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La chronique
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Fiches de lecture de F à H

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Face cachée des banques (La), E. Laurent éd. Plon
Fait du Prince (Le) A.Nothomb, éd. A.Michel
Féerie pour une autre fois, L.F. Céline
Femmes, Ph. Sollers, éd. Gallimard
Festin nu (Le) W. Burroughs éd. Gallimard
Fier d'être français, Max Gallo, éd. Fayard
Fondements de la psychanalyse (Les), Adolf Grunbaüm, éd. PUF
Formes du masochisme (Les) K.Ebbing, Payot
Fragments d'un discours amoureux, Roland Barthes, éd. Du Seuil
Fumées de Satan (Les), M.de SAint-Pierre et A. Mignot, éd. La table ronde
Gigi, Colette, éd, Hachette Le livre de poche
Grande peur des bien-pensants (La) G.bernanos, Grasset.
Grands Cimetières sous la lune (Les) G.Bernanos, Gallimard.
Guérir D.Servan-Schreiber, éd. R.Laffont
Guignol's band I et II, L-F Céline
Habit ne fait pas le moine (L’), Gilles Henry, éd. Points
Harry Potter, JK.Rowling, éd. Gallimard
HHhH, L.Binet, éd. Grasset
Histoire de la politesse, F.Rouvillois, éd. Flammarion.
Histoire de Vichy, R. Aron. éd. Fayard
Homme qui marche sous la pluie (L), J.Clavreul, éd. Odile Jacob
Horla (Le), Maupassant, éd. Gallimard.
Hurra Zara, Jean Raspail, Le livre de poche.

 

 

 

 

La face cachée des banques

Voici un ouvrage qui vous apprendra que les financiers sont des crapules. Mais ça vous deviez déjà le savoir. Hélas Eric Laurent ne fait pas œuvre de pédagogie dans son ouvrage « La face cachée des banques » éd. Plon. Ce brûlot, intéressant à lire, vous en apprendra peu sur le fonctionnement de la finance. Comme tout ouvrage parlant d’économie et de magouilles vous n’échapperez pas à une ribambelle de chiffres astronomiques tutoyant les milliers de milliards de dollars, chiffres que vous aurez oubliés sitôt le livre refermé.
Un exemple du bâclage de l’ouvrage se situe aux pages 178 et 179, Eric Laurent met en titre de son paragraphe : « Les économies d’impôts du Crédit Agricole » vous ne trouverez pas un mot ni même le nom de Crédit agricole sur ces deux pages !
Il manque dans cet ouvrage le mode d’emploi indispensable à la compréhension du monde crapuleux qu’il décrit. Un peu d’histoire sur la spéculation, notamment la « rupture » des accords de Bretton wood, aurait été bien venue. Quelques schémas, des exemples expliqués sur les « produits toxiques » en début d’ouvrage auraient suffi à rendre celui-ci passionnant au néophyte. Mais le livre a été écrit pour coller à l’actualité et faire du chiffre à la vente, business oblige, l’édition c’est un peu come les banques...

Vous découvrirez tout de même que le pouvoir politique et les milieux financiers sont intrinsèquement liés : ce sont des sociétés financières privées qui attribuent à leurs semblables et aux états la fameuse bonne notation AAA ou... la pire, ainsi, les milieux financiers peuvent spéculer sur les états !
Vous y apprendrez aussi quelques bricoles intéressantes qui devraient donner à réfléchir aux « obamaniaques », ceux qui clamaient leur joie par milliers dans les rues. Si le gentil président a déclaré publiquement être « choqué et en colère » contre les financiers et leurs méthodes crapuleuses ce dernier n’hésite pas à les prendre comme conseillers financiers officieux tel Peter Peterson ou .... officiels comme Robert Rubin.
B. Obama plaît énormément aux financiers qui dirigent le monde. Ils lui ont accordé 600 millions de dollars pour son élection de 2008. (Bush ne fut financé que de 367 millions de dollars pour sa réélection de 2004.) Les financiers savent ce qu’ils font !

L’auteur revient sur la crise des subprimes en donnant cette fois un exemple :
« Un ouvrier agricole mexicain, ramasseur de fraises, disposant d’un revenu annuel de 14 000 dollars et ne parlant pas anglais, s’était vu prêter jusqu’au dernier centime nécessaire pour acheter une maison de 720 000 dollars. »

Soit 51 ans de plein salaire mensuel pour rembourser uniquement le capital emprunté !

Le livre est à déconseiller aux gens qui ont le vertige. Vous y apprendrez que les dérivés des produits financiers dont beaucoup sont « toxiques » s’élevaient pour 2007 à :  600 000 milliards de dollars, soit dix fois le produit national brut de tous les pays de la planète réunis !

Alors, « moraliser le capitalisme » comme le dit Nicolas Sarkosy, vous croyez vraiment que c’est possible ? Moi je ne l’ai jamais pensé.
L’ouvrage est à lire, mais pour les connaisseurs évidemment, pour les autres, ceux qui cherchent à comprendre, passez votre chemin, on reste entre initiés ; car bien sûr pas un mot sur les puissances occultes qui dirigent le monde ; le « milieu financier », c’est pratique, anonyme et confortable.
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Le fait du Prince

 

Amélie Nothomb a eu une idée, alors elle a écrit un livre « Le fait du Prince »  (éd. Albin Michel.) Mais ça ne suffit pas, elle ne s’est pas levée pour l’écrire, elle a conservé sur elle l’édredon en plumes de paresse. La seule phrase à peu-près notable se trouve en quatrième de couverture :
« Il y a un instant, entre la quinzième et la seizième gorgée de champagne, où tout un homme est un aristocrate. » Il ne faut pas désespérer, Amélie Nothomb  écrira certainement de nouveau un vrai livre. On attend.
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Féerie pour une autre fois

Il est écrit en quatrième de couverture de Féerie pour une autre fois, de Louis Ferdinand Céline, en folio, éd. Gallimard que lorsque Céline travaillait à cet ouvrage il y pensait comme à un second Voyage au bout de la nuit. Nous en sommes bien éloignés. Si Le Voyage... m’a laissé un souvenir impérissable, il n’en sera pas de même pour Féerie... J’ai eu la chance de lire Le Voyage... à l’âge requis, vers la trentaine.
On ne peut pas écrire que Féerie soit du mauvais Céline, je n’en ai pas encore trouvé sous mes yeux, mais il y a parfois de l’emmerdant, même chez les meilleures plumes. Certes, Céline a inventé une nouvelle façon d’écrire, un nouveau style, on peut parler de style célinien, après lui, nombre d’écrivains ont volontairement ou involontairement écrit comme lui, dans son style. De Frédéric Dard à Philippe Sollers, chacun a adopté et intégré dans sa façon d’écrire un petit peu d’héritage célinien. La force de Céline c’est d’associer le fantastique descriptif avec un réalisme du vécu plongé dans son époque. Cela prend corps sous une plume qui crache les phrases scandées à la mitraille. L’insulte et la douleur provoquée par la rafale reçue se font  toujours à la première personne. Que ce soit des ouvrages comme Mort à crédit, Casse-pipe ou Rigodon et même dans ses ouvrages sulfureux comme Bagatelles, on retrouve une unité particulière de l’auteur, une signature unique : le style célinien.
Des lecteurs n’aiment pas Céline. Ça se comprend... La lecture de phrases hachurées !... bourrées de ponctuations !... les points d’exclamations suivis des trois points de suspension... à chaque ligne !... Ça peut finir pas fatiguer !...

Mais revenons à Féerie, .....à nos naravions de la RAF, vranlg !... binng !... Roâaa !... Ca hurle, l’immeuble se soulève, hésite un instant, se cabre, redescend !... Branng !

Sur six cent pages de roman, il y en a presque trois cents qui parlent du bombardement de son immeuble !... 
Ça fait beaucoup. Ça fait trop parfois. Il est vrai que c’est le seul écrit romanesque que j’ai trouvé concernant les bombardements de Paris par les alliés. Épisode de l’histoire passée aux oubliettes, les bombardements de la Luftwaffe firent soixante-huit  mille morts en Angleterre, ceux des alliés en firent soixante-dix mille en France. Ce qui ne change rien à la longueur du roman qui se savoure quand même comme un vin de qualité, puisque justement Céline y parle de la soif que causaient les bombes anglaises.

Je ne partage pas  la vision d’Henri Godard qui a écrit la préface de Féerie... S’il est une œuvre qui approche la magnificence du Voyage,  ce serait plutôt la trilogie nordique (D’un château l’autre, Nord, Rigodon.)
Féerie vaut tout de même la lecture. Pour un non lecteur de Céline, mieux vaut commencer par le commencement : Le Voyage au bout de la nuit.
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Femmes

 

Pour effectuer un bon compte-rendu de « Femmes » écrit par Philippe Sollers, éd. Gallimard, (1983) le mieux est de laisser parler les personnages qui composent le récit :

« ..Si, si, Boris dit qu’il en a vu quelques pages... Que c’est du sous-Céline... (p.253) Hé bien, que tu es en train de traiter les femmes comme Céline les juifs (p.267) »

C’est difficile d’écrire du sous-Céline aujourd’hui, vu que depuis Céline, tout le monde écrit plus ou moins comme Céline ! Mais comme Sollers se sent missionné par l’esprit de Céline, on ne va pas le contrarier :

« Je plaisante ? Pas tellement... La poussée est là... Fin du littéraire !.... Je suis peut-être le dernier écrivain en liberté... [...] Il buvait beaucoup trop d’eau Céline... [...] n’empêche, il a senti... Comme personne... La saccade... Je le continue ! L’amplifie ! Le corrige !... Il m’a donné la spermission !... » (p.546)

Effectivement, si on remplace femmes par juifs on peut se dire qu’on a entre les mains une fausse copie de « Bagatelles... » Tout y est : les points de suspension, les points d’exclamation, les phrases réduites à un seul mot. Tout comme dans Bagatelles le complot est "réel", ici ce sont les femmes qui sont organisées en instance internationale.
L’ouvrage a une large ramification, Sollers y parle de littératures, d’actualités, de politique et du mouvement intellectuel de l’époque. Femmes est aussi un journal biographique par procuration, du style nouveau roman tardif. Le narrateur est un journaliste américain catholique, il parle très bien le français, travaille à Paris, connaît bien les milieux artistique, littéraire et politique, voyage beaucoup, aime Venise, il est marié à une psychanalyste et il a un fils ! Du Sollers "tel quel"! L’auteur transparait au compte goutte dans le roman écrit en direct. Il se manifeste sous la lettre S. il est celui qui se chargera de l’édition.
Mais Femmes n’est pas qu’un nouveau roman tardif ou une courte biographie temporaire, c’est un peu plus que ça. C’est beaucoup plus que ça.
Ce sont des vérités banales, simples et lucides comme toutes vérités mais qui ont été notées jour après jour sur des carnets. L’écriture qui paraît la plus évidente est toujours celle qui est reportée, reprise, triturée, torturée au crayon. Cette écriture, effectivement dans la puissance célinienne, s’étale sur plus de 500 pages alors que 300 auraient suffi, la fin s’étire trop. Vérités crues sur les femmes, tirées par des missiles « Sol-lers » :

« La verticale, tout est là... Sans quoi vous devenez leur mère, c’est fatal... » (p. 210)

Hé oui, tout est là : bambou bambou, sans quoi, vous n’existez plus. Comme dit le poète, « Si vous n’avez que du sentiment à leur refiler elle vous banniront de leurs culs, de leurs fiefs, de leurs lois. » Car l’homme « ne peut baiser qu’en faisant miroiter divorce et mariage » (p.163) en étant le figurant du carnet de chèque. Enfin, l’auteur, lui, semble l’avoir le bambou bambou il en baise régulièrement une bonne demi douzaine, et il jouit quasiment toujours en même temps que ses partenaires. À croire que Sollers n’a jamais rencontré un diesel, long à démarrer et à jouir, ou alors c’est un type exceptionnel. Bon, quand Femmes fut publié, il avait 47 ans, un âge où l’on possède encore des qualités viriles. Et puis une fausse (?) bio n’est pas le lieu où l’on expose ses faiblesses.
Mais si les femmes et les vérités élémentaires et cruelles qui les accompagnent sont la trame maitresse de l’œuvre, il n’y a pas que ça. Sollers nous fait pénétrer dans l’intimité de ses relations intimes avec Lacan, Althusser, Barthes, Jean Edern Hallier, et tant d’autres, après avoir changé leurs noms. Il règle parfois quelques comptes en nous laissant entendre un autre son de cloche que celui des « bio » officielles, mais qui croire dans les querelles d’écrivains ?
Il est évident que la fréquentation de Lacan a certainement façonné sa personnalité, son sens aigu de l’analyse, sa pertinence le démontre quand il revient sur des ouvrages. Et comme les femmes sont le fil conducteur, il revient sur des ouvrages de femmes :

« C’est quand même curieux comme Beauvoir est fascinée par la dégradation physique de Sartre dans les derniers temps...Elle découvre le corps ratatiné de son grand homme quand il fout le camp... Elle tient un journal minutieux de sa chute... Irréprochable règlement de compte... En tout bien tout honneur... Ses absences ; comment il se met à faire pipi un peu partout... » (p.211)

Chacun peut en effet apercevoir, autour de soi, les agressivités ressorties de mémères mi-sadiques mi-revanchardes qui humilient leurs bonhommes sur la fin, dans l’intimité conjugale ou devant des tiers. Quand les mecs ne se sentent plus pisser, c’est en vérité elles qui ne se tiennent plus ; enfin l’heure de la revanche vient de sonner, il pisse en dehors et ça lui échappe dans son froc ! Taïaut !
Pourquoi Sartre et Beauvoir furent les grands vainqueurs du « plus grand couple littéraire » ? Sollers n’y va pas par quatre chemins :

"Pourquoi ? Raison simple... le Nom... Simone de Beauvoir... Aristocratique... Retour du refoulé monarchiste..." (p.281)

Et il a raison. Comme il a raison lorsqu’il se fait abruptement, car avec les cons le dialogue est impossible, le défenseur du catholicisme contre ses ennemis matérialistes-bien-pensants :

« ...Tous ces cons et toutes ces connes en sont encore à penser qu’on est catholique par refoulement sexuel... Propagande depuis deux siècles... » (p. 226)

L’humour, trop rare, n’est pas absent : « De Proust à Bukowski, on peut dire que le roman a fait un saut... » (p.208) Heureusement, nul n’est parfait et on se trouve ravi de découvrir chez Sollers une part d’inconscience à la hauteur de son génie, page 326, il fait dire au narrateur du récit :

« Pour S. (Sollers) Boris (J-E Hallier) est le pur produit de la bourgeoisie de ces temps là... Une bourgeoisie en dégradation accélérée... Remplacée par rien, d’ailleurs... »

Quand le fils d’un industriel de province se fout du fils d’un général en le traitant de bourgeois, on se dit que c’est viscéral chez nos littéraires. Sollers, plus d’une fois dans Femmes, nous fait savoir qu’il déjeune souvent de caviar et de champagne, qu’à Venise il fréquente le café Florian... Ce n’est pas parce que l’on a porté le "col mao" qu’on doit vivre comme un smicard, mais quand même.... un peu de pudeur "timonière" ou d'humilité catholique serait bienvenue ! On comprend dans ce type de querelles d’hier que nos littéraires actuels sont les rejetons clonés de leurs ainés.
Femmes est un roman à lire absolument, même en retard, car Sollers instruit quand il écrit, toujours. C’est un auteur qui ne se contente pas de divertir tout en l’étant. Quand Sollers écrit on devient amoureux non seulement de son écriture, mais des choses qu’il nous raconte. Ici, on fera une exception, le temps de digérer ces vérités éternelles que chaque homme connaît par avance au fond de lui par un savoir-déjà-là-qui-ne-se-sait-pas-encore, mais qu’il s’ingénie à refouler le plus longtemps possible. Comme il est humain... Mais le pire dans tout ça c’est qu’elles non plus ne savent pas :

« Il ne faut rien croire, jamais, de ce qu’elles montrent ni de ce qu’elles disent, c’est toujours autre chose, toujours à côté... Il ne faut pas non plus s’imaginer qu’elles possèdent la clé de leur fonction-clé... Pas le moins du monde... » (p. 34)
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Le Festin nu

 

C’est à un ouvrage surréaliste, délirant et baroque que nous avons affaire avec « Le festin nu » de William Burroughs, éd. Gallimard. Un des pères de la « beat generation » nous invite à une plongée dans le monde des camés et des maux du manque. Délires sexuels, délires maniaques, délires poétiques, rien ne manque dans cette construction iconoclaste qui tient debout uniquement parce qu’elle est rassemblée dan un livre.
Il n’y a ni commencement ni fin dans cet ouvrage sang queue ni tête. De belles phrases sorties tout droit d’une méthode de construction poétique mise au point par les surréalistes ou un prof de Ce1 :
« De grands maîtres nageurs nus charrient des poumons d’acier bourrés de jeunes paralytiques. Des gamins aveugles affleurent comme des taupes à la surface d’énormes gâteaux, des schizophrènes décatis jaillissent d’une vulve de caoutchouc, des garçonnets pourris d’exéma émergent d’un bassin noir où des poissons grignotent nonchalamment les étrons jaunes qui flottent entre deux eaux. »  
En s’aidant d’un dictionnaire commun on refait tout aussi poétique :
« Des grisons numéraires orangés et graisseux cristallisent des brigadiers ansériformes remplis d’éléphanteaux rachitiques..
Ca prend une minute par phrase, et encore, sans essayer de la faire « coller ». Un éditeur vous le prendra si vous avez les relations qu’il faut, où si vous avez eu une vie aventureuse de drogué homosexuel qui choque le bourgeois.
Mais de nos jours, choquer le bourgeois est un art qui reste à ré-inventer. 260 pages de délire noir à délier dans des ouvrages sérieux, histoire de respirer une bonne ligne....de blanche !
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Fier d'être français

Voici un petit livre de Max Gallo (éd. Fayard, mars 2006) plein de "bleu blanc rouge" en couverture et de cocorico à l'intérieur.
Ce pamphlet "coup de gueule" s'écrit en trois heures et se lit en une. Max Gallo monte sur le ring et frappe fort. Les principes républicains de Max Gallo font passer les ex militants d'Occident pour des mollusques idéologiques :
"Ils ont surgi non pas seulement du siècle des Lumières, mais de cette civilisation judéo-chrétienne qui forme, en effet, le socle de notre histoire culturelle et notre histoire nationale." (p.57)
Dans un vibrant réquisitoire contre les "folliculaires" (les journalistes) et les "pédagogues du renoncement" (les politiques) l'auteur remet à leurs places les soixante-huitards libéro-libertaires, coqueluches des dîners en ville et maîtres à penser conformistes de générations de journalistes.
On apprend dans l'ouvrage, mais ce n'est pas vraiment un scoop, que Mitterrand porta d'abord la francisque du Maréchal avant de résister.

Dans son éloge de la grandeur passée de la France, Max Gallo en appelle à de Gaulle, à Malraux, à Simone Weil, à Clovis, à Marc Bloch, à la "France fille aînée de l'Église", à Saint-Martin à Jeanne d'Arc et même au Pape !
Il constate amèrement que les politiciens manquent de patriotisme et que les "jeunes" veulent niquer la France.
Une fois l'écrit passé, il peut se présenter sans problèmes au grand oral du MPF de Philippe de Villiers :
"Mais qu'ont-ils à faire avec la Liberté, l'Égalité, la Fraternité, ceux qui choisissent de se regrouper en communautés ethniques et qui prétendent -alors qu'ils sont citoyens français et disposent des moyens démocratiques électoraux de se faire entendre- se définir comme des "Noirs", des "Indigènes" opposés aux blancs, aux descendants de colonisateurs, ou peut-être, plus grave encore, comme appartenant à une autre religion dont on doit respecter les coutumes et les diktats, même s'ils oppriment ou aveuglent ? Et ce sont ces régressions-là qu'on nous présente comme des "avancées", qu'applaudissent à droite et à gauche ceux qui se disent modernes ou même progressistes ! [ …] Or nous sommes quelques millions de citoyens à ne pas vouloir que notre culture s'imprègne de cette culture là ! Et je crois aux grands principes républicains" (p.52 et 56)

L'auteur s'interroge, et si : "la France était au bord de l'abîme ?" on pourrait cyniquement, mais non sans humour, lui répondre que depuis qu'il a participé au pouvoir, elle a fait un grand pas en avant ! Max Gallo a été porte-parole du gouvernement en 1983 sous la présidence de François Mitterrand.
Que ce dernier fut décoré de la francisque était à l'époque un secret de polichinelle ! En 1983 les Minguettes commençaient à brûler..
L'écrivain reproche aux politiques de se réfugier derrière les mots :
"Ou bien l'on emploie jusqu'à la nausée les mots citoyen et république parce qu'ils sont abstraits, qu'ils n'évoquent pas l'enracinement, la trame nationale, la patrie…" Mais Max Gallo fut le vice président du Mouvement des Citoyens, fondé par le très républicain Jean-Pierre Chevènement !

À moins qu'il ne vise des buts personnels, il faut reconnaître à l'auteur le courage politique et patriotique d'avoir écrit ce livre.
La politique ne lui est pas une inconnue : tour à tour, militant communiste, militant socialiste, vice-président du Mouvement Des Citoyens, Ministre, parlementaire européen, député de Nice. Max Gallo a de la bouteille dans le métier d'écrivain, et son métier nous ravit, il sait, grâce à lui, inventer la formule, fabriquer l'image, user de la métaphore :
"Et que la France s'agenouille, baisse la tête, avoue, fasse repentance, reconnaisse ses crimes, et, tondue, en robe de bure, se laisse couvrir d'insultes, de crachats, heureuse qu'on ne la viole qu'en chanson et qu'on ne la brûle que symboliquement chaque nuit."

L'ouvrage est plaisant à lire pour qui conserve un peu de France dans son âme, ce qui devient rare, mais il enverra son auteur au panthéon des "nouveaux réacs" construit par la pensée correcte. Il a cependant un défaut majeur :12 euros pour 121 pages d'écriture, soit 10 centimes la page ! Ce qui fait quand même un peu cher la verve patriotique comparée aux "professions de foi" électorales du MPF, du FN et du Mouvement des Citoyens qui seront bientôt livrées dans nos boites à lettres à titre gracieux.

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Les formes du masochisme

Ce n’est pas une nouveauté ni un véritable ouvrage que nous offrent les éditions Payot avec Les formes du masochisme de Richard Von Krafft-Ebing.  Il s’agit d’une réédition de quelques cas de masochisme qui figurent dans la fameuse psychopathia sexualis du même Richard Von Krafft-Ebing.
Les expressions latines ont disparu et sont écrites en italique, plus besoin de se référer aux pages roses du Larousse.
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Fragments d’un discours amoureux

 

Il faut obligatoirement avoir été amoureux pour lire « Fragments d’un discours amoureux » de Roland Barthes, éd. Du Seuil. Sans quoi on passe à côté d’un des plus beaux textes sur l’état amoureux.
Mais avoir connu la faiblesse de l’amoureux ne suffit pas. Il faut aussi aimer les belles formules et être curieux. De cette curiosité un peu pédante et un peu intello qui a fait les beaux jours de Saint-Germain des Près et de ceux qui fréquentaient les Deux Magots ou le Café de Flore.
Avec "Le Fragment..." nous sommes loin de « Ma môme » de Ferrat dans ces descriptions précieuses de l’état hypnotique qu’est l’amour. L’ouvrage, tout en étant descriptif, est bâti en treillis sur des auteurs classiques (Proust, Platon, Nietzche, Lacan même parfois....) qui forment le véritable canevas du livre. Si la curiosité s’obstine elle devient payante et les petites perles, en sus des révélations ordinaires, ne tardent pas à fleurir :
« ... toute une scène par le trou de la serrure du langage. »
Petite mise en mots des choses communes qui trouvent enfin la phrase pour se dire :
« Ce qui est lourd, c’est le savoir silencieux : je sais que tu sais que je sais : telle est la formule générale de la gêne, pudeur blanche, glacée, qui prend pour insigne l’insignifiance (des propos). Paradoxe : le non-dit comme symptôme du conscient. »
280 pages à alterner avec un ou deux polars....
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Les fumées de Satan

Un vieil ouvrage datant de 1976, écrit par Michel de Saint Pierre (le plus connu) et André Mignot, éd. La table Ronde. Les auteurs étaient respectivement Président et Secrétaire Général de CREDO, association catholique traditionaliste.
On peut donc saisir sur le vif  la grande rupture qui eut lieu à cette époque à l’intérieur de l’Eglise et les réactions des fidèles. Cela se fait à l’aide de témoignages sélectionnés par les auteurs. Hélas comme toujours sur le vif, on se retrouve systématiquement dans l’obligation de choisir et la moindre plaisanterie de cureton de campagne devient, sous la plume des auteurs, une abominable apostasie. Au sujet d’un bon mot d’un curé de campagne à un mariage :
 « Je mets du vin dans le calice ; c’est de circonstance, c’est une boisson gaie ! » (P.211)
Je n’ai pas vraiment compris où était le blasphème que les auteurs condamnent vigoureusement et unanimement... Mais bon, c’est popu, donc suspect.
Ceci étant, la manière dont l’ouvrage est structuré vaut son pesant d’hosties non consacrées, le « direct » de l’édition et l’habitude de l’obéissance à l’Eglise explique peut-être la chose... Jamais et en aucune façon, dans tout l’ouvrage, le Pape Paul VI n’est mis en cause ou en doute, seuls les évêques de France qui, n’en doutons pas, portent une immense responsabilité dans la débâcle de l’Eglise, sont accusés ; Paul VI au contraire fait figure de combattant de la Tradition, ce qui est un comble quand on sait qu’il fut le fossoyeur de la catholicité, qu’il a été prévenu par divers Cardinaux (Ottaviani, entres autres) de la dérive protestante que subissait le nouvel Ordo Missae par lui voulu, désiré et soutenu !
L’ouvrage reste lisible, il fait figure de témoignage pour l’Histoire quand on racontera plus tard à nos arrières petits enfants que jadis il y avait en France une religion catholique.
Et l’on dira à ces arrières-petits-enfants (s’il y en a !) que cette religion fut royaliste avec le roi, bonapartiste sous Bonaparte, républicaine sous la république, pétainiste pendant l’occupation, gaulliste à la libération, Mitterrandienne sous Mitterrand et enfin plus rien du tout dans le Grand Vide de l’époque moderne ! Ce qui est formidable dans toute cette aventure c’est que l’Eglise, qui a subi de véritables persécutions sous la République (Les noyades de la Loire, l’affaire des inventaires, l’expulsion des congrégations, l’abrogation de la Loi Falloux) a reconnu pleinement la République et condamné sans appel les gens qui se sont battus pour elle ! L’Eglise n’a plus besoin des affres de la République pour se détruire, il a  suffit de laisser  faire le temps ; il est bien connu que le poisson pourrit par la tête...
L’ennui avec ce genre d’ouvrage, même à long terme, c’est le « choisis ton camp, camarade ! » car toujours la tradition rejoint le conservatisme borné et la réaction la plus abjecte ; le progressisme lui, rejoint le Grand N’importe Quoi, la foire au délire où tout ce qui ressemble à du sacré, dont l’âme humaine a besoin, est jeté aux orties et foulé aux pieds.  Bref pour paraphraser Prévert : comment faire confiance à des gens qui tuent leur Dieu, le bouffent, vous invitent à le bouffer et si vous refusez vous accusent en plus de manger du curé ?
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Guérir

 

David Servan-Schreiber "Guérir" ed. de la Seine (ed. originale Robert Laffont)
L'ouvrage porte en sous-titre : "Le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse. La médecine des émotions va transformer votre vie." Vaste programme !
Pour ça l'auteur ratisse large : la médecine ayurvédique, la médecine chinoise traditionnelle, sans oublier la tibétaine, car plus c'est exotique plus le lecteur est épaté, surtout que l'auteur apporte sa caution de chercheur en neurosciences de la prestigieuse université de Pittsburgh, de psychiatre praticien et cite nombre d'études scientifiques américaines. Les chamanes amérindiens ne sont pas oubliés.
Mais ce n'est pas seulement à une exploration des médecines exotiques que se livre David Servan-Schreiber, en puisant dans ces "médecines" il associe les psychothérapies modernes, l'EMDR (guérison obtenue en évoquant ses souvenirs pénibles en bougeant les yeux!) Et ça marche, nous dit-il, page 108 deux enfants kosovars traumatisés violemment par la guerre (père abattu sous les yeux des gosses, la fille violée avec un révolver sur la tempe), ces enfants donc ont été "guéris" après une séance et retrouvent sommeil et joie de vivre.
La psychologie développé par David Servan Schreiber est plus ou moins redevable à ce qui se fait depuis quelques temps aux USA : du cognitivisme, du behaviorisme, de la morale et de bonnes intentions dans une société où les rapports sociaux ne sont abordés que sur le mode de conflits entre collègues de bureau.
On apprend dans l'ouvrage qu'il faut régler son " horloge biologique " en achetant une lampe qui nous réveille doucement plutôt qu'un réveil qui sonne, qu'il faut contrôler son "Qi" par l'acupuncture, le yoga ou la méditation ; se nourrir en privilégiant les omégas 3, qui soignent particulièrement bien les maniaco-dépressifs. Sans oublier de faire du sport au moins 20 minutes par jour ! Et bien sûr il faut aimer son mari, sa femme, son voisin ou son chien, l'homme est "fait" pour aimer, pour donner de l'amour :

"C'est un besoin du cerveau lui-même : dans les trente dernières années, la sociobiologie a fait la démonstration que ce sont nos gènes eux-mêmes qui sont altruistes." p.237

On peut se poser tout de même certaines questions sur les études, nombreuses, auxquelles l'auteur fait référence, par exemple, page 237 :

"Dans les études sur les gens qui sont plus heureux dans leur vie que les autres, on décèle systématiquement deux facteurs : ils ont des relations affectives stables avec des êtres proches, et ils sont impliqués dans leur communauté..."

Il n'est pas précisé la marque du "bonheuromètre" qui a servi à mesurer les gens "plus heureux" que les autres, mais que les solitaires asociaux non-impliqués dans les activités grégaires, sachent qu'ils ont besoin de soins...
Pour Servan-Schreiber, le cerveau est surtout composé de deux entités : le cerveau limbique ou émotionnel et le cortex, siège de la pensée. S'il y a déséquilibre en acide gras, ça le fait pas...la dépression s'installe, vous frôlez la maniaco-dépression ou autre pathologie mentale.

L'auteur se limite à un réductionnisme neuroscientiste, il semble oublier que depuis fort longtemps les philosophes -et quelques autres- s'intéressent aux conflits entre les émotions et la raison.. Mais ce n'est pas surprenant, vu l'étendue des concepts psychologiques de l'auteur :

"La première chose à faire est d'apprendre à contrôler son être intérieur." p.245

Ce qu'il faut surtout retenir de ce premier "opus" (Le deuxième ouvrage " Anticancer " est beaucoup plus intéressant) c'est le chiffre de ses ventes, le procédé marketing et son suivi : David Servan Schreiber a créé Isodis Natura une société qui vend des... omégas 3 et dont il est le Directeur Scientifique.
Quelques réflexions intéressantes tout de même sur les 240 pages de l'ouvrage dans lesquelles l'auteur envoie quelques "piques" bien aiguisées à la médecine conventionnelle, mais comme il fait partie de la "communauté" il reste très mesuré.

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Guignol’s band I et II

 

Comme l’année Céline a été supprimée, par un curieux hasard j’ai lu Guignol’s band I et II de Céline folio, Gallimard. C’est glauque évidemment, on est dans London en 1918, y’a d’la misère en pagaille, ça manque de jour, y’a du brouillard et c’est la guerre. Les maquereaux français exilés à Londres se trouvent des élans patriotiques et s’engagent à tour de bras, confiant leurs dames à des collègues de travail. Le décor est planté pour cette suite de Mort à crédit. Un savant fou lettré nommé Sosthène, un jeune mutilé de guerre et une jeune adolescente. Tantôt dans le délire surréaliste, tantôt dans la lucidité froide, on suit l’auteur à travers un dédale de rues mal éclairées et d’aventures plus ou moins pittoresques mêlant des revenants et des fantômes. C’est ainsi que nous assistons aux souvenirs de la charge du 17é de cavalerie lourd, auquel appartenait Céline, l’écriture bien sûr est...  célinienne :
« Je suis cheval de bataille pas pour rire... la croupe à poil... à poils et nerfs !... et fort monté ! Voilà comme je charge !  au 17é lourd botte à botte... trois mille cinq cent cavaliers !... et des masses en plus ! écumes cœur au vent la bourrasque !... voilà comme on déboule et fend ! Ta ! ga ! dam ! vroumb ! tout s’engouffre !»
Ha mais là, Ferdine, faut le dire, quand même, on veut bien être gentil entre potes, entre harengs, faut être patient !... mais quand même !... juste entre nous, sans mêler la galerie à tout ça 720 pages ça fait long ! Comme tu le dis : « mais moi j’étais plus vieux qu’elle...moi je devais prévoir...j’avais vingt deux ans... » (P.709) on excusera la longueur par la jeunesse... mais des fois on doute quand on gamberge trop  : « Je faisais pas encore des romans. Je savais pas encore tirer sept cent pages comme ça en dentelles quiproquos... l’émoi m’étouffait... » À la page 716 que tu nous dis ça !... t’es un malin toi La Ferdine !
Mais bon, on va pas se plaindre, c’est de la lecture... et quelle lecture !
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Gigi

Bonne surprise avec "Gigi" de Colette, Hachette Le Livre de poche. Rien de bien bouleversant, dans ces nouvelles agréables à lire, mais des mots précieux, usés. Des scènes de vie d'un autre siècle qui a fait le nôtre. Les jeunes filles y sont polies, les grand-mères prudentes. Les enfants malades sont vraiment très malades et parfois ils guérissent. La dernière des quatre nouvelles se veut plus un exercice de style qu'une historiette : "Tous nous tressaillons lorsqu'une rose, en se défaisant dans une chambre tiède, abandonne un de ses pétales en conque, l'envoie voguer, reflété, sur un marbre lisse. Le son de sa chute, très bas, distinct, est comme une syllabe du silence et suffit à émouvoir un poète."
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La grande peur des bien-pensants

Ce n’est pas une biographie mais une hagiographie qu’a écrite Georges Bernanos dans La grande peur des bien-pensants (Grasset. 1931.) Et cette hagiographie est celle d’Edouard Drumont, l’auteur de « La France juive » qui connut un immense succès à sa parution (1886).
Le très catholique écrivain tire sur tout ce qui n’est pas catholique, on s’en serait un peu douté...
Mais au-delà du propos, ce qui compte avec Bernanos c’est la sculpture des phrases. Le style y est classique, académique, la linéarité de l’écriture se substitue à une partition musicale au rythme régulier, bien agencé. L’ordonnance des mots y est calculée et précise avec la régularité d’un métronome. Cet agencement devient parfois soporifique sans pour autant être ennuyeux. La lecture de Bernanos est un plaisir qui se mérite : il demande une attention de lecture soutenue, un effort continuel.
La grande peur.... en delà du plaisir de lecture qu’elle apporte est peut-être un peu dépassée, mais les aficionados de la Troisième République se replongeront avec délectation dans ce moment d’histoire si particulier et si riche en péripéties, en scandales, en répressions et en cocufiage du populo ! Et Dieu sait si le peuple fut cocufié, trompé par une presse avide de sang, de chair toujours plus fraîche ! Bernanos, dans sa conclusion, cite des extraits de journaux concernant la guerre de 14/18. Ces extraits méritent d’être rapportés, ils donnent une idée du pourquoi de « l’insouciance » de l’arrière :
« Ma blessure ? Ca ne compte pas. Mais avouez bien que tous ces Allemands sont des lâches, et que la difficulté est seulement de les approcher. Dans la rencontre où j’ai été atteint, nous avions été obligés de les injurier pour les obliger à se battre » Echo de Paris, 15 août 1914.
 «Leurs projectiles ont très peu d’efficacité, et tous leurs éclats nous font simplement des bleus » Matin, 15 septembre 1914.
« Nos troupiers se rient maintenant de la mitrailleuse, on n’y fait plus attention » Petit Parisien, 11 octobre 1915.
« Les Allemands remplacent dans leurs explosifs la cellulose par la fécule de pomme de terre. » Matin 5 novembre 1916.
Rien que pour des « bricoles » de ce genre et le style de l’écrivain l’effort de lecture mérite d’être fait ! Mais plus encore que le bourrage de crâne de 14/18, les faits politiques décrits dans La grande peur... méritent réflexion. On a trop tendance à oublier que cette Troisième République, en dehors des scandales, des mensonges et de la propagande qu’elle a constamment véhiculée est un prélude et une interrogation sur la Cinquième République, identique en scandales sous l’ère mitterrandienne, car ils furent nombreux et de tous bords les profiteurs : catholiques (n’en déplaise à Bernanos) protestants, juifs ou francs-maçons, les banquiers restent des banquiers et les profiteurs des profiteurs ! La grande peur... pose la question fondamentale du Progressisme et de la Réaction :
Comment être progressiste lorsque l’on sait ce que fut et ce qu’est encore le « progressisme » ? Comment être de ceux qui prennent un plaisir masochiste et autodestructeur à traîner le moindre signifiant de la nation dans la boue, la pisse et le vomi ?
Comment être conservateur « ami de la tradition » quand on connaît les fables et les élucubrations, la propagation des superstitions, le prêchi-prêcha des curetons abrutisseurs du peuple au renoncement généralisé du progrès ?
Nous nous garderons bien de trancher, même si cet ouvrage de Bernanos est un ouvrage « conservateur ».... Seule compte la valeur littéraire et cette valeur est là....
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Les Grands Cimetières sous la lune

Voici un ouvrage très « antifranquiste » du très catholique écrivain Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune, éd. Gallimard, (Essais et Ecrits de combat dans La Pléiade). Bernanos est déroutant. Refus d’entrer à l’Académie, refus de la Légion d’Honneur et bien d’autres ; il est difficile de se faire une idée du bonhomme. L’ouvrage a été publié pour la première fois en 1938. On a l’impression que l’auteur découvre avec stupeur que l’Eglise Espagnole était plutôt « réactionnaire » et comme souvent l’Eglise en général, du côté des généraux.
Déroutant, Bernanos clame, à qui veut bien l’entendre, son apolitisme dans les Grands Cimetières :
« Je ne dois rien aux partis de droite et ils ne me doivent rien non plus. Il est vrai que de 1908 à 1914 j’ai appartenu aux Camelots du Roi... » (p.385) Et Bernanos, après avoir cité le Colonel de La Roque, écrit huit lignes plus loin : « Nous n’étions pas des gens de droite. »
Autant dire que Lénine n’était pas de gauche !

Avant de rentrer dans le vif du sujet l’ouvrage est composé d’une foule de réflexions de l’auteur, où il parle, c’est presque une habitude chez lui, des « imbéciles ». Pour Bernanos l’imbécile n’a pas de privilèges de classes, il est partout chez lui, mais pas de la même façon :
« Car les classes moyennes sont presque seules à fournir le véritable imbécile, la supérieure s’arrogeant le monopole d’un genre de sottise parfaitement inutilisable, d’une sottise de luxe, et l’inférieure ne réussissant que de grossières et parfois admirables ébauches d’animalité. » (p.357)

Brefs les cons pédants dans la haute et les bœufs inférieurs chez les prolos.
Les aphorismes au sujet des imbéciles ou des idiots ne manquent pas :

« J’admire les idiots cultivés, enflés de culture, dévorés par les livres comme par les poux, et qui affirment, le petit doigt en l’air, qu’il ne se passe rien de nouveau, que tout s’est vu. Qu’en savent-ils ? L’avènement du Christ a été un fait nouveau. La déchristianisation du monde en serait un autre... » (p.379)

Bouddha regardant son nombril fut aussi un fait nouveau. Il y a eu beaucoup de faits nouveaux depuis l’avènement du monde. Ma foi, soyons bon joueurs devant un tel écrivain et revendiquons nous de ces idiots cultivés que Bernanos dénonce, car c’est toujours un plaisir de fin gourmet que celui de passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile.

Ce qu’on retient de l’ouvrage, après une longue mise en bouche, c’est le catholique convaincu touché dans sa chair de chrétien devant la barbarie de la guerre civile espagnole. Certainement pas plus cruelle ni moins cruelle que toutes guerres civiles, passées, présentes ou à venir. Avant de prendre le parti des Républicains, Bernanos soutenait  Franco. Les Grands Cimetières sont une sorte de lettre ouverte de 220 pages aux évêques espagnols que l’écrivain fustige, leur reprochant d’avoir choisi le mauvais camp. On ne lui donne pas tort, on ne lui donne pas raison non plus ; les massacres et les exactions ont existé des deux côtés. En ce qui concerne l’anticléricalisme, Prévert était plus rigolo et plus percutant aussi. Dans l’antisémitisme que développe Bernanos dans sa « Grande Peur des bienpensants », Céline était moins académique et moins soporifique. Car c’est le tort parfois des grandes plumes enchanteresses que d’être un somnifère pour adulte, enfin, pour ceux qui savent doser leurs médications... A lire en tous cas si l’on veut développer sa connaissance de l’époque et pour découvrir ou redécouvrir une grand plume.
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L'habit ne fait pas le moine

Ceux qui ont aimé "La puce à l'Oreille" de Claude Duneton aimeront "L'habit ne fait pas le moine" de Gilles Henry, aux éditions points.
L'auteur se propose une recherche des origines de nos expressions les plus usitées. Parfois surprenantes, parfois évidentes, ces origines sont parfois douteuses ou manquent d'approfondissement. A l'expression "connaître sur le bout des doigts" l'auteur attribue l'origine aux marbriers passant l'ongle sur les jointures du marbre ou au fait qu'on accompagne parfois la lecture avec son doigt. On a bien envie de lui "taper sur les doigts", car il y a gros à parier que ce que l'on connaissait sur le bout des doigts c'était surtout sa leçon. Et si l'écolier ne la connaissait pas, on la lui faisait apprendre à coup de règles sur les doigts…

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Harry Potter
(les sept volumes)

La formidable saga de J.K Rowling "Harry Potter" éd. Gallimard, commence avec "Harry Potterà l'école des sorciers". L'éditeur et le traducteur reste le même pour les sept ouvrages, ce qui permet d'apprécier l'évolution de la plume magique de l'auteur et le chiffre d'affaire de l'éditeur.
Le tome 1 est un roman pour enfants de 300 pages. On le lit pour savoir ce que lisent nos enfants. De la littérature enfantine, sans grand talent, mais attrayant, tout de même. Pas de quoi fouetter un chat noir une nuit de pleine lune, certes, mais le charme poétique est là, la magie opère déjà.
Le second tome, "Harry Potter et la chambre des secrets" joue sur le registre de la lutte du bien contre le mal, presque banal, mais déjà la plume s'est affermie et le volume occupe 60 pages de plus.
Avec le volume trois "Harry Potter et le prisonnier d'Askaban" on s'aperçoit que l'on est entré dans un roman à tiroir construit dans l'anticipation : le temps, objet de mains ouvrages de science fiction y est traité avec une maîtrise à faire pâlir les maîtres du genre. Le suspens, digne des plus grands polards tient en haleine et l'ouvrage atteint les 500 pages. Dans les prochains on atteindra facilement les 800. Les personnages sont solides, vivants, on sent de plus en plus leurs présences autour de nous, mieux, nous sommes en affinité avec eux : ils font partie de notre quotidien, ils sont devenus des familiers.
Le volume quatre, "Harry Potter et la coupe de feu" est le pilier de l'oeuvre, le tournant de la saga ; les non-initiés ne peuvent plus ouvrir au hasard un des ouvrages précédents pour commencer la formidable aventure, un retour à la case départ est indispensable pour comprendre les aventures de Harry et ses acolytes : Ron, Hermione, Neuville, les jumeaux et autres héros de cette formidable histoire qui se déroule dans l'ombre de notre monde. Ce n'est plus une lutte ordinaire du bien contre le mal qui se déroule à présent dans un collège imaginaire de sorciers, mais c'est le sort du monde qui se joue entre Harry et "celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom". Le monde magique des sorciers interfère avec ce que, dérisoirement, nous nommons "le réel", innocents que nous sommes ! On est obligé de retenir son souffle jusqu'au tome cinq, qui décidément tarde à venir…
Avec le tome V, justement, "Harry Potter et l'Ordre du Phénix" le destin du monde a déjà changé sans que les "moldus" que nous sommes ne s'en aperçoivent ! Heureusement, Harry et ses amis sont là ! Le volume atteint les mille pages, trop courtes : on dévore à perdre haleine.
Le tome VI, "Harry Potter et le Prince de sang-mêlé" peut-être le moins riche au niveau du sens, se termine sur une note de tristesse, un deuil irréparable : le grand protecteur, le révélateur de Harry à lui-même, son "analyste" est assassiné, Poudlhard va-t-il finir dans le giron de Voldemort qui a gagné en puissance ? Tout porte à le croire. Toutefois, ce crime était prévu ! Non pas un assassinat ordinaire par "Avada Kedavra", mais une sorte de service rendu, bien que le maléfice de mort ait été prononcé par Rogues, et cela, votre serviteur l'avait deviné ! Hé oui, Rogues n'est pas un "Mangemort", mais un véritable membre de l'Ordre du Phénix infiltré chez l'ennemi ! Faudra vous y faire, pour moi c'était évident avant la sortie du tome VII.
Le tome VII enfin, "Harry Potter et les reliques de la mort" sans en être le meilleur, loin de là, clôture la saga. Disons même que c'est celui qui mérite le plus de critiques. L'épilogue était inutile, la bataille de Poudlhard a été conçue uniquement pour le cinéma : ce n'est pas un roman c'est un scénario qui s'inspire vraiment trop de la bataille finale "Du Seigneur des Anneaux". Quoi qu'il en soit, il se dévore quand même en quelques heures.

Le génie de JK.Rowling peut-il s'analyser ? De nombreuses thèses ont été écrites sur Harry Potter en tant que phénomène éditorial, mais le succès de l'histoire tient surtout au fait que l'auteur a réussi à re-créer l'ambiance de la vie réelle, de notre vie contemporaine et quotidienne dans une dimension surnaturelle : les petits fonctionnaires étriqués du Ministère de la Magie chargé de régler les problèmes causés par les sorciers avec les "moldus" (Non sorciers). L'ambition, l'orgueil des sorciers, leur compassion sont comparables aux nôtres en ce vingt et unième siècle, sans que jamais notre technologie n'apparaisse : pas d'ordinateurs ou de téléphones portables dans Harry Potter. Il faut dire que chez les sorciers, ces " technologies " existent déjà, sous un autre nom.
Sur presque 4300 pages de surnaturel, l'auteur arrive à ne pas parler de religion, on peut crier au miracle, sauf peut-être une trahison involontaire, un lapsus "lupus", dans le volume VII, à l'enterrement de l'œil de Maugrey Fol Œil : "Harry marqua l'endroit d'une petite croix…" (P. 808). Il n'est pas précisé si cette croix est verticale, mais sur une tombe….
C'est là un détail sur lequel le plus intransigeant des laïques peut passer : n'importe quel adepte d'une religion, quelle soit musulmane, juive, bouddhiste ou chrétienne peut lire Harry Potter, même si les Noëls y sont présents, il s'agit de Noëls païens, d'ambiance festive plus que de fête religieuse.
Dieu est le grand absent de la saga, jamais nommé mais omniprésent. La mort elle-même conserve son caractère sacré, mystérieux et païen, même chez les sorciers la mort reste la mort : un territoire inconnu d'où on en revient jamais. Le retour de Dumbledore s'entretenant avec Harry à la fin du tome VII ressemble plutôt à une "expérience de mort rapprochée" qu'à un véritable retour du disparu : Harry a le choix de prolonger son "expérience" ou de "redescendre".
Une seule erreur de construction dans l'immense récit, l'origine de Hagrid et la place qu'il occupe à Poudlhard dans les premiers tomes… Je vous laisse le soin de chercher ! Bref, en un mot comme en cent : il faut vraiment être un "moldu" doublé d'un "croqmolle" (sorcier sans talent) pour se passer du plaisir qu'apporte la lecture de J.K. Rowling. Un petit mot sur l'adaptation cinématographique : elle est parfaite ! Ce qui laisse à penser que les producteurs et metteurs en scène ont usé moult flacons de "polynectar" pour que le récit cadre aussi bien que ça aux personnages et aux actions…. Ce qui, bien sûr, ne vous dispense pas d'une lecture assidue.
Je n'en dirai pas plus, car les éditions Gallimard me paient en "or de farfadet" (Cf. Tome IV) pour la pub gratuite que je suis en train de leur faire…
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HHhH

 

C’est un roman historique ou un fragment d’histoire romancé, au choix du lecteur, que raconte Laurent Binet dans HHhH. Paru chez Grasset en 2010, l’ouvrage a obtenu le Goncourt du premier roman et a donné lieu à réédition. La première moitié se lit sans coup férir et ne laisse place à aucune critique possible, du beau travail. Après, ça se gâte et ça se gâte énormément. Le début de l’ouvrage est une biographie de Reinhard Heydrich, la fin son assassinat par la résistance tchèque, armée par Londres.
Tant qu’il reste dans la biographie du personnage, L. Binet, même s’il fait dans l’écriture à la mode -l’auteur se raconte en même temps qu’il effectue son travail- reste plus que distrayant : il provoque l’intérêt du lecteur. Mais quand, avançant dans l’ouvrage, il donne, par petites touches, son opinion personnelle sur l’Histoire, on tombe dans les clichés formatés et dans un conventionnel de bon aloi :

« Capitulation et servilité sont les deux mamelles du pétainisme... »

Dès la page 21 de son ouvrage, l’auteur a eu l’honnêteté de préciser qu’il est communiste et il  le confirme de ci de là, à plusieurs reprises, tout au long du livre, par petites touches de rouge foncé. Le lecteur sait donc à quoi s’en tenir lorsque L. Binet repasse une deuxième couche de sa vision de l’histoire avec son idéologie ; on est définitivement fixé : nous sommes dans la pensée coco-boboïste, enfant naturel et adultère du stalinisme. Pensée abrupte qui a longuement réfléchi aux phénomènes de société :

« Le sport c’est quand même une belle saloperie fasciste. »  (p. 277)

Mais le sport, dans la pensée confuse de l’auteur, sert aussi à laver les péchés des peuples. Parlant de la participation de la police française à la rafle du Vel’d’Hiv’, l’auteur se demande

« Combien de Coupes du monde faudra-t-il remporter pour laver une telle tâche ? » (p.323)

On ne voit pas très bien le rapport, mais enfin...
Si le début de l’ouvrage, par le sujet abordé et la richesse de l’écriture, fait penser aux « Bienveillantes », Laurent Binet doute de la documentation historique de J. Littell (p.307) il tient absolument et de façon abrupte à se démarquer de l’ouvrage de Littell :

« Soudain j’y vois clair : Les Bienveillantes, c’est « Houellebecq chez les nazis, tout simplement. » (p.327)

Il est regrettable que l’imagination de Binet l’emporte sur la rigueur de l’historien. Non pas, ce qui serait heureux, sur la narration romancée de faits historiques -ce qu’il réussit très bien lors de la description du siège de la crypte- mais quelquefois sur l’authenticité des faits historiques racontés, l’auteur manque de cette rigueur économe et rare qui fait l’historien. Si le fait de s’en rendre compte ne change rien à la chose, on peut le lui pardonner et mettre cette difficulté sur le compte de la tâche difficile qu’il s’est lui-même assignée :

« Je me cogne sans cesse contre ce mur de l’Histoire  sur lequel grimpe et s’étend, sans jamais s’arrêter, toujours plus haut et toujours plus dru, le lierre décourageant de la causalité. » (p. 243)

Mais si faute avouée est à moitié pardonnée, la bonne volonté ne change rien aux faits. De belles phrases, un peu « vieillottes » pour un roman moderne, mais que l’on apprécie tout de même :

« Combien de héros oubliés dorment dans le grand cimetière de l’Histoire »
« Tous les autres, pensais-je, étaient des fantômes qui allaient glisser élégamment sur la tapisserie de l’Histoire. »

Comme les livres lisibles se font rares, on comptera HHhH parmi ces derniers, en lui pardonnant par avance ses petits travers, sans chercher à regarder l’envers du canevas des nœuds compliqués et inesthétiques de l’Histoire.
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Histoire de la politesse
de 1789 à nos jours

Un pavé de 500 pages pour une "Histoire de la politesse" de 1789 à nos jours, de Frédéric Rouvillois, chez Flammarion. Le livre est très long à démarrer, les premiers chapitres sont une compilation des traités de savoir vivre du XIX° siècle. Le court essai de la fin, rattrape à lui seul les monotonies du début. L'auteur compare la législation et le savoir vivre sur des sujets tel que le tabac et le bruit et il démontre que paradoxalement c'est quand le tabac a été admis pleinement dans la société que l'on a commencé à légiférer sur son interdiction. Le savoir vivre ne parle pas du bruit : la politesse veut que l'on n'en fasse pas, mais cette dernière se perdant, il fallut légiférer. On est tout de même un peu déçu que l'auteur cantonne la politesse à la bourgeoisie. Certes, elle est bien une valeur bourgeoise, disons même qu'elle est La valeur bourgeoise par excellence. Mais le compagnonnage avait aussi ses codes de savoir vivre, pas un mot sur le sujet. Le monde paysan avait également ses rites et ses us, son savoir vivre qu'il ne fallait pas transgresser. Chez l'auteur, quand elle quitte l'aristocratie ou la bourgeoisie pour les classes populaires la politesse est une pâle imitation de la politesse bourgeoise, on a quelques doutes….
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Histoire de Vichy

C’est un classique que L’ « Histoire de Vichy » -deux volumes, environ mille pages- de Robert Aron, éd. Arthème Fayard.  Certes le « classique » commence à dater (1954) mais la re-lecture en reste agréable.
L’auteur ne possédait pas, à l’époque de la rédaction, les documents aujourd’hui en circulation et les nombreux ouvrages écrits sur le sujet. R. Aron attribue par exemple la devise de Vichy « Travail Famille Patrie » à Alibert, alors que selon pas mal d’auteurs cette formule serait de Weygand. L’arrestation de Weygand occupe d’ailleurs très peu de place et n’est pas considérée comme un événement important. La création de La Milice occupe également peu de place, par contre le sabordage de La Flotte est relaté avec beaucoup de détails.
Un bon ouvrage sur la période, même s’il fut écrit juste quelques années après les faits, aucune haine ne transparait sous l’écriture, c’est plutôt rare.

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Le Horla

 

La nouvelle "titre" du recueil de Maupassant, Le Horla (éd. Gallimard, folio) se veut une histoire d'anticipation. On a écrit beaucoup mieux dans le genre, même à l'époque. Mais l'ensemble reste très lisible, plaisant et agréable. Maupassant, ce n'est pas de la grande littérature, c'est de la lecture pour honnête homme, de ces lectures qui ne vous transportent pas, mais dans lesquelles on est sûr de ne jamais s'ennuyer. Une valeur sûre comme les classiques de La Redoute.
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Hurrah Zara !

Jean Raspail n'a pas écrit une histoire avec Hurrah Zara, (Le livre de poche) mais une galerie de portraits d'aristo. Sur le mode de la confidence entre amis, l'auteur se livre à un exercice pas vraiment réussi en décrivant la saga d'une famille d'aristocrates austro-russo-germano-franco-universello-prussienne à travers les âges.
Il arrive parfois à ces nantis de tomber dans la misère, mais ces gens là savent choir sans déchoir. Et ils ne se séparent jamais de leur supériorité "biologique" vérifiée et certifiée par l'existence indéniable du sang bleue.
A croire que Raspail n'a pas lu Beaumarchais et son fameux "Vous vous êtes donné la peine de naître". Ces portraits bien qu'agréables finissent par lasser. Tout se déroule dans une débauche de luxe, d'aventures pour mondains qui font du cheval sans jamais sentir le crottin.
Bref, arrivé à la fin du bouquin on a envie de se jeter sur un roman populaire où les têtes de nobliaux se baladent au bout des piques.
Mais nous n'en avons pas fini avec les aristo, on retrouve cette même saga familiale plus détaillée dans : Les royaumes de Borée (voir fiche)

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