "castré" en s'aveuglant ! Voici un autre exemple, tiré du même article :

"De même, un client du Sphinx, que la sous-maîtresse et les filles appelaient "Plumeau", ne pouvait oublier, trente ans après, ses premières amours avec la bonne à tout faire de ses parents. La femme qu'il choisissait devait, en tenue légère, faire le ménage devant lui, balai, chiffons et plumeau à la main. Après une dizaine de minutes il était fin prêt."

Le ou les fétiches se sont cristallisés, ici encore, non à l'enfance, mais à l'adolescence, il paraît difficile de parler de déni au sens freudien. Le plumeau ne fut certainement pas le dernier objet aperçu par le sujet avant la nudité. Il l'avait en pleine vue chaque jour. Certes, le plumeau ou le balai peuvent devenir un symbole phallique, mais les chiffons ? Un rappel de la culotte ? La position fétiche-sadique du deuxième sujet inviterait plutôt à une lecture dans le cadre du jeu de la "maman et la soubrette ". Les masochismes (op.cité). Voici un autre témoignage relatif au fétichisme, qui, même si l'attachement au fétiche a lieu plus tôt, invite à s'éloigner des thèses de Freud :

"Je crois que mon plus vieux souvenir fétichiste date de mes 11 ans... […] c'était l'année qui avait suivi la sortie du film "Il était une fois dans l'Ouest", ce film qui avait provoqué une mode des maxi-manteaux. Moi, c'est d'un maxi-imper ciré que j'avais d'emblée rêvé. Je me souviens dès lors ne m'être jamais endormi le soir sans avoir porté, dans ma chambre, ce beau ciré que je prenais soin de boutonner complètement, et dont je serrais très fort la ceinture. Bardé dans le plastique, je me délectais du bruit que faisait le ciré au moindre de mes mouvements, du contact du plastique sur ma peau, etc... Autant que je me souvienne, je crois que c'est là que j'ai eu mes premières vraies érections..."

Le fétiche n'est pas seulement un vêtement ou un objet, une partie du corps, il est également mouvement, bruit, contact, odeur. Il ne renvoie pas exclusivement à un souvenir, à quelque chose de symbolique et dans le cas présent, il n'est pas en association avec une découverte d'absence. Ici une étape est franchie, le sujet se revêt de son fétiche. Mais cette action n'est pas véritablement une action de travestisme, ce n'est pas un imperméable féminin, dont le sujet se revêt ; même si le sens du fétichisme s'en trouve changé, l'action reste fétichiste, c'est le contact et les crissements du ciré qui provoquent l'excitation. On ne peut que constater que si pour certains cas de fétichismes la théorie freudienne s'avère suffisamment solide pour fonder une assise à cette notion de "découverte d'absence" de pénis chez la femme, nombre de figures du fétichisme demeurent encore inconnues et sans explication dans la littérature analytique.
On notera, dans le témoignage ci-dessus, que la matière fétiche est le plastique, qui n'est pas une matière "naturelle" et il peut y avoir là une interrogation : comment une matière inconnue, inexistante quelques années auparavant pour eux, peut devenir érogène chez certains sujets ? Il y a tout un fétichisme de matière qui n'est pas encore compris, et qui pour l'instant, ne peut pas être expliqué.
Voici un témoignage d'un fétichiste du caoutchouc qui vaut la peine d'être cité dans sa totalité ; on notera que le fétiche n'est pas un objet ou un vêtement particulier, mais qu'il peut être le fait de plusieurs objets de la vie quotidienne, (tablier, gants, bouillotte etc..) C'est bien la matière ici qui est fétiche avec un pouvoir érogène et non les objets en eux-mêmes :

"Au plus loin que remontent mes souvenirs d'enfance, ils font une place, et une place importante aux capes (ou pèlerines) caoutchoutées bien connues des écoliers des années 30 aux années 50. Aujourd'hui encore, je crois me souvenir de tous les capuchons que j'ai successivement portés -je pense, sans interruption- jusqu'à l'âge de 14 ans environ. Le premier, c'était à l'école maternelle. Il était en coton pied-de-poule marron et beige, doublé de caoutchouc beige et lisse. Puis, au passage à la " grande école ", j'ai eu un nouveau capuchon, coupé, lui, dans un tissu noir doublé, à l'extérieur, de caoutchouc noir verni, genre PVC (ce que les Anglais appellent SBR : Shiny Black Rubber). Il était assez raide et très odorant ; et il m'a laissé un très bon souvenir. Viendront ensuite plusieurs capuchons de coton beige ou marine enduit, côté corps, d'un caoutchouc suédé, nommé alors " envers daim ". Ce sont eux qui ont particulièrement marqué ma sensibilité et qui sont donc devenus mes préférés, tant j'en appréciais particulièrement le toucher et l'odeur. À cette époque, nombre d'accessoires ou d'objets en caoutchouc (bottes, tablier et gants de ménage, alèse de bébé, bouillottes et autres ustensiles de la vie quotidienne) faisaient également partie de l'environnement des enfants de mon âge. Tout ça, à côté des capes et impers caoutchoutés… qui peuplaient alors bien des garde-robes des enfants, mais également des adultes. Pour ce qui me concerne, je me souviens du grand tablier de caoutchouc marron et les gants de vaisselle de ma mère qui jouèrent eux un rôle non négligeable dans la formation de ma personnalité fétichiste. Je me souviens également d'une grande alèse de caoutchouc blanc, très odorante, qui avait été utilisée pour tous les bébés de la famille et qui servait encore chaque fois que l'on avait besoin d'une protection imperméable. Côté vêtements, bien que plus âgées, mes deux sœurs portaient également des capuchons. Et ma mère possédait, elle, un superbe imperméable, de marque " Hutchinson-A l'Aigle ", taillé dans un coton caoutchouté bleu foncé et doté d'une grande capuche boutonnée sous le col, avec une patte de serrage. Quant à mon père, qui allait au travail à vélo, les jours de pluie, il s'abritait sous un vaste poncho de caoutchouc noir. Ainsi, dans le couloir d'entrée de la maison, à chaque passage, je frôlais tous ces vêtements qui y étaient pendus, prêts à l'emploi quand le temps le réclamait, et exhalaient en permanence leur odeur."

C'est bien la matière, son odeur et son toucher qui sont ici constitués en tant que fétiche. Les gants perdent apparemment tout facteur érogène s'ils sont en coton ou en une autre matière. Voici un autre témoignage où le fétiche, plus classique, ne semble pas en relation avec une découverte d'absence, mais avec le souvenir d'une odeur et d'une situation particulière. Il s'agit d'un homme de 40 ans, fétichiste des ceintures de chasteté et des cages à pénis :

"Autant que je me souvienne mes premiers véritables émois maso et solitaires ont eu lieu vers 12-13 ans, ils ont d'ailleurs une relation avec les cages à pénis que j'affectionne maintenant. C'était en été pendant les vacances scolaires où je circulais librement et utilisais comme terrain de jeux l'école maternelle que dirigeait ma mère. À l'une des "explorations" j'avais découvert une boite contenant des culottes en caoutchouc qui devaient servir aux enfants pas encore propres pendant les siestes. Le contact avec cette matière a du me faire un énorme effet mais aussi l'odeur de miel qui émanait de la boîte. J'ai enlevé mon short pour tenter d'enfiler l'une d'elle qui bien sûr s'est déchirée. En cherchant, j'ai trouvé des tailles plus grandes que je réussis à mettre sans problème même si les élastiques serraient un peu. J'ai continué l'exploration de l'école en cette tenue. La chaleur et le frottement m'ont sûrement plu car j'ai gardé la culotte tout l'après-midi, la cachant soigneusement le soir pour la remettre les jours suivants où je savais que personne ne me dérangerait. Je n'ai pas le souvenir de masturbation, j'étais sûrement encore trop jeune et pas assez dégourdi pour découvrir mon sexe. Au fil des jours je me souviens que la "pression" du caoutchouc collant aux fesses et sur le bas ventre était une sensation fabuleuse mais qui devait être agrémentée de quelque chose. C'est à ce moment que j'ai tenté de contrôler l'étanchéité des élastiques en introduisant de l'eau dans le slip et ensuite marcher avec le liquide. Un autre jour c'est de l'herbe séchée que j'ai enfourné et je me souviens bien d'avoir bien tassé entre les fesses et l'entrejambes. Du sable a également éduqué mes goûts actuels. J'ai usé plusieurs culottes cet été là et plus courageux, un jour j'ai emporté l'une d'elles que j'ai portée toute une journée sous mon short d'adolescent. J'ai bien sûr "oublié" cette culotte et quelle ne fut pas la surprise de ma mère attendant que je passe mon pyjama pour emporter au lavage les vêtements quand, sans réfléchir j'ai baissé le short découvrant une culotte en caoutchouc plaquée par la transpiration sur la peau ; la plus belle bouffée de chaleur de mon enfance m'est arrivée suivie de demandes d'explications que j'étais bien incapable de fournir. Sans savoir comment je me suis retrouvé allongé sur les genoux de mon père qui a commencé à me fesser et comme je ne répondais pas aux questions les claques sur les fesses ont redoublé, puis il a arraché la culotte après avoir tenté de la baisser, l'élastique de la taille me bloquait les cuisses et les claques sur les fesses humides ont redoublé."

Le plaisir du sujet est peut-être lié à une régression de l'enfant qui souille sa culotte (le liquide et l'herbe sèche illustrant les fèces et l'urine), en pareil cas, les interprétations ne feront pas défaut aux psychanalystes : le père arrachant la culotte, "castrant" le sujet qui se prémunira plus tard de la castration par le port d'une cage, mettant son sexe à l'abri d'un "arrachement". Quoique l'attachement à la matière ait lieu avant cette fessée, et si le sujet est masochiste, il n'est pas homosexuel, cela est d'ailleurs de peu d'importance, ce qui est intéressant ici, c'est le fétiche, la matière fétiche, le caoutchouc.
Comme dans l'exemple précédent, c'est un contact qui constitue également l'attachement au fétiche, on y retrouve aussi l'odeur du miel. Encore un renvoi à l'insecte, à l'animalité, fréquent chez certains masochistes. Mais encore une fois, ce n'est pas une découverte d'absence de pénis, réelle ou supposée, qui soutient le goût du fétiche, mais une matière, une odeur, une sensation. Certes, on pourra voir ici un désir de régression concernant le conflit de la propreté avec la mère, un besoin de retour à l'état de bébé, au "stade" anal. Il faut noter aussi que le sujet, âgé de 12 ou 13 ans n'a pas de souvenir de masturbation, étant encore, d'après son témoignage "trop jeune et pas assez dégourdi pour découvrir son sexe". On notera également qu'il n'urine pas lui-même pour tester l'étanchéité de la culotte, mais qu'il y verse de l'eau.

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Le fétichisme féminin
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Comment expliquer par la théorie freudienne le fétichisme de la femme ? Et comment expliquer le fétichisme de la femme quand il se présente après l'adolescence et dans des matières synthétiques ? Même si les psychanalystes nous affirment clairement que ce dernier n'existe pas :

"Voici donc le fétiche, nous dit Freud, représentant le phallus en tant qu'absent, le phallus symbolique. Comment ne pas voir qu'il faut cette sorte de renversement initial pour que nous puissions comprendre des choses qui, sinon, seraient paradoxales ? Par exemple, c'est toujours le garçon qui est le fétichiste, et jamais la fille. Si tout était sur le plan de la déficience, ou même de l'infériorité imaginaire, des deux sexes, ce serait plutôt dans celui où on est réellement privé de phallus que le fétichisme devrait se déclarer le plus ouvertement. Or, il n'en est rien. Le fétichisme est excessivement rare chez la femme, au sens propre et individualisé où il s'incarne dans un objet que nous pouvons considérer comme répondant d'une façon symbolique au phallus en tant qu'absent."
(J. Lacan, Le Séminaire, Livre IV, éd. Du seuil)

Ce fétichisme, "excessivement rare" chez la femme, ne l'est peut être pas tant que ça. Selon la thèse lacanienne, la femme est, en quelque sorte, elle-même un phallus. Si le corps entier est le "phallus", c'est dans l'exhibition de son corps que la femme dévoile son fétichisme. Le fétichisme de la femme va s'exprimer tout au long de son existence dans ses tenues vestimentaires. Une femme pourra être une adoratrice des chaussures, des vêtements ou des sous-vêtements sans attirer l'attention de son entourage. Elle pourra être "excentrique" ou "originale" et se vêtir de ses matières et objets fétiches sans que soit soupçonné chez elle un "fétichisme" sexuel ; la mode absorbera son fétichisme et le lui renverra. Car, pour le fétichisme de la femme, comme pour son masochisme, il existe dans nos sociétés toute une structure mentale, un mode de pensée qui lui permettent de vivre ses "déviations" sans que l'on puisse les classifier comme "pathologiques" ou même les remarquer ; sans même, et cela peut sembler paradoxal, que le sujet lui-même réalise parfois son rapport érotique au fétiche.
Ce fétichisme clandestin de la femme est une des raisons pour lesquelles on possède peu de témoignages concernant ces sujets. Mais il existe bel et bien un fétichisme d'objet et de matière chez la femme. Voici un court extrait de correspondances ; la personne qui écrit est une femme, fétichiste des chemisiers, plus particulièrement des cols de chemisier et des blouses. Nul doute que la consonance érotique, si elle n'est pas évoquée, est bien présente sous la
plume :

"Concernant le port du tablier, entre autre, je suis assez fétichiste des tenues vestimentaires qui donnent un côté stricte et guindée... de façon à faire sage et très "conservatrice" [ ]...au quotidien, je portais une blouse ou un tablier par dessus mes vêtements. [ ]...Je dois posséder une vingtaine de tabliers et blouses (tous confondus) et donc je changeais de temps en temps. [ ]...Je possédais aussi des tabliers de soubrette (au nombre de deux). Quel que soit le type de chemisier, je les porte toujours avec le col fermé [ ] ... je suis plus souvent en jupe et chemisier). [ ]....grise anthracite, avec les poignets en dentelle blanche et le col Claudine [ ] ...A propos de cela, que pensez-vous des cols de chemisier concernant leur largeur ? Pour vous, le col fermé doit-il bien enserrer le cou quitte à être moins à l'aise ? [ ] ...Concernant les hauts, je ne porte que des chemisiers à manches longues, pensant que les manches courtes font un peu trop relâché. [ ]…En fait, j'ai trois styles de chemisiers, à savoir, des chemisiers à col pointu (style chemise d'homme), des chemisiers à col Claudine (col rond) et aussi des chemisiers à collerette montante (style fraise). Que pensez-vous de cela, et pensez-vous qu'il y ait une forme plus conventionnelle ? Je précise que je porte mes chemisiers exclusivement avec le col boutonné, car une fois de plus, je trouve cela plus rigoureux."

Il n'y a pas là grande différence avec les "fétichistes" masculins décrits par Krafft Ebing quand ils parlent de leur attachement au fétiche.
Bien sûr, on pourrait dire que le col est justement l'endroit d'où émerge la tête qui peut être interprétée comme un pénis. "Si vous rêvez d'une locomotive, c'est papa, si vous rêvez d'une gare c'est maman". Ce mot d'humour définissant la psychanalyse, tend hélas, de moins en moins à en être un.
Il existe également chez la femme un fétichisme de matière, particulièrement du latex ; il semblerait d'ailleurs, que dans les milieux sadomasochistes c'est ce composant qui l'emporte exclusivement chez les femmes dans le fétichisme de matière.

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Fétichisme et travestisme
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Une autre figure du fétichisme est celui où le fétiche se porte, mêlant le travestisme à l'amour du fétiche. Le fétichisme des blouses en nylon semble bien illustrer cette figure, il est un fétichisme d'objet et de matière. Sa particularité est d'être très souvent lié au masochisme. Pour la plupart de ses adeptes, si la blouse est constituée d'une autre matière que le nylon, elle perd tout attrait érotique.
Mais ce qui est encore plus intriguant dans ce fétichisme est le sens à donner au vêtement : certains adeptes de ce fétichisme ne savent pas déterminer pour eux-mêmes si l'émotion érotique rattachée à l'objet est due à un facteur d'autorité ou de subordination. C'est à dire qu'il y a chez beaucoup d'entre eux une incertitude de la source érotique dans le facteur excitant du vêtement. A savoir si ce dernier confère à celui qui le porte un facteur d'autorité en tant que représentant d'un pouvoir, ou si celui qui porte la blouse est de fait soumis à autorité. Quel que soit le degré "d'indécision" chez le sujet, l'objet conserve son pouvoir érotique, pour la catégorie des fétichistes qui se revêtent de cette blouse, la balance semble pencher pour la subordination et la soumission.
Quelques uns portent le vêtement à même la peau, et c'est le contact avec la matière qui est le facteur le plus érogène. Cette catégorie parle de "seconde peau" comme les fétichistes du latex. C'est en se revêtant d'une tunique empoisonnée, une "seconde peau" qui a collé à sa véritable qu'Héraclès connut la mort. Quand on sait le rapport, selon la légende, que le héros grec au double visage a entretenu avec la féminité, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec les multiples relations qu'entretient l'homme avec le vêtement : utilitaire et érotique, graduel et initiatique, formateur et trans-formateur.
Il convient de noter que dans le travestisme, très souvent, le vêtement utilisé à une consonance fétichiste et déclenche une excitation, il est observé, touché, palpé, adoré ou appréhendé avant d'être porté. Le travestissement peut s'interpréter de différentes manières sans vraiment recevoir de réponses satisfaisantes. Dans l'interprétation psychanalytique, le sujet travesti agit dans une démarche œdipienne ; il veut le père sexuellement. Une autre interprétation invite à voir le sujet travesti se défendant de la castration par le travestissement en lançant deux messages : un premier à "l'agent" de la castration : "Je suis une fille, je n'en ai pas, donc il n'y a rien à enlever" et un second message, jubilatoire, adressé à lui-même dans un processus d'identification à la mère : "Je suis femme, je suis la Mère". Effectivement le travestissement pose problème et il n'a peut-être pas toujours la même signification pour tous les sujets.
Sans déborder sur le travestisme, la théorie sur le fétichisme énoncée par Freud présente tout de même quelques lacunes pour être unanimement adoptée.
Afin d'essayer de comprendre d'avantage le sens des fétichismes, il faudra peut être laisser de côté le fétichisme de matière, sur lequel on ne sait pas grand chose, sinon qu'il est complexe et peu étudié. On va donc tenter d'essayer de comprendre la partie restante du fétichisme : le fétichisme d'objet. Le fétichisme des vêtements étant le plus fréquent et constitue l'essentiel de la littérature analytique. Pratiquement tous les sous-vêtements et vêtements de la femme sont utilisés comme fétiches. Il est possible que ces derniers ne symbolisent pas systématiquement le "phallus" manquant de la mère, peut-être ont-ils aussi une autre signification, mais il faudra faire contre mauvaise fortune bon cœur et adopter en partie la thèse freudienne qui servira de base de travail.

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Deux types de fétiches vestimentaires : les enveloppants et les attachants
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Si on se fie à la littérature et à l'expression fétichiste, parmi les sous-vêtements figurent en bonne place les porte-jarretelles, les bas, les culottes, les strings, les bodys, les soutiens-gorge, les corsets, les gaines et les guêpières. En moindre fréquence les jupons et combinaisons -question d'époque certainement-.
On s'aperçoit rapidement qu'il y a principalement deux types de fétiches dans le vêtement féminin ; il y a "l'enveloppant" qui cache le corps ou une partie du corps et il y a "l'attachant", que le fétichiste va percevoir comme une contrainte imposée au corps de la femme, à la partie du corps concernant le fétiche.
Le plus universel, le plus admis des fétiches dans la société contemporaine occidentale demeure les bas et porte-jarretelles. Ce dernier a la caractéristique de laisser bien en vue la culotte qui cache le pubis et préserve encore la réalité de la castration de la femme. Mais il possède également une autre caractéristique : celui de s'attacher sur le corps. A ce titre le porte-jarretelles a une double vocation fétichiste : "enveloppant" par la culotte qu'il met en valeur, et "attachant" par son système de fermeture. C'est peut être la raison de son élection unanime au rang de fétiche universel.
Les collants, qui dans la vie pratique ont remplacé les bas et les porte-jarretelles, ont peu, contrairement à ces derniers, retenu l'attention des fétichistes. Il y a plusieurs raisons à cela : si les collants, comme les gaines et les culottes appartiennent à la catégorie des sous-vêtements enveloppants, ils présentent, contrairement aux précédents, l'inconvénient majeur d'être transparents ; ainsi ils ne jouent pas la fonction attendu du voile couvrant l'illusion phallique.
Cette différence entre les sous-vêtements enveloppants et les attachants tend à valider en partie l'hypothèse freudienne et son interprétation du phallus manquant : l'enveloppant est un vêtement, qui, par sa fonction de couverture des jambes et de la taille protège le fétichiste de la vérité de la castration de la femme.
Si l'on essaie de comprendre le rôle et le mode d'action des autres fétiches ordinairement élus, la catégorie des fétiches attachants, on remarque qu'il ont tous une particularité surprenante : tous usent d'agrafes, de boutons ou d'attaches. Tous ont un aspect plus ou moins contraignant, tous sont "attachés" d'une manière ou d'une autre sur le corps de la femme.
Le porte-jarretelles s'agrafe au niveau des reins et les bas y sont fixés par des attaches. Le soutien-gorge est agrafé, maintenu par une attache dans le dos. Il est évident que si ce dernier est un allié des poitrines, il est aussi perçu comme un agent contraignant par le fétichiste, comme un "carcan" qui donne l'impression d'emprisonner la femme, de réduire ses mouvements. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les féministes des années soixante-dix ont choisi de brûler leurs soutiens-gorge et non leurs culottes en place publique.
Cet attachement dans le dos joue un rôle déterminant dans le sens que donnera le fétichiste à son fétiche élu. Il semblerait que plus la perception de contrainte qu'exerce le fétiche sur la femme paraît grande au fétichiste, plus l'attirance au fétiche soit importante. Le corset en est un exemple flagrant : non seulement il a pour mission de restreindre la taille, mais il restreint également les mouvements, la démarche, la respiration. Il souligne la poitrine en renvoyant, une fois de plus, à l'animalité : la taille de guêpe. Son laçage s'effectue également dans le dos et nécessite souvent l'intervention d'une autre personne. Le corset fait partie de la panoplie du couple SM, son fétichisme est très souvent lié à une pratique masochiste.
Si l'on quitte la catégorie des sous-vêtements pour passer aux vêtements retenus par les fétichistes comme objets érotiques, on s'aperçoit rapidement que la jupe et la robe sont relativement peu élues, sauf particularité liées à l'historique du sujet, alors que le tablier et la blouse se rencontrent avec une grande fréquence.
Le tablier se noue, s'attache, généralement dans le dos, tout en signant une fonction, une condition subalterne, une condition de contrainte. La blouse, elle, est également retenue, bien qu'elle ne s'attache pas forcément. Toutefois certains fétichistes des blouses font de la ceinture une condition indispensable à l'attrait du fétiche. Le foulard, lui, qu'il soit carré Hermès ou voile oriental, se retrouve avec une fréquence non négligeable. Il se noue également, il est de plus, en effaçant la tête du sujet, son identité, un signe de soumission.
En ce qui concerne les chaussures, de la chaussure plate aux cuissardes à hauts talons, elles semblent être un fétiche universel. Même si son rapport avec les pieds et la symbolique du phallus semble évident, il ne faut pas oublier que les chinois, grands amateurs de petits pieds, faisaient subir à leurs compagnes de grandes contraintes pour parvenir au formatage "érotique" des pieds atrophiés. Un gadget favori des jeux sadomasochistes est celui de la chaussure aux talons vertigineux, contraignants. La chaussure est parfois verrouillée, cadenassée, impossible à enlever. On peut dès lors s'interroger sur la symbolique du pied et de la chaussure quand on constate qu'ils sont un signe renvoyant autant à la contrainte qu'au pénis ou au vagin que Freud voit en eux.
Contraintes donc que tous ces fétiches. On le voit, on retrouve nombre de fétiches vestimentaires utilisés dans les jeux masochistes. Il y a, partant du fétichisme, tout un glissement vers le masochisme et le travestisme. Ce n'est pas sans raison que la psychanalyse a fait du fétichisme "la perversion de base". Est-elle pour autant la "mère" des perversions, celle dont découlent toutes les autres ? Ce serait peut-être une erreur de considérer le fétichisme à l'origine des autres perversions, de le voir comme la perversion "première". Cette conception du fétichisme comme perversion première, servant de support aux autres perversions n'est pas gratuite. Si tous les courants psychanalytiques s'accordent aujourd'hui à cette vision première du fétichisme, cela est dû au fait que la théorie analytique situe l'origine du fétichisme au phallus de la mère.
Malgré tout, certaines vérités indéniables apparaissent au grand jour : les perversions prennent naissance dans une phase pré-œdipienne, cela plus personne ne songe à le nier. Mais, cette source pré-œdipienne doit rester sous l'angle phallocentrique. Ce phallocentrisme doit rester le moteur maître de la théorie. Tant chez Lacan que chez Freud, c'est à partir du phallus de la femme que vont se développer les théories des perversions.

Pour s'inscrire en faux contre cette hypothèse, il faut reprendre un instant cette notion de différence de formes du fétichisme d'objet enveloppant et attachant et la développer plus amplement.

Il a été vu que la série des premiers (robes, combinaisons, jupes, jupons, culottes, gaines) ne portaient pas en eux de charge agressive et qu'ils peuvent très bien apporter la confirmation de la théorie freudienne du phallus féminin manquant.
Dans la seconde catégorie, celle des "attachants" (corsets, soutien gorge etc…) il y a une liaison avec l'agressivité.
Dans le cas des "attachants", le facteur agressif lié aux fétiches trouve certainement son origine dans une pulsion sadique, une pulsion d'emprise. Faut-il, partant de là, envisager la première catégorie, celle des fétiches "enveloppants" uniquement comme des fétiches en rapport avec le déni, et la seconde, la catégorie des "attachants" comme non issue d'un mouvement psychique, mais reliée à une pulsion d'agressivité ?
Cette pulsion ne pouvant avoir comme origine qu'une pulsion d'emprise que l'objet fétiche réaliserait à distance.
Que cette pulsion puisse être retournée en son contraire, dans le masochisme n'est pas à exclure.

Certaines formes de fétichisme d'objet n'auraient donc plus pour origine première un mouvement psychique, le déni, mais une origine pulsionnelle entraînant le phantasme sadique. Ce qui touche quand même à la thèse psychanalytique de la construction du psychisme, mais qui éclaircit la question de "graduation" du rapport érotique au fétiche. Le facteur quantitatif pulsionnel pouvant alors donner un fétichisme "ordinaire" ou un fétichisme "pervers".

Car il paraît évident que le rapport au fétiche n'est pas un rapport uniforme et constant de la charge érotique et émotionnelle : chez certains sujets le fétiche sera le support d'une excitation sexuelle, une mise en condition, un adjuvant à l'érection et il constituera parfois chez d'autres une sexualité complète.
Entre les deux, tout un jeu de graduation est en place.

Il faut se rappeler les deux exemples cités en début de chapitre, les lunettes et le plumeau : le fétiche est utilisé comme agent érogène, il ne constitue pas une sexualité complète. C'est bien l'acte sexuel de pénétration qui est désiré, voulu et accompli, le fétichisme est mêlé à un processus sexuel, il ne constitue pas une sexualité en lui-même.

Si le fétiche est le signe de quelque chose, il ne vient peut-être pas toujours en remplacement d'un manque. Il est peut être aussi agent d'une volonté de possession, d'une pulsion d'emprise qui trouverait son aboutissement dans le fétiche. Car si l'hypothèse freudienne s'avère exacte pour tous les fétichistes, la question qui se pose est la suivante : comment le fétichisme peut-il être chez certains sujets un simple stimulus sexuel, pour d'autres une composante importante de la sexualité, et pour certains enfin une sexualité complète ?

Ce qui invite à attribuer certains fétichismes à une origine pulsionnelle plutôt qu'à un mouvement psychique de défense, est le fait que le "déni" n'est pas graduable : il est ou il n'est pas !

Il y a dans le fétichisme quelque chose qui n'est pas encore compris, quelque chose qui ne rentre, à l'heure actuelle, dans aucune "théorie", si élaborée soit-elle.
Le fétichisme de matière reste encore entièrement à expliquer. Ce que l'on peut par contre constater, c'est une volonté de vouloir l'intégrer à un "système" phallocentrique de construction du psychisme.

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Références bibliographiques :

Le Fétichisme, S. Freud, in La vie Sexuelle, éd. PUF
Le Crapouillot, hors série n°6, Petite Histoire des Maisons Closes
Le Séminaire, J. Lacan Livre IV, éd. Du seuil
Le Masochisme sexuel, M.Mogniat éd. L'Harmattan