Fiches de lecture de C à E
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Carte et le territoire (La) , M.Houellebecq, éd. Flammarion.
Catilinaires (Les), Amélie Nothomb, éd.Poche.
C'était tous les jours tempête, J.Garcin, Gallimard
Chagrin d'école Daniel Pennac, éd. Gallimard
Chambre noire de Longwood (La), J.P. Kauffman, La table ronde.
Coeur du pouvoir (Au) E. Ratier
Combustibles (Les), A. Nothomb, éd. Poche
Comme des rats Patrick Rambaud, éd. Le livre de poche
Comment faire rire un paranoïaque, François Roustang, éd.O. Jacob
Condition humaine (La), A.Malraux, éd. Gallimard
Le cochon, M.Pastoureau, éd. Gallimard
Contre Victor Hugo, Victor Brito, éd. éditinter.
Correspondance Freud-Binswanger éd. Calmann-Levy
Crépuscule d'une idole, (le) M.Onfray, Grasset
Désert des Tartares (Le) Dino Buzati, éd. Le livre de poche.
Dictionnaire amoureux de Venise, Ph. Sollers, éd. Plon
Dictionnaire de la perversion, D.Moulinier, éd. L'Harmattan
Eichmann à Jérusalem, H. Arendt, Gallimard.
Enjeu des retraites, (L') B.Friot, éd. La dispute
Enseignement de 7 concepts... J-D Nasio, éd. Payot
Ethique protestante et l'esprit du capitalisme (L’), M.Weber, éd. Gallimard.
Evangile du fou (L'), J.E. Hallier, éd. A. Michel
La carte et le territoire
(Prix Goncourt 2010)
Cinq ans après avoir publié « La possibilité d’une île » voici le dernier roman de Michel Houellebecq, La carte et le territoire paru aux éditions Flammarion. L’ouvrage dépasse les quatre cents pages et se dévore presque d’un trait. Curieusement, en quatrième de couverture figure la photo de l’écrivain en format identité. Ce dernier apparait amaigri, le buste en retrait, avec un rien, un petit quelque chose dans la posture rappelant Camus.
Comme dans La possibilité d’une île ou Les particules élémentaires le personnage principal est dédoublé. Dans Les particules... il y avait des jumeaux, dans La possibilité... des clones, ici il s’agirait plutôt de binôme : les deux personnages travaillent ensemble, ils ne sont pas opposés dans les idées. Le regard dégagé et pessimiste avec lequel ils voient le monde est identique pour l’artiste peintre et l’écrivain.
Contrairement aux romans précédents, ces deux personnages se ressemblent étrangement et ne sont pas du tout l’antithèse l’un de l’autre, tous deux sont des artistes solitaires. Il n’y a pas de « schize » entre la pensée des deux hommes, leur mode de vie, leurs goûts identiques. L’un d’eux est Jed Martin, le héros à part entière du roman, peintre de son état qui réussit sa vie d’artiste, devient célèbre et vend très cher ses tableaux. Le second n’est autre que Michel Houellebecq lui-même, célèbre écrivain et bien réel sur le marché de l’édition. Il rencontrera Jed, lors d’un échange de service : Houellebecq écrira une brochure pour un vernissage de Jed et ce dernier fera un portrait de l’écrivain et le lui offrira. Ce portrait coûtera bientôt une fortune et l’histoire pourra réellement débuter à la troisième et dernière partie du livre.
Mais bien mieux que l’histoire, ce qui est intéressant dans cet ouvrage, ce sont les descriptions que fait Houellebecq de ses personnages. Une indulgence pour le genre humain, qui lui était inconnue à ce jour, perce à travers les différents individus qui interviennent tour à tour dans le roman. Aussi bien les hommes que les femmes. Chaque personne mise en acte a quelque chose d’humain, une certaine bonhomie en elle, même si cette bonhomie est loin d’être de l’humanisme correct :
« L’existence des hommes s’organisait autour du travail, qui occupait la plus grande partie de la vie, et s’accomplissait dans des organisations de dimension variable. A l’issue des années de travail s’ouvrait une période plus brève marquée par le développement de différentes pathologies. » p.105
Si Houellebecq à toujours défendu l’idée, dans ses écrits, que, passé trente ans une femme n’est plus baisable, son point de vue n’est plus le même :
« Les seins siliconés sont ridicules lorsque le visage de la femme est atrocement ridé, lorsque le reste de son corps est dégradé, adipeux et flasque ; mais tel n’était pas le cas d’Hélène, loin de là. Son corps était demeuré mince, ses fesses fermes, à peine tombantes [...] en somme c’était une très belle femme. » p.329
L'auteur parle là d’une femme qui va bientôt prendre sa retraite ! Ibidem quand Jed, le héros, flatte le cul de sa compagne du moment qui a passé la quarantaine : il trouve que ce cul est beau et que cette femme de quarante ans est jolie. (p.249) Même s’il ne peut plus l’aimer, il ne s’agit plus d’érotisme.
Que les amateurs de Houellebecq se rassurent, le regard posé sur l’existence conserve le même pessimisme réaliste :
« C’est sans doute par compassion qu’on suppose chez les personnes âgées une gourmandise particulièrement vive, parce qu’on souhaite se persuader qu’il reste au moins ça, alors que dans la plupart des cas les jouissances gustatives s’éteignent irrémédiablement, comme tout le reste. Demeurent les troubles digestifs et le cancer de la prostate. » p. 24
Ses formules décrivant notre société en la caricaturant restent incisives, comiques et glaciales ; froides comme l’acier du scalpel et fleuries comme un cerisier au printemps :
« ...Tourna vers Jed un regard intrigué, avant d’être happé par une actrice porno people qui venait de publier un livre d’entretiens avec un religieux tibétain. » p.74
Houellebecq ne se gêne pas pour dire ce qu’il pense de l’art qu’il aime ou de celui qu’il n’aime pas. Ses jugements tombent toujours comme un couperet, sans appel possible, la sentence est déjà exécutée :
« Le portrait de Dora Maar par Picasso qu’est-ce qu’on en a à foutre ? De toute façon Picasso c’est laid, il peint un monde hideusement déformé parce que son âme est hideuse, et c’est tout ce qu’on peut trouver à dire de Picasso , il n’y a aucune raison de favoriser davantage l’exhibition de ses toiles, il n’a rien à apporter, il n’y a chez lui aucune lumière, aucune innovation dans l’organisation des couleurs ou des formes, enfin il n’y a rien chez Picasso absolument rien qui mérite d’être signalé, juste une stupidité extrême et un barbouillage priapique qui peut séduire certains sexagénaires au compte en banque élevé. » p.176
Si les artistes sont revisités, les philosophes ne sont pas oubliés :
« Et toutes les théories de la liberté, de Gide à Sartre, ne sont que des immoralismes conçus par des célibataires irresponsables. » p.179
La provocation n’est pas absente du roman, mais elle manque de percussion, de force brutale. On a l’impression, en regard des autres ouvrages de l’auteur, de lire un Houellebecq au cynisme et à l’ironie édulcorés. Cynisme sec et ironie cinglante auxquels il nous avait habitués et qui font son charme brut. On a l’impression de lire un Houellebecq « light », en vue peut-être d’un prix littéraire ?
Un Houellebecq moins grossier, moins cassant mais également moins percutant. On sent le collage de notes prisent au jour le jour, le roman construit patiemment cède la place au verbe éjaculé. Le cri de dégoût et le rictus d’ironie ont perdu de leurs forces, et de ce fait la pénétration du lecteur est plus lente. La surprise ne fait pas son effet, même quand l’écrivain place des people appartenant aux médias dans des situations embarrassantes et leur fait tenir des propos avinés.
La poésie est présente, comme toujours presque cachée naturellement au détour des phrases :
« Un peu avant d’atteindre Orléans, il prit la E60 en direction de Courtenay. Quelques centimètres en dessous de la surface du sol, des graines attendaient la germination, l’éveil. » p.253
La troisième partie de l’ouvrage contient le côté « polar » du bouquin. Là, si le crime vaut une bonne série noire, l’auteur ne s’est pas cassé la tête pour la liste des noms des policiers, on dirait un catalogue des noms « vieille France » : Jasselin, Ferber, Lartigues, Messier...
Le héros, Jed, encore présent cède discrètement la place à Josselin, le commissaire chargé de l’enquête. Le flic brillant qui donne des cours dans une école de police est entré dans la police par vocation philosophique :
« La peur du gendarme, avait-il fini par comprendre, était décidément la vraie base de la société humaine, et c’est en quelque sorte tout naturellement qu’il s’était inscrit au concours externe de commissaire de police ».p.294
La femme de Josselin est enseignante en économie et l’auteur nous régale de sa description du métier :
« Sa vie professionnelle pouvait en somme se résumer au fait d’enseigner des absurdités contradictoires à des crétins arrivistes.. » p.328
Quelle que soit la page, du début à la fin, les petites vérités philosophiques, ces vérités orphelines de la philosophie, comme il y a des maladies orphelines, se dévoilent sous la plume de Michel Houellebecq :
« La fortune ne rend heureux que ceux qui ont toujours connu une certaine aisance, qui y sont depuis leur enfance préparés ; lorsqu’elle s’abat sur quelqu’un qui a connu des débuts difficiles, le premier sentiment qui l’envahit, qu’il parvient parfois temporairement à combattre, avant qu’à la fin il ne revienne le submerger tout entier, c’est tout simplement la peur. » p.396
La lucidité politique de l’écrivain reste entière, là aussi sans appel, mais la réalité n’a pas d’instance supérieure :
« ...que le capitalisme était condamné, et même condamné à brève échéance, qu’il vivait ses toutes dernières années, sans que pourtant les partis d’ultra-gauche ne parviennent à séduire au- delà de leur clientèle habituelle de masochistes hargneux » p. 397
Il n'est pas sûr que le capitalisme soit condamné à brève échéance. Il y a de longues agonies. Mais l'ultra-gauche, elle, est certainement finie,
ses compromissions furent trop nombreuses.
En conclusion, le roman est tout à fait lisible, l’auteur semble gagner, non en optimisme devant l’existence, mais par un accommodement douillet vers un certain confort, puisqu’il n’y a pas d’autre issue possible à l’existence. Et il faut peut-être aussi le dire, les pulsions faiblissent avec le temps, même la pulsion de mort. Certains signes posés ça et là en guise de balise, laissent à penser que le prochain roman de Houellebecq pourrait être un roman catholique.
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Les catilinaires
Amélie Nothomb sait tenir le lecteur en haleine. Que ce soit "Les Catilinaires", "Mercure", "Cosmétique de l'ennemi" ou "Attentat" (Le livre de poche, éd. Albin Michel) on est tout de suite saisi. On ne l'est pas par l'écriture, ni par l'intrigue qui, sans se deviner ni se laisser entrevoir n'a rien de vraiment original. Ce qui interroge plus que ce qui fascine chez Nothomb ce sont ses personnages qui sont indescriptibles, inclassables. Ils ne se situent véritablement ni dans le banal ni dans l'extraordinaire. Ils sont pourtant bien incarnés, ils deviennent présent au fil des pages mais restent insaisissables au lecteur. On les comprend, on les déteste ou on les aime sans trop vraiment croire à leur réalité. Ils sont un peu comme les strates du roman : incomplets.
Il manque des pans entiers dans la logique du récit. Dans Mercure par exemple, l'intrigue ne tient pas debout longtemps, trop d'invraisemblances s'y succèdent. Ce qui compte pourrait-on dire alors c'est le thème, le sujet qui est développé. Dans Mercure c'est la beauté, dans Attentat c'est la laideur,
à chaque fois emmenées à leur paroxysme. Malgré des arguments solides, assénés abruptement et un peu au hasard tout au long du livre, on a au bout du compte, ni une œuvre véritable, ni un polar bien ficelé, ni un essai.
On a l'impression en lisant ces romans que l'auteur s'est volontairement abstenue de nous livrer la puissance de sa poésie, la magie qu'elle sait tirer des mots. A croire que Nothomb ne peux enchanter l'âme qu'en se racontant, qu'en décrivant l'enfance, son enfance. On est loin dans ses romans de La métaphysique des tubes ou du Sabotage amoureux. Il doit pourtant être possible de conserver cette poésie dans le récit, car la "faculté poétique" ne s'invente pas : on l'a ou on l'a pas et assurément Nothomb la possède..
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C'était tous les jours tempête
Un petit livre de Jérôme Garcin sous forme épistolaire, "C'était tous les jours tempête" chez Gallimard. L'auteur se glisse dans la peau de Hérault de Séchelles, tour à tour, aristocrate, révolutionnaire, député de la Convention et victime de la terreur à laquelle il a participé. L'amoureux écrit à sa bien-aimée et lui confie ses états d'âme du fond de sa prison. On y croit, sauf quelques formules que, décidément, on a du mal à dater de 1794, par exemple lorsque le personnage parle de Saint-Just, en écrivant de lui : "Au reste, Saint-Just, décidément plus intelligent que les autres, a pris soin d'ajouter à son rapport cette note, qui est d'un fin psychologue…." (P.145) Si le nom de "psychologue" date de 1760, la formule en "fin psychologue" fleure bon son vingtième siècle… et il serait surprenant que l'on s'exprimât de la sorte à la fin du XVIII° , mais après tout pourquoi pas ? Je n'ai pas fait les recherches, ça "détonne" simplement sur le reste.
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Chagrin d'école
prix Renaudot 2007Un ex-enseignant Daniel Pennac, nous raconte dans un "Chagrin d'école", éd. Gallimard, qu'il fut un cancre. Heureusement il était dans un milieu favorisé, il a rencontré trois professeurs exceptionnels et il est devenu un enseignant ayant à son tour la vocation de sauver les cancres.
L'écrivain nous assure naturellement que les cancres sont des cancres parce qu'on ne sait pas y faire avec eux. Bref un parfum de déjà vu... et de ressassé. L'auteur est bien conscient de la difficulté des enseignants de banlieue et du marasme de l'Education Nationale, mais " il ne faut pas trop généraliser ". Nous sommes loin de "Sale prof !" de Nicolas Revol, éd. Fixot Chagrin d'école est assez bien écrit, plaisant à lire si on aime le genre pédagogie optimiste teintée de bons sentiments.
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La chambre noire de Longwood
Avec La chambre noire de Longwood, édition la table ronde, Jean-Paul Kauffman, nous transporte à Sainte-Hélène en essayant de distordre le temps. C'est le journal d'un voyageur d'aujourd'hui qui essaie de retrouver l'ambiance de l'île lorsque Napoléon y fut maintenu prisonnier. L'exercice n'est pas vraiment réussi : on ne sait pas si on lit un journal de voyage ou une bio des derniers jours du prisonnier. Le livre laisse une impression d'écrit scolaire, l'auteur se perd dans le descriptif et ne trouve pas beaucoup d'adjectifs pour traduire le mot "ennui" qui revient trop souvent dans l'ouvrage. A conseiller toutefois aux inconditionnels du génois, pour ma part je reste sur le (presque) million de français morts pour la gloire d'un fou sanguinaire qui imposa à la France une saignée à blanc dans sa possibilité de reproduction.
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Au cœur du Pouvoir
Il y a en France, au niveau de la presse d’investigation, trois « institutions » incontournables :
Jean Montaldo, Le Canard Enchaîné et Emmanuel Ratier. Ces « institutions » sont incontournables, car lorsqu’elles annoncent un fait ou débusquent un scandale, les preuves les accompagnent toujours (copie de lettre, de fax etc...). Emmanuel Ratier, qui est plutôt à situer à droite, vient de faire paraître aux éditions FACTA, un ouvrage intitulé « Au cœur du Pouvoir » dont le principal sujet est le Club « Le siècle ». Ce club qui réunit tout ce que le monde de l’entreprise, des grands corps d’état, de la presse, compte d’important. Toutes ces personnes se retrouvent pour un dîner le quatrième mercredi de chaque mois au siège de l’Automobile Club, place de la Concorde.
En fait l’histoire du Siècle n’occupe qu’une petite partie de l’ouvrage, le reste étant consacré à la biographie des participants. On a un peu l’impression de lire une suite de « L’Encyclopédie Politique Française » du même E. Ratier parue en 1992. Avec parfois des détails quelques peu sordides et inutiles sur les participants, c’est dommage.
Le portrait type du membre du Siècle pourrait s’établir à peu près ainsi :
Sorti de l’X, de l’IEP ou de l’ENA, -parfois des trois !- passage obligé par la Cour des comptes, ou l’Inspection des Finances, nommé vice-directeur d’une entreprise privée ou publique, puis directeur d’une autre, il siège dans plusieurs conseils d’administrations ou en reçoit les tickets. Une fois directeur il fait couler la boîte en se tirant avec des parachutes dorés et des stock-options. Il ouvre un cabinet de « consulting » et malgré ses mauvaises gestions a une clientèle nombreuse : ceux qui sont aujourd’hui là où il était hier ! Solidarité oblige.
Selon E. Ratier, mais il n’est pas le seul, la France serait dirigée par environ « ...600 personnes qui concentrent entre leurs mains l’essentiel du pouvoir. » (Quatrième de couverture) qui à un moment ou un autre passent par Le Siècle. Avant-guerre, il y avait les 200 familles, on a tout lieu de croire que dans ces 600 il y a un peu de leurs progénitures. Complot ou réalité ?
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Les combustibles
Les combustibles : une petite pièce de théâtre dans le registre sartrien écrite par Amélie Nothomb dans Le livre de poche. Une impression de déjà vu dans l'éternelle histoire du livre et du théâtre, mais rafraîchissant à souhait.
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Le cochon
-Ce cousin mal aimé-Un petit régal de lecture et de charcuteries que cet ouvrage de Michel Pastoureau, Le Cochon, -Histoire d’un cousin mal aimé- éd. Gallimard. Le livre est comme son sujet : tout y est bon.
C’est fouillé, érudit, riche en documentations et en gravures. On y apprend tout sur l’animal, historiquement, mythologiquement et religieusement ! De l’anecdote historique aux dernières découvertes scientifiques vous saurez tout, tout, tout sur le cochon ! Pourquoi dans certaines cultures le porc est banni et interdit à la consommation ? Ben, parce que, selon l’auteur sa chair ressemblerait étrangement à celle de l’homme... Il est vrai que le porc est si proche de nous que longtemps il servit d’objet d’étude en médecine, les diabétiques doivent beaucoup à son pancréas avant que n’apparut « l’insuline de synthèse.... »
Ca fait 160 pages, c’est pas cher et facile à lire. A lire absolument et cochon qui s’en dédie !
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Comme des rats
Certes nous ne sommes pas dans le grand style ni dans la grand littérature avec Comme des rats de Patrick Rambaud éd. Le livre de poche. Mais l'idée est originale : écrire un roman dont les héros sont des rats. Rude vie que celle d'un rat, on suit le héros dans sa quête de femelles et de nourriture de caves en caves, de canalisations en canalisations. On y apprend la finesse du rat pour se faufiler là où on ne l'attend pas : chez vous !
On découvre que nos dictons sont faux et on finit par penser que l'homme est un rat pour l'homme. Un bon moment à passer mais mieux vaut ne pas lire l'ouvrage en ayant picolé : la crise de délirium pourrait surgir et vous inciter à regarder sous le lit.
Même si les égouts et les odeurs ne se discutent pas.... on est bien content que le livre ne soit pas en trois D...
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Comment faire rire un paranoïaque
Bien avant que ne paraisse le fameux Livre noir de la psychanalyse, de nombreux intellectuels français avaient depuis longtemps interrogé le freudisme. C’est le cas de François Roustang avec Comment faire rire un paranoïaque, éd. Odile Jacob, paru en 2000.
Ce n’est pas la première fois que F. Roustang commet le crime de lèse freudisme, c’est une récidive, il avait déjà publié en 1976 Un destin si funeste et en 1980 Elle ne le lâche plus, (éd. de Minuit.) Et d’autres encore...
Comment faire rire... est une suite de conférences, de cours ou de leçons. Toutes ont un thème de réflexion centré sur la psychanalyse : son efficacité, son impossibilité, son incertitude, la non définition de ses concepts, de son vocabulaire.
Son article sur l’épistémologie de la psychanalyse devance de mille lieux les piètres tentatives des freud scholars mis en avant dans Le livre noir et les balbutiements d’Adolf Grümbaum dans son ouvrage Les Fondements de la psychanalyse
La critique de Roustang s’étaye avec des arguments simples, compréhensibles par tous, l’assise est impeccable, le mur sera droit, la maison solide.
Il faut dire que F. Roustang, lui-même ex-psychanalyste de l’Ecole freudienne a eu un parcours des plus singuliers et sait de quoi il parle. Il fut directeur de revues, Ex-jésuite, ex-psychanalyste, aujourd’hui hypnothérapeute.
Comment faire rire... est à lire absolument par ceux qui recherchent une critique intelligente de la psychanalyse.
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La condition humaine
(Prix Goncourt 1933)En principe il ne faut pas critiquer un grand classique, alors on dira que c'est une belle tranche de vie que nous offre André Malraux avec La condition humaine, en folio chez Gallimard. Ce n'est pas que la tranche soit fine, mais on reste sur sa faim. Les descriptifs font défaut et tant pour les personnages, assez insaisissables, que pour les lieux. Quand un assassin assassine on ne devient pas l'assassin. On a du mal à visualiser une rue décrite par Malraux, une rivière ne fait aucun bruit et même les bateaux à moteurs sont silencieux. Reste quand même quelques destins croisés dans la Chine de la Révolution. Mais cette Chine reste trop souvent sur le papier des éditions Gallimard, pas toujours quand même. La chaleur moite ne nous incommode pas, la pluie ne nous mouille pas. Et même la fin atroce de quelques prisonniers, jetés vivants dans la chaudière de la loco ne traumatise pas : Malraux oublie l'odeur de chair brûlée, ce que n'avait pas oublié Paul Bonnecarrère dans "Par le sang versé" . Un bon point pour Malraux, la loco siffle à chaque fois qu'elle dévore un corps.
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Contre Victor Hugo
Un petit ouvrage tout en alexandrins, qui respecte toutes les règles du genre, et pour cause... Contre Victor Hugo de Victor Brito, éd. éditinter (à commander chez http://www.lelibraire.com/din/tit.php?Id=17099 ) est un véritable "pétage de gueule" de Victor Hugo qui prit quelques libertés avec l'alexandrin et les règles de la tragédie classique. L'auteur a raison ; on ne peut que lui donner raison : ses arguments sont solides.
Il y a de l'ironie, du couperet sans appel dans le réquisitoire sorti droit de la querelle des "anciens et des modernes" :
"Le Hugo composa plus de cent mille vers, - Dont beaucoup sont bien sûr, disposés de travers.- Moi, je dis que c'est trop et qu'il n'a point pris garde - D'être en toute son oeuvre une femme bavarde."
On peut reprocher à l'auteur d'être dur, sur 392 vers pas un seul pour faire un petit compliment au grand peintre naturaliste des injustices de la société que fut Victor Hugo. Certes, la satire n'est pas l'éloge, mais même s'il joue faux, faut-il tirer sur le pianiste ?
Un petit régal en tous cas pour qui aime la poèsie bien faite et bien construite, la césure est honnête, la rime respectable. Et si Hugo sabota le train-train de la poèsie académique, pourquoi ne pas, même après-coup, lui demander des comptes ?
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Correspondance Freud-Binswanger
1908-1938Ce sont trente années de correspondance entre un psychiatre proche de la psychanalyse et Freud, son créateur, qui sont rapportées dans cet ouvrage Correspondance Freud-Binswanger édité et introduit par Gerhard Fichtner (éd Calmann-Lévy.) Comme toutes correspondances, celle-ci permet de pénétrer jusqu’à une certaine intimité dans la vie des deux hommes. On y découvre une amitié qui dura jusqu’à la mort de Freud, même si les deux hommes n’eurent pas toujours la même vision et la même conception sur les origines des maladies névrotiques. Ce qui est surtout très intéressant et qui m’a poussé à acheter l’ouvrage, c’est que dans cette correspondance figure le cas de J.v.T, le fameux patient qui a eu à subir le traitement par « psychophore ». Il apparaît à cette lecture que J.v.T était le patient de plusieurs médecins et que Freud donna son avis, mais ne posa pas lui-même l’appareil, qui fut posé en clinique. (Lettre 29 F et suivantes) Contrairement à ce qu’écrit Michel Onfray dans son ouvrage –Onfray- Le patient d’ailleurs ne s’opposa qu’une seule fois, la première, à la pose de l’appareil : il semblerait même qu’il fut demandeur.
Ce n’est certes pas la correspondance la plus intéressante de Freud pour comprendre la naissance et l’évolution de la psychanalyse (378 pages tout de même !) mais il n’est pas de savoir inutile, surtout quand il permet de vérifier les affirmations infondées des attaques actuelles contre la psychanalyse.
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Le désert des tartares
Jacques Brel s’est inspiré du roman de Dino Buzzati, Le désert des tartares, éd. Le livre de poche en écrivant Zangra :
«Je m’appelle Zangra et je suis lieutenant au fort de Belonso qui domine la plaine d’où l’ennemi viendra qui me fera héros» est le début de la chanson et le début du roman, le nom des lieux et des héros sont bien sûr changés.
«Je m’appelle Zangra et hier trop vieux général j’ai quitté Belonso qui domine la Plaine et l’ennemi est là : je ne serai pas héros » est la fin de la chanson et la fin du roman.
Entre les deux, 250 pages qui racontent très bien l’ennui avec une écriture réaliste, de très belles métaphores, notamment page 52 sur le chemin et la vie. Le désert des tartares est à ranger dans la catégorie des romans « existentialistes. »
Bien qu’il décrive un univers d’ennui l’auteur n’est pas du tout un romancier paysagiste, il y a une grande difficulté à se représenter les lieux, la ville du héros et ses rues, impossible de visualiser les lieux décrits, le fort entouré de montagnes, impossible de se repérer dans le descriptif paysager ou simplement à l’intérieur de bâtiments. Cela est peut-être dû au fait que l’auteur y a mis peu d’application ou ne visualisait pas lui-même les lieux qu’il décrivait. Par exemple pour la même chambre, celle du héros, page 36 :
« Il ferma la fenêtre, se dévêtit, se mit au lit et resta quelques minutes à penser, regardant fixement le plafond recouvert également de bois. »
Ce plafond recouvert de bois devient à la page 76 :
« Habitude, pour Drogo, la chambre, les calmes lectures nocturnes, la lézarde qu’il y avait dans le plafond au-dessus de son lit et qui ressemblait à une tête de Turc.... »
L’ensemble reste quand même bien lisible, on ne lâche pas le bouquin pour faire une pause avec un autre.
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Dictionnaire amoureux de Venise
C’est à un voyage dans le temps immobile que nous invite Philippe Sollers avec son « Dictionnaire amoureux de Venise » éd. Plon. Des lieux, des gens, (peintres, musiciens, écrivains) figurent aux entrées de ce Dictionnaire passionné plus qu’amoureux. Philippe Sollers nous parle des rapports que ces artistes ont entretenus avec Venise. Les portraits sont plaisants, taillés en quelques mots, comme Hugo Pratt, autre amoureux de Venise, cernait un personnage en quelques coups de crayons. Passionné donc plus qu’amoureux ce dictionnaire de 480 pages. Venise, on l’aime ou on ne l’aime pas. L’auteur, posant le pied pour la première fois sur la terre de la « Sérénissime », sait tout de suite que Venise sera son paradis et son apocalypse, sa révélation. Tout au long des entrées Philippe Sollers laisse la parole aux gens dont il parle, en bien ou en mal. C’est ainsi que Joyce, à qui l’on demandait pourquoi il ne se faisait pas protestant nous apprend par un bon mot :
« Aucune raison disait Joyce, de quitter une absurdité cohérente pour une absurdité incohérente. »
Les modernes ne sont pas épargnés et on peut lire avec plaisir des phrases telle que :
« Comme quoi on pourrait imaginer désormais le dictionnaire des idées modernes et post-modernes, dogme de la nouvelle religion négative, aussi obsédée que butée. »
Un dictionnaire à lire pour les inconditionnels de Venise et par tous les autres. On y apprend des tas de choses, sur la ville, les artistes qui y ont séjourné ou vécu, et un peu aussi sur l’auteur lui-même.
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Dictionnaire de la perversion
« Transformation de quelques concepts psychanalytiques »Voici un Dictionnaire de la perversion au sous-titre un peu long, écrit par Didier Moulinier, éd. L’Harmattan. Sur la quatrième de couverture il est indiqué :
« On fraye donc quelques pistes pour une théorie « non-psychanalytique » de la psychanalyse, distillée dans ce dictionnaire conceptuel au plus près des textes de Freud et de Lacan (et de leurs commentateurs) sans toutefois leur faire allégeance »
L’auteur, tout au long de son ouvrage, utilise le vocabulaire lacanien, mais les mots ne sont pas innocents, surtout en psychanalyse. Ils définissent des concepts. D. Moulinier rentre de plain pied dans le discours lacanien et petit à petit il en devient prisonnier. On ne sait jamais vraiment quand, dans son écriture, il conteste la version psychanalytique des perversions ou s'il vient l'appuyer en la développant !
Le lecteur se trouve ainsi dans l’impossibilité d’entendre un discours autre que le discours freudien sur le sujet. Cette impossibilité de développer clairement une autre vue est due aux concepts novateurs apportés par Jacques Lacan à la psychanalyse. Concepts auxquels, l’auteur, errant sur la bande de Möbius du discours lacanien fait retour une fois sur deux.
L'ouvrage est plaisant à lire, mais demande une bonne connaissance du vocabulaire de la psychanalyse. Les articles ne sont pas trop longs, aucun mot n’est inutile et l’écriture est honnête sans être formaliste. La parfaite connaissance qu’a l’auteur du registre lacanien lui a fait beaucoup de tore dans l’écriture de cet ouvrage, à l’abord certes difficile, mais à la lecture somme toute plaisante et enrichissante! A lire absolument pour qui s'intéresse un tant soit peu au sujet.
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Eichmann à Jérusalem
(rapport sur la banalité du mal)Eichmann fut enlevé en Argentine par les services secrets israéliens et jugé à Jérusalem en 1961. Hannah Arendt, nous raconte le procès dans Eichmann à Jérusalem (éd. Gallimard, 1966) et met à jour les principales pièces, même celles qui sont gênantes et que l'accusation a passées sous silence.
Le livre fit scandale à sa sortie, quand on l'a lu on comprend pourquoi. Annah Arendt nous brosse le portrait d'un des plus grands criminels de guerre nazi et nous le présente davantage comme un fonctionnaire zélé sans grande intelligence que comme un assassin antisémite convaincu. On a d'ailleurs l'impression, à la lecture de l'ouvrage que toute cette horreur sans nom est due à un fonctionnement administratif ordinaire, banal -c'est d'ailleurs le sous-titre de l'ouvrage- Eichmann obéissait à son chef, son chef obéissait aux ordres et ainsi de suite. Chacun tue, extermine, torture et chacun se croit couvert, en toute bonne foi, par la Raison d'Etat. Chacun fait son "devoir". Voilà un livre qui appelle à la réflexion profonde, et mène à la prise de conscience aussi bien, sinon mieux, que toutes les commémorations qui s'installent dans la banalité.
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L'enjeu des retraites
Un petit livre très décevant de Bernard Friot « L’enjeu des retraites » aux éditions La Dispute.
On était en droit de s’attendre à des informations simples, pratiques et didactiques d’un ouvrage traitant d’un pareil sujet au moment où la énième réforme des retraites arrive au Parlement.
Nenni point. On glane quelques informations en début d’ouvrage pour ensuite se perdre dans la théorie personnelle et utopiste d’un économiste égaré sur la planète Marx qui nous explique que tout le monde a faux sur le sujet. Ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais l’économiste, en marxien averti, veut nous persuader qu’il faut en finir avec le marché du travail :« Cela suffit ! Notre qualification et notre salaire ne doivent plus dépendre des décisions d’employeurs sur un marché du travail. » P.94
Evidemment on s’éloigne du sujet et à partir de là, nous pénétrons dans le monde doré de l’utopie frioriste où l’homme est rousseauiste, bon par essence et où ce qui caractérise le travail s’appelle qualification. Cette « qualification » inhérente au travailleur comme les canaux à Venise ou la vérole au bas clergé n’est jamais définie ou expliquée : elle est ! Le lycéen l’attrape à la sortie du lycée comme le collégien attrape son acné au collège :
« Sur ce modèle, en finir avec le marché du travail suppose d’attribuer à chacun, à la sortie du lycée, une qualification avec le salaire (forcément supérieur au smic) et le réseau de pairs qui vont avec s’il ne poursuit pas d’études, un forfait salarial, (le smic) s’il continue à étudier. La qualification et le salaire qui lui est lié sont des attributs de la personne, ils ne peuvent pas lui être retiré, ils ne peuvent pas être réduits, ils ne peuvent que progresser au cours de la vie. » P.95
S’ensuit l’échelle de graduation des salaires de 1 à 5 sur laquelle va évoluer cette qualification, car dans le monde parfait de l'après capitalisme la monnaie a quasiment disparu :
« Il s’agira de produire des biens et services identifiés, lisibles pour les usagers, qui auront pour une partie d’entre eux un prix, pour d’autres un tarif, tandis que d’autres seront gratuits. » p.149
Le rasage, par exemple, sera gratuit...
L’ouvrage a beau être utopiste il n’en use pas moins des concepts non définis mais très à la mode et qui vous assure le respect et la mention politiquement correct dans le grand maelström politique. Ce concept de "citoyenneté" jamais réellement défini est associé, aux propres concepts non-définis de l'auteur :
« Attribuer une qualification jusqu’à la mort, c’est affirmer l’irrévocabilité de la dignité du citoyen [...] » p.123
Après cette grande remarque pleine de mystère et de foi salvatrice que nous élevons au rang de doxologie de l’Œuvre on conseillera aux lecteurs potentiels de s’équiper également sur Internet pour connaître l’enjeu des retraites.
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L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme
C'est à une double somme, théologique et sociologique, que nous invite Max Weber avec "L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme" édition Gallimard. Plus qu'en sociologue, l'auteur nous parle en historien des mentalités. Et quel historien !
L'analyse est des plus riches, des plus fouillées. L'ouvrage n'est pas facile à lire, mal rédigé, car encombré de notes de bas de page à l'excès -certaines notes dépassent parfois les trois ou quatre feuillets- mais la plus-value tirée vaut l'investissement en temps et en efforts de lecture.
C'est en partant de l'ascèse intramondaine des sectes protestantes que Weber voit se lever l'aube du capitalisme. Pour lui, la Réforme fut la chrysalide indispensable dont le capitalisme avait besoin pour s'épanouir, le protestantisme fut le cocon idéologique dans lequel le capitalisme moderne évolua, mieux, sans l'esprit de la Réforme pas de capitalisme. Et ce, que cette réforme soit luthérienne ou calviniste :"En un mot, c'est le protestantisme, tout spécialement le protestantisme ascétique qui a aidé le capitalisme à prendre racine, tant sous sa forme générale que sous sa forme spécifique. En revanche, le catholicisme, qu'il fut toléré ou dominant, ne l'a favorisé nulle part".
Dans son "Histoire de la folie" M. Foucault met en avant le grand renfermement et l'impute à la Réforme, Weber ne dit pas autre chose :
"Il fut réservé à l'ascèse puritaine de contribuer à la législation anglaise sur les indigents, laquelle, par sa dureté, a provoqué en ce domaine un changement radical"
Weber d'ailleurs n'était pas un inconnu de la pensée foucaldienne, Foucault s'en inspire largement. Comment ne pas faire le rapprochement entre sa citation :
"La Renaissance a dépouillé la misère de sa positivité mystique. Et cela par un double mouvement de pensée qui ôte à la Pauvreté son sens absolu et à la Charité la valeur qu'elle détient de cette pauvreté secourue. Dans le monde de Luther, dans celui de Calvin surtout, les volontés particulières de Dieu -cette " singulière bonté de Dieu envers un chacun "- ne laissent pas au bonheur ou au malheur, à la richesse ou à la pauvreté, à la gloire ou à la misère le soin de parler pour eux-mêmes."
(Michel Foucault, Histoire de la Folie, p. 82, éd. Gallimard)Avec celle de Weber :
"L'éthique du moyen âge n'avait pas seulement toléré la mendicité, elle l'avait directement glorifié avec les ordres mendiants. Les mendiants laïques eux-mêmes, dans la mesure où ils fournissaient l'occasion au possédant d'accomplir des bonnes œuvres en faisant l'aumône étaient parfois définis et considérés come un 'état' ".
Méthodique, Weber n'hésite pas à faire parler l'analogie entre les corporations du moyen-âge chargées de gérer les professions et de réguler la concurrence avec la "communauté des fidèles" chargée de veiller sur le bon esprit de ses membres. Et Weber nous le montre, la nuance est de taille : régulation "économique" pour les corporations, régulation des mœurs sans modération économique dans la "communauté écclésiale", le capitalisme, s'il ne nait pas que de ces différences lui doit beaucoup.
Mais plus que dans les schémas explicatifs, c'est dans la mentalité de l'ascète protestante que Weber nous démontre que la Réforme ne fut que la structure de pensée autour de laquelle le capitalisme allait s'enrouler comme le lierre sur la branche. Quoi qu'il en soit, même s'il est ardu, l'ouvrage est un incontournable pour qui veut comprendre la genèse du capitalisme et son esprit. Les paresseux qui voudront tout de même effleurer le sujet sans se fatiguer pourront toutefois se rabattre sur l'excellent livre de C. Virgil Gheorghiu. La Jeunesse du docteur Luther.
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L’Evangile du fou
L’ouvrage est présenté comme un roman, L’Evangile du fou, Jean Edern Hallier, éd. Albin Michel. Mais ce n’est pas tout à fait un roman... C’est une biographie déjantée et surréaliste du Père Charles de Foucauld, c’est également un livre de souvenirs de Jean Edern lui-même et une belle histoire d’amour qui finit mal, comme toutes les belles histoires d’amour.
Bref c’est de la vraie littérature où dans un ouvrage de plus de 400 pages se côtoient formules chocs : « Un vagin c’est le soleil d’Austerlitz d’un seul et le Waterloo de tous les autres, l’humide prairie douce d’un immense carnage... » Les belles métaphores : « Je me condamnais à me prendre moi-même au mot, asphyxié par les fumées de l’orgueil... » Les réflexions politiques ne s’encombrent pas d’un politiquement correct : « Les bons sentiments, c’est notre vaseline ! Désormais la survie d’un affamé nourrit grassement cinq fonctionnaires du Bien. » « L’ennemi des libertés feint toujours de les défendre, le désinformateur stigmatise la désinformation [...] la dame de charité s’assied sur la bouche ouverte du pauvre qui appelle au secours. Quand c’est le bourreau qui parle au nom de la victime, la boucle est bouclée. » L’humour réaliste ne manque pas : « La masturbation est une drogue que l’on peut toujours avoir sur soi... » « L’espérance, c’est l’amphétamine des imbéciles. »
Dans L’Evangile du fou, Jean Edern Hallier est tour à tour le procureur, l’avocat et le juge de la bourgeoisie, de lui-même et des valeurs de « nos familles ». L’érotisme est avenant et servi par une belle plume du vingtième siècle ! Si une toute petite partie, au milieu de l’ouvrage, perd de la verve et de la fulgurance du départ, ne reposez surtout pas le livre, la verve du début revient vite, dans une belle histoire d’amour où l’on parle de cul, et où un chat est appelé un chat, surtout si c’est une chatte ! L’héroïne, bien sûr appartient à nos familles, elle est attachante, elle pense, mais cette pensée des bourgeoises de nos familles, pour Jean Edern, n’est que : « l’ondoiement d’une sévérité gracieuse entre les tabous ! »
Il faut absolument lire ce livre du refondateur du journal L’Idiot International, si on ne veut pas rester un simple idiot.
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