Fiches de lecture de N à P
Pour accéder à la fiche cliquez sur le titre
Nicodème, Vincent Bouton, éd.Bénévent
Neurones de la lecture (Les), S. Dahaene; ed.E. Jacob
Nous les dieux, Bernard Werber, éd.Albin.Michel.
Nouvelles orientales, M. Yourcenar, éd. Gallimard
Odeur du temps, Jean d'Ormesson, éd. H. d'Ormesson
Oedipe mimétique, M.Anspach, éd. De L'Herne
Oedipe toi même ! M.Rufo éd.A.Carrière
Œuvre au noir (L’), Marguerite Yourcenar, éd. Gallimard.
Ordre médical (L’), J.Clavreul, éd. Seuil
Os de Dionysos (L’), Christian Laborde, éd. Eché.
Où on va, papa ? J-L Fournier, éd. Stock
Par le sang versé P.Bonnecarrère, éd. Fayard
Particules élémentaires (Les), Michel Houellebecq, éd.poche.
Patients de Freud (Les), Mikkel Borch-Jacobsen, éd. Sciences Humaines ![]()
Pêcheurs d'Islande, P. Loti, éd. Gallimard
Pensées (Les), Jean Amadou, le livre de poche
Péplum, Amélie Nothomb, Le livre de poche.
Petit frère Eric Zemmour, éd. Denoël.
Pierre Laval J.P Cointet, éd. Fayard
Plus beaux contes zen (Les), H.Brunel, éd.Points.
Portrait du Gulf Stream, E.Orsenna, éd. Points.
Pour en finir avec la repentance coloniale, D.Lefeuvre, Flammarion
Pour en finir avec Vichy, Henri Amouroux, éd. Robert Laffont
Pourquoi tant de haine ? E.Roudinesco, éd. Navarin
Premier sexe (Le) Eric Zemmour, éd. Denoël
Psychanalyse à l'épreuve (La), A.Grünbaum, éd. Eclat
Psychanalyser, S.Leclaire, éd. Du seuil
Nicodème
Le disciple mystérieux
C’est plus qu’un roman moderne, c’est un polar pour exégètes que nous offre Vincent Bouton avec Nicodème, éd. Bénévent. Comme le livre traite d’archéologie -entres autres- il est construit sur plusieurs strates sur lesquelles vont se dérouler l’aventure ou plutôt les aventures d’un tas de gens pas tous sympathiques. On se promène dans la Rome moderne, dans une Athènes tout aussi moderne et dans la Jérusalem antique, les trois mères de l’Occident, vu le sujet c’est de rigueur. Tout ça en faisant un petit crochet par Ephèse (actuelle Kusadasi en Turquie).
L’ouvrage ne traite pas que d’archéologie. Il y est aussi question de religion, de flingueurs, de théologie, d’innocentes créatures, d’intérêts financiers de la Communauté Européenne et de séminariste en quête d’aventures....
Un « Da Vinci code » pour lettrés intellectuels, forcément ça ne s’adresse pas à tout le monde, surtout que le vrai fond de la chose est une thèse sur le quatrième évangile, celui attribué à Saint-Jean et ça se tient. Evidemment c’est un domaine où les choses tiennent facilement par elles-mêmes, chacun peut tordre les Ecritures et les interpréter comme il l’entend ; l’ennui, si l’on peut dire, c’est que la « thèse » est solide. Suffisamment solide pour qu’on ait envie de la réfuter, car souvent l’excès jette... le bébé avec l’eau du bain et comme le bébé c’est le petit jésus, c’est ennuyeux...
Un petit mot sur l’écriture, elle est celle d’un roman bien construit, pas de littéromanie, juste ce qu’il faut pour un roman en forme de polar : haletante avec une chute bien trouvée à chaque chapitre qui vous invite à ne pas poser l’ouvrage. Les jeunes personnages ne sont pas assez construits, leurs portraits manquent justement de maturité, mais n’est-ce pas le propre des jeunes héros ? De l’humour aussi :
« Il n’y a rien d’urgent en archéologie, on a rarement trouvé de survivants dans les fouilles. »
Bref un très agréable moment où les 340 pages semblent trop courtes.
Retour au sommaire
Nous les dieux -suivi de- Le souffle des dieux et Le Mystère des dieux-
Après Harry Potter à l'école des sorciers, voici Michael Pinson à l'école des dieux. -Bernard Werber, Nous les dieux, Le souffle des dieux, éd. Albin Michel- surfe en deux gros volumes (le troisième restant à paraître) sur la vague du fantastique réouverte par J.K.Rowling. Hélas, Michael Pinson n'a pas le charme de Harry Potter et Werber n'a pas le style de Rowling. Car il n'y a pas de style dans l'écriture, l'auteur a dit lui-même ne pas en rechercher lors d'une émission. C'est dommage, car on peine parfois à lire. On lit les aventures de Michael Pinson comme on conduit sur l'autoroute : avec monotonie.
Werber reprend pourtant tous les ingrédients du merveilleux en créant le monde de l'Aeden, mais écrire ce n'est pas que raconter des histoires, même si l'on a à sa disposition toute la palette de la mythologie.
On a parfois l'impression que Werber s'est donné mission de "cultiver" ses lecteurs en mettant à leur disposition cette Encyclopédie du savoir relatif et absolu insérée dans son ouvrage. Cette "Encyclopédie" figurait déjà dans sa trilogie des fourmis. Hélas, elle contient beaucoup d'erreurs et d'à-peu-près.
Par exemple, à la rubrique "Magicien" Werber cite le Nouveau Testament et écrit que voulant confronter leurs pouvoirs Simon le magicien et les apôtres se lancèrent un défi et que les apôtres firent chuter le magicien du haut du Capitole par leurs prières. Non seulement cette scène n'eut pas lieu, mais la rencontre de Simon et des apôtres se fit en Samarie et non à Rome ! (Actes, chap. 8) "Saint-Pierre utilisera le terme de simonisme pour désigner les faux croyants" écrit-il. Or, le simonisme est l'achat et le trafic d'une charge. Il fut condamné par plusieurs conciles, notamment Latran I et IV et également celui de Trente.
Erreur aussi en ce qui concerne les trois "vexations" qu'a subi l'humanité : Copernic, Darwin et Freud. Werber nous dit que Freud à vexé l'homme en lui dévoilant " ….qu'en fait il n'est motivé que par son envie de séduire des partenaires sexuels ". Bref, Freud égale zizi. Cette histoire de la vexation de l'humanité est en fait un texte de Freud lui-même qui écrit que la psychanalyse vexa l'espèce humaine en lui montrant que "le Moi n'était pas maître chez lui". Ce qui n'est pas tout à fait pareil. Ces erreurs, mélangées à des vérités historiques ou scientifiques sont regrettables, car Werber attire un important lectorat adolescent.
C'est bien là que réside tout son intérêt, si Rowling redonna le goût de la lecture aux enfants, Werber éveille la curiosité des ado. Après avoir lu un de ses ouvrages, très souvent un ado se documente sur la mythologie, la science, la religion et l'histoire. C'est dommage de commencer par de fausses données. Enfin dernier parallèle entre Rowling et Werber les romans sont des sagas, mais si les aventures d'Harry Potter peuvent (presque) se lire indépendamment, la trilogie des dieux ne peut pas être scindée. Il y est même fait références à des ouvrages antérieurs hors trilogie. Technique commerciale déplaisante.Et voici paru en 2007 la fin de la saga, Le Mystère des dieux. Inutile de dire qu'il ne rattrape pas les deux premiers. Le savoir de son "Encyclopédie du savoir relatif et absolu" reste toujours aussi relatif. Les erreurs monumentales s'enchainent les unes aux autres.
Dès le départ, (page 16) le lecteur qui possède un minimum de culture sait à quoi s'en tenir :
" - Michael Pinson ! Clame Dionysos [ ...] Le Dieu des voleurs nous fait rentrer et ferme derrière nous l'épais portail..."
C'est tout de même gênant pour une grande saga en trois volumes se déroulant chez les dieux de l'Olympe, de ne pas en connaître le b.a.ba. Hermès était le dieu des voleurs, pas Dionysos. Werber continue de chiper ça et là des petites phrases et les attribue à ses héros comme étant de sa propre invention :
-Je me souviens que mon mentor ajoutait : " Et les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent "- (Page 150)
Cette phrase célèbre est bien évidemment de C. Pasqua et elle eut un grand succès. Mais les lecteurs adolescents de Werber ne le savent pas. Werber écrit sans style dans une linéarité de brouillon. Il a son lectorat assuré, le marketing copié sur Harry Potter (présentoir individuel en librairie, livre avec titre doré en relief) fait son effet. Ecrivain pour adolescents, l'auteur se met quasiment en scène dans une querelle entre écrivains et il dit vrai :
"-Tu sais pourquoi je te déteste personnellement ? A cause de ma fille. Elle ne lisait pas. A 13 ans elle n'avait toujours pas terminé un seul roman et puis un jour elle a découvert un de tes livres, conseillé par un de ses copains de classe. Elle l'a ouvert et l'a lu d'une traite toute la nuit. Puis un deuxième. Elle les a tous lu en un mois. [...] Et alors elle a commencé à nous parler de philosophie et d'histoire et elle s'est mis à lire des essais philosophiques et historiques pour compléter ce qu'elle avait lu chez toi. C'est toi qui lui avais donné envie de lire." (Page 215)
A croire que Werber a lu ma critique de ses précédents ouvrages ! Il donne envie de lire tout en donnant un petit bagage de départ et c'est le plus important. La chute de l'histoire n'est pas très originale et joue du macrocosme au microcosme, de planète, le héros devient une particule de papier et s'adresse au lecteur sur un air de farce, mais cette chute, presque originale, est autant un exercice d'imprimeur qu'une originalité d'auteur.
Retour au sommaire
Nouvelles orientales
C'est un mélange de contes zen, de mythologie et de contes de fées que propose MargueriteYourcenar dans ses Nouvelles orientales, éd. Gallimard. Une sucrerie qu'il faut se garder pour l'après-dîner. Une belle histoire pour adulte à écouter comme un enfant, juste avant de s'endormir.
Retour au sommaire
Les mémoires de Ponce Pilate et L'œuvre au noir
Généralement quand un académicien écrit, c'est emmerdifiant au possible. Leurs ouvrages racontent souvent l'histoire d'une famille de marchands de quatre saisons en douze tomes qu'on se force à lire pour avoir la culture d'un "honnête homme". Ce n'est pas le cas avec Marguerite Yourcenar, L'œuvre au noir, éd. Gallimard. La lecture "Des mémoires d'Hadrien" avait provoqué en moi une grande frustration et une colère contenue qui se partageait à l'admiration.
Colère et frustration car il ne me paraissait pas possible qu'une femme du vingtième siècle pensa et s'exprima comme un empereur romain qui a passé la cinquantaine et qui vécu il y a plusieurs siècles. Le coup de grâce allait m'être donné quelques années après par Anne Bernet avec ses Mémoires de Ponce Pilate, éd. Plon.
Ces femmes m'en remontraient sur l'âme de l'homme, sur son fonctionnement, sur l'amère sagesse qu'il atteint à la cinquantaine, cette sagesse qui a un étrange goût de renoncement, de déception.
Rentrant ainsi, l'une dans la peau d'Hadrien, l'autre dans celle de Pilate, en les faisant penser agir et réfléchir sous mes yeux, elles me montraient que je ne serai probablement jamais un véritable écrivain.
Dans L'œuvre au noir, non seulement le français est un enchantement sous la plume, mais les phrases sont toujours piquantes de vérité :
" …il goûtait cette froide connaissance qu'on a des êtres quand on ne les désire plus." Je crois qu'il faudra longtemps chercher un auteur qui, comme Yourcenar, réussisse avec aisance l'alliage alchimique de deux antinomies, le mariage harmonique de deux mots incompatibles qu'elle assemble pour en tirer un instantané criant de vérité : "Seule, comme la lampe des Vierges sages, veillait dans une chambre haute, au cœur des deux filles silencieuses, la froide ardeur de la Réforme." Yourcenar fait partie de ces auteurs qu'on n'est pas pressé de lire : on en savoure chaque page, chaque phrase, chaque mot. Avec elle, le geste quotidien du lecteur devient une souffrance ; quand machinalement, en refermant l'ouvrage on jauge avec le marque-page la quantité déjà lu de l'ouvrage, c'est toujours la même réflexion frustrante que l'on se fait : "Quoi ? Il ne me reste plus que ça !"
Retour au sommaire
Odeur du temps
Ce n’est pas un recueil de nouvelles, un roman ou un essai qu’a écrit Jean d’Ormesson avec Odeur du temps, éd. Héloïse d’Ormesson. L’ouvrage porte en sous-titre « Chroniques du temps qui passe » et c’est bien de chroniques qu’il s’agit. L’Académicien a rassemblé ses chroniques du Figaro et du Figaro Magazine et en a fait un ouvrage.
L’ennui c’est que parfois, pour le même sujet ou pour le même auteur, il a parfois rassemblé la chronique du Fig et celle du Fig.Mag. qui disent à deux ou trois mots près la même chose. Il y a comme une sensation de double usage.
Sinon, c’est frais et rafraîchissant, tantôt c’est de littérature que nous entretient l’auteur, tantôt de peinture, tantôt de cinéma. C’est frais, agréable et intelligent. L’ouvrage est parsemé de belles phrases :
« Par un espèce de miracle, moins l’horizon est large, plus les rêves sont brillants »
A lire de façon espacée pour s’aérer d’un gros pavé, comme on prend une bonne bière après un gros effort.
Retour au sommaire
Œdipe mimétique
Voici un petit ouvrage de 120 pages de Mark Anspach, paru aux éditions de L’Herne en 2010, en même temps que le fameux livre de M. Onfray. L’ouvrage, moins volumineux, n’a pas bénéficié du même tapage médiatique que Le Crépuscule d’une idole, son contenu en est de loin plus réfléchi, plus intéressant et moins axé sur l’écriture spectacle. La préface de René Girard est suivie d’un entretien de ce dernier avec l’auteur.
Selon M. Anspach c’est l’imitation du père qui prime le désir de la mère. Pourquoi pas ? Encore faudrait-il s’entendre sur cette définition du désir de l’enfant pour la mère.
A la page 35, l’auteur utilise la version de Phérécyde d'Athènes pour parler de l’aveuglement de Tirésias afin d’en faire l’égal d’Œdipe dans la cause de son aveuglement : la transgression de l’interdit. Ce faisant, il passe sous silence la version d’Ovide. La théorie mimétique choisit ses légendes. Selon l’auteur :
« Sophocle ne nous montre pas Œdipe tuer son père ou épouser sa mère ; il met en scène le processus par lequel, au moment d’une crise, tout le monde en vient à croire qu’Œdipe a tué son père et épousé sa mère. En ce sens, l’Œdipe de Sophocle, est bien, comme le dit Ahl, « une pièce qui porte sur la genèse d’un mythe.»
L’Œdipe de Sophocle est bel et bien une tragédie qui montre le destin tragique de l’homme lorsque ce dernier devient le jouet des Dieux... ou du hasard, la pièce n’est nullement une affirmation socio-mimétique où les gens en viennent à croire que...
Un peu plus loin, l’auteur écrit :
« Dans l’analyse de Girard, c’est la présence d’un modèle qui oriente le désir en désignant l’objet comme digne d’être possédé.»
Que le mimétisme soit une réalité humaine et même animale, est un fait incontestable ; mais vouloir faire de cette fonction mimétique le moteur de l’humanité et de la civilisation est tout de même un peu osé. En effet, le mimétisme est une « fonction psychologique, » le donner comme déterminant, tant au niveau individuel qu’au niveau collectif comme le font Girard et Anspach c’est faire peu de cas de la réalité biologique et du cortège des pulsions.
La fin de l’ouvrage est consacrée à une analyse de Freud et de son environnement familial, une analyse de la disparité des âges dans les différentes parentés qui composaient la famille de Freud. Ces disparités très importantes sont le matériau dans lequel le psychanalyste a puisé son « Complexe d’Œdipe. » Les parallèles sont stupéfiants. Les trente dernières pages de l’ouvrage sont d’une rare finesse d’analyse et l’exercice est pleinement réussi.
Retour au sommaire
Retour à l'index des fiches de lecture
Retour à la page d'accueil
L'ordre Médical
Il est assez rare que je relise entièrement un essai, d'ordinaire je me contente des passages que j'ai surlignés. Ce ne fut pas le cas avec l'ouvrage de Jean Clavreul, L'ordre médical, éd. Du Seuil. En se basant sur les travaux de Foucault (La naissance de la clinique) et de Canguilhem (Le normal et le pathologique) éd. PUF, l'auteur "démonte" le discours médical, depuis son acte de naissance jusqu'à l'aboutissement du Conseil de l'Ordre et des progrès accomplis dans l'investigation.
Jean Clavreul est mort dans l'année 2006 il n'a pas été un auteur prolifique, il a très peu publié et c'est bien dommage. Un lacanien lisible et de plume agréable, c'est assez rare pour être signalé.
L'auteur démontre dans son essai que le discours médical est inattaquable, car il se constitue de lui-même et se fonde à partir de la propre demande du malade. Ce dernier d'ailleurs n'est jamais qu'un outil à l'usage du discours médical qui ne lira pas une plainte dans la souffrance du malade, mais un signe renvoyant à un symptôme répertorié, classé, archivé. L'être de la maladie n'existe pas pour la médecine, le malade est le siège de cette maladie où peut s'exercer une sémiologie particulière, celle de la clinique.
La médecine ne peut être prise pour cible par aucun autre discours, fut-il contestataire ; elle est inattaquable du point de vue philosophique ou critique : elle est la quintessence même de l'humanisme !
Elle œuvre au bien de l'humanité en associant science, technologie et justement cet humanisme. C'est imparable. L'ouvrage de Clavreul est peut-être trop riche pour être commenté, trop riche également pour un donner quelques extraits. La médecine règne en maître sur le monde moderne, les prêtres, les philosophes, les politiques recourent à son langage en usant de métaphore : "le pays est malade". Le peuple, comme le malade n'est plus en état de se diriger lui-même, il lui faut un médecin à qui il doit faire "confiance".
Quelques paragraphes sont consacrés aux rapports entre psychanalyse et médecine, et Clavreul revient sur la psychanalyse laïque ou profane (analyses pratiquées par des non médecins) il note que justement, quelque chose est profané, or, on ne profane que le sacré et ce sacré, c'est l'Ordre Médical.
Retour au sommaire
L'os de Dionysos
L'os de Dionysos, court roman de 134 pages parut en 1987 (éd. Eché). L'auteur Christian Laborde raconte une tranche de sa vie :
l'ouvrage serait sans doute passé inaperçu, mais la censure lui donne ses lettres de noblesse. L'auteur est beau, il fume des dunhills bleues, roule en Lancia, aime une femme superbement belle, il est prof de lettres dans un établissement catholique à Toulouse et il veut tuer la dirlo avec un compas.
Bref le prof moderne et branché dont les élèves ra-ffo-lent. Ecrit par un bobo dans le but de "choquer le bourgeois", les schémas sont archaïques : le livre fait penser au serpent qui se mord la queue et n'a "même pas mal !". Bref de la littérature pour collégiens, à lire avant 17 ans, mais à lire tout de même car il y a quelques belles formules, notamment un passage savoureux sur l'Inspection dans l'Education Nationale.
On lui donnera une note d'encouragement et l'accès à la classe supérieure à faire signer par les parents : "Christian a de grandes capacités et il peut mieux faire qu'un os à ronger, fut-il de Dionysos, mais il doit cesser de regarder son nombril et croire que ce dernier est le centre du monde. Signé : La Directrice"
Retour au sommaire
Où on va, papa ?
Prix Femina 2008Un père, Jean-Louis Fournier, raconte ses deux enfants handicapés dans Où on va, papa ? chez Stock éditions. On se dit en voyant le sujet : on va s’emmerder dans de bons sentiments familiaux, catho et moralisateurs. He bien, non ! C’est plaisant, agréable à lire et bêtement humain.
Nous sommes même très loin du bon sentiment dans le genre « Avec beaucoup de patience et beaucoup d’amour.... » Pour l’auteur c’est plutôt : « Il ya aussi ceux qui disent : ‘L’enfant handicapé est un cadeau du Ciel.’ [ ] Quand on reçoit ce cadeau, on a envie de dire au Ciel : ‘Ho ! Fallait pas....’ »
Plus d’une centaine de réflexions sur 150 pages, ça se lit vite, c’est ironique, cynique et dans cet humour au vitriol, malgré tout, l’amour est quand même présent, mais pas toujours, comme dans la vraie vie quand elle ne fait pas de cadeau.
Retour au sommaire
Par le sang versé
(La Légion Etrangère en Indochine)Ce sont 500 pages d'aventures parfois comiques, souvent tragiques que nous offre Paul Bonnecarrère avec "Par le sang versé" éd.Fayard (Le livre de poche).
C'est un livre d'histoire composé de multiples historiettes et de véritables tranches de vie.
Les personnages sont campés, réels, on les saisit en quelques lignes, on partage leurs joies, leurs conneries de bidasses, leurs gnôles et leur courage souvent exceptionnel qui est celui des gens qui n'ont pas d'espoir ou s'accrochent à des chimères d'ado.
La lecture se fait comme un polard, haletante, non pour connaître le nom de l'assassin, mais pour vivre l'action heure après heure, la fuite et l'interrogation : lui, s'en sortira-t-il ? Il n'est pas de bon ton de rappeler que ces types, héros anonymes sont morts pour la France dans des conditions abominables comme ces quatre légionnaires survivants jetés dans la chaudière de la loco après l'attaque d'un convoi ferroviaire. D'ailleurs la France ne célèbre plus ses guerriers ni ses victoires : nous fêtons nos défaites en paradant avec nos vainqueurs !
L'ouvrage a quarante ans et date de 1968. C'était une autre époque, la chute de Diën-Biën-Phu n'avait que 14 ans, juste l'âge d'un gamin égaré dans la Légion...
Retour au sommaire
Les particules élémentaires
Quelle que soit l'oeuvre, La possibilité d'une île (Fayard), Plateforme, Extension du domaine de la lutte, les particules élémentaires (le livre de poche) Michel Houellebecq ne laisse pas indifférent. On aime ou on déteste, sans demi-mesure.
Son style est incisif, les phrases ne sont pas enrobées d'acide, elles sont sans appel. Elles tombent comme des couperets et on n'y revient pas.
Chez Houellebecq, merde veut dire merde et il appelle un cul un cul.
Nietzsche a dit un jour que les vrais écrivains sont ceux qui écrivent avec leur sang. Houellebecq écrit avec ses couilles, avec ses reins. Son ouvrage le plus optimiste est Plateforme, mais cet optimisme est loin du roman à l'eau de rose. La fin y est tragique bien évidemment.
Il y a un parallèle entre Les particules... et La possibilité…. : le gentil coincé des Particules... devient un être sans désirs dans La possibilité..
Le baiseur obsédé n'est pas le demi frère du héros mais l'original qui sera amélioré dans les divers clônages succesifs. La toile de fond demeure les avancées possibles de la science.
Houellebecq écrit comme un témoin des âmes noires, c'est ce que se plaisent à penser les âmes blanches, mais ce témoignage n'en est pas un : il est un constat réaliste de l'homme et de l'époque écrit avec les mots crus de ceux qui racontent des d'histoires sans s'en raconter à eux-même.
Retour au sommaire
Les patients de Freud
Voici un petit ouvrage original concernant Les Patients de Freud, par Mikkel Borch-Jacobsen aux éd. Sciences Humaines. MBJ est un philosophe et un historien de la psychanalyse, un homme instruit et cultivé dont le travail de recherche est reconnu par ses pairs. En repli de quatrième de couverture, figure une photo de l’auteur, c’est un très beau jeune homme à l’air sain et décontracté. Mikkel Borch-Jacobsen est le gendre idéal dont rêvent pour leurs filles les bourgeoises prévoyantes et avisées. Car non seulement il est beau, mais il n’aime pas Sigmund Freud qui voyait du sexe partout et était un homme malhonnête. L’ouvrage trace 31 portraits de patients de Freud ; Mikkel Borch-Jacobsen nous prévient, mais de la part d’un des auteurs du Livre noir de la psychanalyse, on s’en doutait un peu, ce n’est pas du tout une apologie de Freud qui nous est présentée avec ses patients.
La série de portraits commence par celui de Bertha Pappenheim, alias Anna. O. et Ils s’établissent pour la majorité sur la période du début de la psychanalyse. La plupart des patients sont des patientes (vingt sur trente et un) et elles viennent quasiment toutes de la haute bourgeoisie juive de Vienne. La documentation est abondante et l’auteur donne ses sources. Hélas, ces dernières ne sont pas accessibles aux lecteurs ordinaires : La Bibliothèque du Congrès de Washington.L’anti-freudisme n’est pas pour me déplaire, j’en suis même assez friand, mais la mauvaise foi des « freud scholars » enlève souvent de la saveur à la chose, à cette "inquiètante étrangeté". C’est ainsi que, traçant le portrait d’Albert Hirst, (page 123) il fait dire à ce dernier :
« Plus tard Hirst devait considérer que cette thérapie avait été trop brève et qu’elle ne lui avait fait aucun bien. »
Alors que quatre pages plus loin, citant l’autobiographie du même Hirst, l’auteur écrit :
« Hirst estimait qu’il avait eu une bonne vie. Il en était reconnaissant à Dieu, à l’Amérique et à Freud. »
On aimerait comprendre. Surtout que peu avant, au portrait de Anna Von Vest (page94) il écrit :
« En mai 1903, elle décida d’aller à Vienne pour y consulter Freud. Elle avait quarante et un an et cela faisait bientôt deux décennies qu’elle était invalide. On dut la porter du train à son hôtel où Freud vint la voir. Une semaine plus tard elle pouvait déjà aller à pied à son cabinet. La semaine suivante elle commença à aller au théâtre. »
Bien sur, l’auteur note juste après que le prix que demandait Freud était très élevé. Rien ne doit figurer à son actif dans la balance du procès que lui fait Mikkel Borch-Jacobsen. D’une manière générale, les courtes biographies vont jusqu’à la mort du patient, et sans que cela soit écrit explicitement, on a la sensation pesante que Freud, mort parfois bien avant eux, est responsable des rechutes ou des maladies développées ultérieurement par ses analysants. Ce que jamais on ne reprocherait à un médecin ordinaire. A signaler ainsi avec force répétition les rechutes développées après la cure, on se demande si Mikkel Borch-Jacobsen ne croit pas à une psychanalyse toute puissante, garantie au risque "zéro rechute" et appliqué par un praticien omnipotent et infaillible.
Il y a quand même un excellent dessert dans ce repas où on mange du Freud en entrée et en plat principal : les courtes biographies de maîtresses ou de femmes d’analystes. MBJ nous introduit dans l’intimité de ce milieu analytique ou l’analyste est parfois un loup pour l’analysant, où se succèdent à un rythme effréné divorces, remariages, suicides, conseils stupides mais non désintéressés...
Bref le train-train quotidien du « qui couche avec qui ? » En somme rien de nouveau sous le soleil freudien.
Mais qui mieux que personne peut parler de l’ouvrage, sinon l’auteur lui-même ? Ce qu’il fait dans l’entretien qu’il a accordé au site de son éditeur :« ... Personnellement, je n’ai pas fait d’analyse. Je laisse cela aux gens qui ont un tempérament plus faustien… »
http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/mikkel-borch-jacobsen-que-sont-devenus-les-patients-de-freud_sh_28036
Bien sur, il serait facile d’user de l’argument dont userait tout freudien : « L’auteur n’a pas fait d’analyse donc il ne sait pas de quoi il parle !» Aujourd’hui nous n’en sommes plus là... mais tout de même, peut-on écrire une histoire du football sans avoir jamais mis les pieds dans un stade ?
La question reste posée...
Retour au sommaire
Pêcheurs d'Islande
Pêcheur d'Islande (éd. Gallimard, folio) est le livre le plus connu de Pierre Loti. Une double invitation au voyage, la première à la dure condition des pêcheurs de Paimpol qui partaient pêcher la morue sur les côtes de l'Islande, la deuxième une plongée dans les mœurs de la Bretagne catholique du début du vingtième siècle. Une histoire d'amour où les sentiments retenus sont exprimés de merveilleuse façon, où les cœurs torturés s'expriment par la plume descriptive, amoureuse des détails, qui restitue merveilleusement les paysages et les états d'âme. Evidemment, ça finit mal et c'est encore meilleur, même si c'est un peu "téléphoné" en cours de route, il n'y a pas d'intrigue dans l'histoire, mais du plaisir à lire.
Retour au sommaire
Les pensées
Qu'un philosophe publie ses pensées cela paraît naturel qu'un chansonnier le fasse sort de l'ordinaire. "Les pensées" de Jean Amadou, au Cherche midi en livre de poche, collection j'ai lu. Avec ses pensées parfois profondes : "La liberté n'est pas de pouvoir sortir, c'est de savoir que la porte est ouverte" souvent malicieuses : "Je n'ai jamais vu un homme de l'opposition mettre plus d'une minute pour juguler la pauvreté et réduire le chômage" Jean Amadou vous fera passer un bon moment.
Retour au sommaire
Péplum
Avec cet ouvrage (Le livre de poche) Amélie Nothomb s'essaie à la science fiction et au fantastique en se mettant elle-même en jeu dans le roman. Elle est kidnappée par un savant du futur, et un dialogue s'installe entre la romancière et le savant fou qui ne veut pas la relâcher. Hélas, Amélie Nothomb n'est pas douée pour la fiction elle ne sait pas raconter d'histoire, mais comme elle parle d'elle à la première personne les meubles sont sauvés.
Retour au sommaire
Petit frère
Est-ce un roman, une analyse sociologique, un essai politique ou une biographie que nous propose Eric Zemmour dans "Petit frère" éd. Denoël ? Un livre à tiroirs en tous cas où tout cela s'amalgame sans vraiment se mélanger. Au final une belle plume qui sait capter le lecteur et retenir son attention.
On se promène tout à la fois dans le vingtième arrondissement et dans un monde de strass et paillettes où l'argent abonde.
On se régale, tout au long de l'ouvrage, des dialogues pleins de saveur entre un ministre opportuno-gaulliste et un intellectuel ex-gauche qui se reconnaît lui-même comme "un idiot utile du capitalisme" (P. 291) :"Les enfants de la bourgeoisie, harnachés d'un mépris de classe de fer, avaient déclaré la guerre au peuple français. L'antiracisme fut notre arme absolue, notre bombe atomique." (P.238)
Eric Zemmour ne s'encombre pas du "politiquement correct" :
"Les fameux dîners du CRIF se transformèrent en tribunaux pour ministres coupables d'une trop grande tiédeur à l'égard d'Israël." (P.215)
L'histoire qui constitue la trame de fond est sinistre, elle est racontée avec une plume simple mais percutante. Faisant un parallèle historique sur le retour de l'antisémitisme l'auteur fait preuve d'un humour juif au vitriol :
"Dans les années trente aussi il y a avait des optimistes et des pessimistes. Les pessimistes ont fini à Hollywood et les optimistes à Dachau."
Eric Zemmour cite souvent des auteurs qu'il a lus, on ne s'en plaint pas :"Oscar Wilde disait qu'en amour, il y en a toujours un qui souffre et un qui s'ennuie."
Ce qu'il faut surtout retenir de l'ouvrage est la lucidité politique de quelqu'un qui a su prendre le pouls de notre époque et de notre nation, d'un intellectuel courageux sans plus aucune illusion :
"La voilà, la vraie raison, le motif secret de la politique étrangère française. La peur des banlieues. C'est l'esprit de Munich qui règne à nouveau sur la France."
Pessimiste Zemmour ? C'est bien possible... Quoiqu'il en soit l'ouvrage, (un peu plus de 300 pages) se lit presque d'un coup. Le livre est difficile à lâcher....
Retour au sommaire
Pierre Laval
C’est à une biographie de presque 600 pages que nous invite Jean-Paul Cointet avec Pierre Laval, éd. Fayard.
Difficile d’écrire sur un personnage pareil à notre époque. Comme l’indique l’auteur dès le début de son avant-propos « Il demeure dans la mémoire française un tabou concernant Pierre Laval » J-P Cointet ne se fait ni le défenseur ni l’accusateur de Laval. Exercice de virtuose donc que cette biographie et l’exercice est réussi.
On suit le personnage de son village natal (Châteldon) à vingt kilomètres de Vichy, depuis 1883, jusqu’à la Haute Cour de justice en 1945. Les deux tiers de l’ouvrage sont consacrés à la période 40-45 au détriment de l’enfance et de l’adolescence de Laval. Ce qui est assez regrettable, mais les documents étaient peut-être manquants pour le faire.
Les relations équivoques que le politicien chevronné eut avec Pétain, dans le genre « je t’aime moi non plus » sont bien analysées, sans pour autant devenir lumineuses. Qui a continuellement roulé qui dans la farine ? Le saurons-nous vraiment un jour ?
Le mérite de cette biographie tient surtout à la présentation du merveilleux « animal politique » que fut Pierre Laval, à classer dans la série des géants. Parlementaire, plusieurs fois ministre, Président du Conseil, il rencontra les grands de ce monde (Hoover, Mussolini, Staline, Hitler). Si le caractère orgueilleux de Laval, toujours trop confiant en lui, d’une générosité prodigieuse avec les allemands et d’un optimisme à tout crin dans sa bonne étoile l’ont certainement gêné dans ses entreprises, ses exploits politiques furent exceptionnels.
L’homme du 10 juillet 40 qui manipula les deux chambres pour qu’elles votent leur propre suicide, tente encore dans les derniers moments, avec les alliés aux portes de Paris, de réunir les ex-élus et tout ce qui pouvait être « représentatif » de la défunte IIIe République... et il y parvint en partie !
Dans une course effrénée contre la montre, le 12 août 1944, à deux heures du matin, il alla chercher lui-même et ramena de Nancy, Edouard Herriot, ex-président de l’Assemblée Nationale, devant laquelle il avait l’intention de faire un discours !
Bonne biographie, d’une écriture honnête.
Retour au sommaire
Les plus beaux contes zen
Voici quatre-vingts contes zen (Les plus beaux contes zen, éd. Points) agrémentés à la sauce Vatican II. Henri Brunel re-écrit des contes originaux asiatiques pour les occidentaux en pensant les rendre plus "abordables". Admirateur du moine zen Ryokan, il le compare à Saint François d'Assise.
L'esprit du zen, chez l'auteur, ressemble étrangement à la morale chrétienne : "Il se fit ermite, en effet, fut bientôt renommé pour sa sainteté, et quand il mourut il entra dans le ciel de Brahma." Quand on a ôté les arômes artificiels rajoutés aux contes on peut, peut-être en faisant de gros efforts, y retrouver la saveur du zen, mais le titre reste gênant : décréter ces quatre-vingts contes comme les plus beaux, c'est oublier que … "seul celui qui boit sait exactement si le thé est chaud ou s'il est froid." Se lit comme des contes : un ou deux par jour histoire de se reposer de gros ouvrages fastidieux.
Retour au sommaire
Portrait du Gulf Stream
(éloge des courants)Aux éditions Points, Erik Orsenna nous invite à un Portrait du Gulf Stream, le livre tourbillonne en tous sens, il nous invite à côtoyer divers scientifiques, à embarquer avec de navigateurs contemporains, à plonger dans la profondeur des plaques tectoniques et la sortie se fait par le couloir cosmique de la mythologie! Tout cela pourrait sembler brouillon, mais non, à la fin du livre on se demande si on a lu un, deux, ou trois ouvrages, et ce, sans s'ennuyer une seule seconde ! Bien entendu, on ne sait toujours pas où commence exactement le Gulf Stream et où il finit. Bref, un petit ouvrage d'érudition bien pesée qui a la saveur du zen.
Retour au sommaire
Le premier sexe
Quand on commence le bouquin, d’Eric Zemmour, Le premier sexe, éd. Denoël. On se dit : « Tiens un pamphlet, un brûlot, c’est un genre que j’aime. »
Et puis non, au bout de quelques pages on s’aperçoit que c’est un véritable essai qu’on est en train de lire.
Dès le départ l’auteur annule les contestations possibles, il sait très bien et le dit que « l’homme » et « la femme » sont des idées abstraites. En s’appuyant sur le concept de pulsion de mort, élaboré par Freud, Zemmour passe en revue la civilisation européenne et son évolution.Il donne à l’homme cette « pulsion de mort », force virile, guerrière, destructrice et porteuse de civilisation qu’il oppose à la femme, fondatrice du couple, du cocon. On pourrait dés lors s’attendre à un écrit gnangnan du genre « les hommes et les femmes ne sont pas fait pour vire ensemble » du genre littérature débile outre-Atlantique, mais Zemmour sait que l’homme est un animal politique. Il prend donc en compte cette dimension politique de la civilisation. Pas que la dimension politique d’ailleurs, le contexte économique ne lui échappe pas:
« Les publicitaires n’annoncent pas la société qui vient ; ils sont chargés de l’imposer à grand coup de propagande. Ils sont grassement payés pour cela. » p.29
Freudien, Zemmour l’est jusqu’à la simplification, jusqu’au schéma, pourtant juste :« Ainsi Ségolène Royal incarne-t-elle la synthèse du vieux puritanisme catholique et du farouche égalitarisme féministe. Elle est à la confluence de deux mouvements historiques qui se confondent aujourd’hui. Sa popularité époustouflante atteste la pertinence de son positionnement médiatique et politique » P. 37
Pour lui, et avec raison l’homme politique, celui qui se fait une place est un tueur.
La crise de la famille, la perte d’autorité du père est largement abordée dans son essai, Zemmour appuie ses propos en les illustrant de chiffres et de données. Nous savions que l’enfant d’aujourd’hui, non seulement règne en maitre chez ses parents, mais que les labos et la sécu veillent sur lui :
« Ritaline, Concerta, plus de cent soixante dix mille boîtes de « pilules de l’obéissance » on tété remboursées en 2004 par la sécu. »
L’auteur constate que l’homme, dans une société « féminine », est devenu l’enfant monstrueux de Tartuffe et de Beauvoir « L’homme n’a plus le droit de désirer, plus le droit de séduire, de draguer. Il ne doit plus qu’aimer. » En historien qui a tiré les leçons du freudisme, il constate que Louis XVI « Le seul roi de France qui n’eut pas de maitresses fut aussi le seul qui finira guillotiné »
En politique et sociologue averti, il note, que face à la dépression démographique :« Les progressistes conséquents et les technocrates compétents ont une solution : l’immigration. C’est d’ailleurs historiquement ce qui s’est passé en France. Les grandes lois sur le divorce et l’avortement sont exactement contemporaines d’une autre législation, celle sur le regroupement familial. » P. 107
Enfin, et ce n’est pas la moindre de ses remarques il constate que certaines communautés, par une nette radicalisation politico-spirituelle ont plus de chance que d’autres de se tirer de ce mauvais pas, de cette féminisation générale de notre société : l’islamisme pour les jeunes musulmans et le sionisme pour les jeunes juifs.
Pour les autres l’échappatoire semble inexistant.
Un bel essai à lire, d’autant que Zemmour est une belle plume à l’écriture agréable.
Retour au sommaire
Psychanalyser
Voilà un ouvrage, Psychanalyser de Serge Leclaire, éd. Du seuil, qui commence très bien : un psychanalyste qui écrit que la plupart du temps, ce que dit l’analyste à l’analysant est toujours incompris par ce dernier, il est ressenti comme un énoncé venant de la planète Mars. Et ça continue allégrement sur le même registre :
« Ainsi dans cet état d’attention flottante qui lui est recommandé, le psychanalyste doit pouvoir accueillir sans privilège établi ce que le patient, invité à laisser venir sans discrimination, dit au cours de la séance. Telle est la situation dans son paradoxe, qui évoque volontiers quelque folle entreprise où le navigateur aveugle et sans compas inviterait son passager à prendre le vent comme il souffle. » (Page 23)
Le début est effectivement prometteur, mais bien vite on se retrouve dans les discours habituel des lacanneries ordinaires - l’instance de la lettre, le Phallus- etc... se suivent et se succèdent à longueur de pages dans une démonstration théorico-explicative à partir d’une vignette clinique. Dommage.
Le dernier chapitre, tout comme le premier, revient sur la pratique psychanalytique vue par un œil de non-initié :
« -Hé bien non, je suis là, enfin, je veux dire dans mon fauteuil, ni pour recueillir des confidences, ni pour aider, encore moins pour comprendre... » (Page 173)
« Au terme de l’analyse, le patient ne saura pas plus qui il est, mais seulement à quoi il est assujetti... » (P.174)
« ...le transfert est constitué comme une non-réponse à la demande constituée par le dire du patient. » (P.176)
Petit ouvrage de psychanalyse à lire même tardivement : on ne perd rien à ne pas l’avoir lu, on gagne à le lire.
Retour au sommaire
Pour en finir avec la repentance coloniale
Essai court mais décapant de Daniel Lefeuvre "Pour en finir avec la repentance coloniale" éd. Flammarion. L'auteur fait partie de ces intellectuels que la bienpensance classe parmi les nouveaux "réacs". Il s'en fout, nous aussi. Le ton est donné dès le début de l'ouvrage : "Après celle de la guerre d'Algérie, une nouvelle génération d'anticolonialistes s'est levée. Courageuse jusqu'à la témérité, elle mène combat sur les plateaux de télévision et dans la presse politiquement correcte." L'auteur en historien consciencieux fait parler les chiffres du commerce, la balance des échanges entre la métropole et ses colonies, ce qui en rend parfois la lecture un peu austère, mais ô combien intéressante.
Cette austérité nécessaire est compensée par un humour corrosif. A propos de l'étranglement de Vercingétorix (en 46 av. J.C) Lefeuvre constate que César bafoue la Convention de Genève de 1929. C'est à un véritable réquisitoire contre "l'hitlérisation" de l'histoire par les historiens "corrects" et à la mode que se livre le procureur Daniel Lefeuvre. On le suit.
Retour au sommaire
Pour en finir avec Vichy
C’est plus de 1200 pages en deux volumes que nous offre Henri Amouroux avec Pour en finir avec Vichy, aux éd. Robert Laffont. Lire le tome 2 (Les racines des passions) m’a obligé à relire le tome 1 qui avait en sous-titre Les oublis de la mémoire. Dans ce premier Tome Amouroux revient justement à ces oublis qui n’ont plus droit de cité aujourd’hui (l’incroyable débâcle, Dunkerque, l’inimaginable exode -dix millions de personnes juste avant l’armistice, selon Amouroux- les circonstances de la constitution du Gouvernement Pétain, l’affaire des "courageux" parlementaires à bord du Massilia –plusieurs d’ailleurs deviendront des modèles de patriotes-démocrates sous la Vème !- les dures conditions de l’armistice indispensable, Mers-el-Kébir, l’attaque anglo-gaulliste sur Dakar, la peu glorieuse mort de la IIIème, etc...) Bref tout ce que l’histoire oublie par commodité idéologique. Mais si l’on a eu en main l’histoire de cette époque écrite par les perdants, car depuis La guerre des gaules, ce sont toujours les vainqueurs qui écrivent l’histoire, on n’a pas l’impression d’apprendre grand-chose.
Si l’on a eu la chance de lire Benoist Méchin qui a tenu un véritable journal de bord heure par heure et jour après jour de la situation militaire et politique, le Tome 1 de « Pour en finir avec Vichy » sera une excellente révision, plus épais, il rentre davantage dans les détails politiques. Peu de variation avec les auteurs fiables traitant cette époque, car les faits sont les faits, ce qui aujourd’hui pour beaucoup d’historiens ne signifie plus grand chose, mais les faits sont têtus. J’ai toutefois noté une variation qui vaut son pesant d’or : concernant l’affaire Leca et Devaux (deux parlementaires en simili fuite arrêtés en Espagne) avec selon Benoist Méchin des espèces (plusieurs millions) et selon Amouroux des lingots d’or.Ce tome 1 est tout de même beaucoup mieux qu’une simple piqûre de rappel, il replace les choses dans leur contexte et nous invite à regarder 1940 non pas avec les yeux de ceux qui connaissent le dénouement de l’histoire, mais avec le regard de cette époque, dans le contexte de l’époque et avec la mentalité qui était celle des français de cette époque. Si la statue de De Gaulle est bel et bien déboulonnée, Amouroux ne se sert pour cela que des discours et des actes du général replacés dans leur contexte. La statue tombe toute seule. Si jamais statue il y a eu. Amouroux insiste d’ailleurs très peu sur le peu d’audience de l’appel du 18 juin, qui ne dut être entendu que par quelques centaines de personnes. Evidemment De Gaulle n’est pas à la fête, mais Pétain n’est pas épargné, les actes des uns et des autres sont remis à leurs places. Le fameux et catastrophique « ....et c’est le cœur serré que je vous dis qu’il faut cesser le combat. » du 17 juin entendu lui, par des centaines de milliers de citoyens et de soldats eut son catastrophique résultat. Amouroux se sert de la correspondance d’un officier de char allemand écrivant à son épouse le 18 juin : « Nous passons à toute vitesse devant des soldats français, l’arme au pied »
C’est dans le tome 2 que l’auteur ne se contente plus de relater des faits mais d’analyser leurs causes multiples. Le volume porte en sous-titre : Les racines des passions. Et ces racines-là sont disséquées, pesées, analysées, scrutées dans le détail. De la personnalité de chacun des protagonistes au contexte politique plus général, Amouroux revient sur ces racines des passions. Vichy, le vichy des curés et des conservateurs, le vichy du conservatisme est expliqué de façon très pédagogique au lecteur. Pour comprendre 1940 il faut remonter à 1903 ! Pour comprendre cette Église triomphante de Vichy il faut remonter aux Inventaires, aux expulsions des congrégations, au petit père Combes. Pour comprendre l’armée conservatrice il faut remonter aux « affaires des fiches » au coup d’arrêt donné à la carrière des officiers pratiquants qui ont été ensuite rappelés au service pour leurs compétences.
Pour comprendre ce qui s’est passé en quarante il faut avoir une petite idée de la répression farouche qu’ont subie l’église catholique et l’armée. Il faut également se souvenir des scandales bancaires, de la corruption des parlementaires.Le style est agréable, lisible, les phrases simples.
Pour en finir avec Vichy est l’ouvrage indispensable qui doit se trouver dans la bibliothèque de quiconque s’intéresse au sujet, il est l’outil de référence.
Retour au sommaire
Pourquoi tant de haine ?
Décevant. C’est le seul mot qui s’applique au livre d’Elisabeth Roudinesco, « Pourquoi tant de haine ? », éd. Navarin éditeur. L’ouvrage porte en sous-titre : « Anatomie du livre noir de la psychanalyse ».
Pourquoi tant de déception pour un brûlot de quelques pages ? Parce que Madame Roudinesco est une grande dame de la psychanalyse, qui nous a habitués à d’autres ouvrages qu’une réaction épidermique produite à vif. Elisabeth Roudinesco est l’auteur d’une monumentale « Histoire de la psychanalyse en France » (2 volumes) et d’une biographie sans complaisance de Jacques Lacan (éd. Fayard.) qui sont loin d’être de la petite bière ! Et qui s’avère d’une lecture indispensable à qui s’intéresse un tant soit peu au sujet.
Cet ouvrage est d’autant plus regrettable, que la plume même de l’auteur y perd de sa verve habituelle, de son acuité, pour devenir une écriture sans relief, contrairement à ses autres ouvrages dans lesquels l’écriture était enlevée et haute en couleurs !
Retour au sommaire
Retour haut de page
Retour à l'index des fiches de lecture
Retour à la page d'accueil