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La chronique
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Fiches de lecture de A à B

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Acide sulfurique, Amélie Nothomb éd. Albin Michel
Allée du Roi (L’), F.Chandernagor, éd. Julliard
Ame de la France (L’), M.Gallo, éd. Fayard
Anneau du pêcheur (L’), Jean Raspail, éd. Albin Michel.
Antéchrista, Amélie Nothomb, Le livre de poche
Anticancer David Servan-Schreiber, éd. Robert Laffont
Au coeur du pouvoir E.Ratier, éd. de Facta


Beaux mensonges de l'histoire, (les) G. Breton, éd.Le pré au clercs
Bel-Ami Maupassant, Le livre de poche, Albin Michel
Belles endormies (Les) Yasunari Kawabata éd., Le livre de poche
Bienveillantes (Les), Jonathan Littell, éd. Gallimard.
Biographie de la faim, A. Nothomb, Le livre de poche
Bicyclette bleue (La), R.Deforges, éd. Ramsay, poche
Boule de suif Maupassant, Gallimard

 

 

 

Acide sulfurique

Amélie Nothomb a eu une idée alors elle a écrit un livre "Acide sulfurique" éd. Albin Michel.
Mais une idée, si bonne soit-elle, ce n'est pas suffisant pour faire un roman. Pour qu'on croie aux personnages il faut qu'ils soient au moins brièvement décrits, sans aller jusqu'au regard de Legrandin dans "Du côté de chez Swann", il en faut un minimum pour les rendre crédibles. Personnages non décrits, action impossible, pas de réalisme et fin en queue de poisson sans aucun souci de crédibilité. L'idée était pourtant très bonne, heureusement le livre est court.

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L'Allée du Roi

Il y a comme ça des livres qu'on a dans sa bibliothèque et que l'on n'ouvre pas, par principe ou par paresse, on attend un jour de pluie ou de désoeuvrement complet. Quelle erreur ! Les mémoires " apocryphes " de Madame de Maintenon par Françoise Chandernagor, l'Allée du Roi, éd. Julliard sont Royales, gastronomiques et raffinées.
L'auteur s'est inspirée de la correspondance volumineuse de Madame de Maintenon et y a apporté sa petite touche personnelle qui ne peut se décanter des écrits épistolaires de la célèbre Marquise, épouse secrète du Roi Soleil. Non seulement c'est une somme d'érudition historique, mais l'écriture y est majestueuse sans jamais être emmerdifiante. On se promène dans une vie extraordinaire qui commence dans le dénuement extrême pour se terminer aux plus haut sommet du royaume. Chaque phrase est un enchantement, un travail d'orfèvre, une découverte ou re-découverte des vertus de la langue française, de sa beauté, de sa ciselure.
Le portrait est juste sans jamais pouvoir être cerné réellement, le clair obscur est lumineux, les teintes sombres sont claires et la clarté est floue. L'héroïne y est décrite sans exagération mais sans fausse pudeur, d'ailleurs il ne s'agit pas de descriptions : Madame de Maintenon se livre à nous dans une longue confidence.
Il est difficile de ne pas succomber à ses charmes : un ego boursouflé d'humilité, une générosité calculée sans être égoïste, une personnalité complexe qui s'épanouit dans la simplicité. L'ouvrage abonde de phrases simples et bien tournées qui sentent le vécu sans tomber dans la formule : "On peut mourir de faim ou de froid, mais si l'on en réchappe, on oublie son mal. Quand on aurait souffert qu'un seul jour de la honte, on en meurt toute sa vie."
La religion bien sûr est omniprésente, question d'époque, et la "favorite" de Louis XIV ne fut certainement pas l'extrême dévote qu'on a généralement tendance à nous présenter : "Je ne sais si les voies du Seigneur sont impénétrables, mais les chemins du Diable ne se laissent pas embrasser d'un seul coup d'œil…" Celle que l'on a accusée, certainement à tort, d'être une des instigatrices de la Révocation de l'Edit de Nantes commença sa vie au Temple protestant, il lui en est resté toute sa vie une empreinte salvatrice "Je m'arrange assez bien du regard de Dieu sur mes péchés, mais je n'y supporte pas le regard des autres". Bref, il est assez rare dans cette rubrique de crier au chef d'œuvre, ici c'est le cas. Valeur sûre, on peut y aller, la langue se régale d'elle-même sur ce pavé de 600 pages de plaisir intense.
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L'âme de la France
(Une histoire de la Nation des origines à nos jours)

C'est à une histoire gaullienne de la France que nous invite Max Gallo avec son Âme de la France, éd. Fayard. La première forme de civilisation est française (Lascaux) : " Et c'est ainsi que sur cette terre hexagonale surgit la première civilisation de l'humanité " (P.32).
Dans son ensemble le livre est très bien fait, c'est une bonne révision de l'histoire de France très "positiviste" où tous les souverains ou presque sont bons.
A partir de 1789 c'est mieux qu'une révision : c'est une analyse politique assez impartiale de la situation à laquelle nous invite Max Gallo, cette analyse, absente des manuels scolaires, fait souvent défaut dans les ouvrages destinés au grand public.
Hélas de "gaullienne" cette vision devient ultra gaulliste et participe à la diffusion du mythe, perdant toute objectivité dès qu'il s'agit de de Gaulle. Pas un seul mot sur les erreurs stratégiques grotesques du Général (le "réduit" breton). De Gaulle est toujours magnifié :
"Lorsqu'il tente la reconquête des colonies d'Afrique noire, les français vichystes de Dakar font échouer l'entreprise". (P.497)
Ces soldats et marins de Dakar n'étaient pas des "vichystes" mais des militaires réguliers luttant contre une minorité rebelle, commandée par un général de brigade (à titre temporaire) et condamné à mort par contumace pour désertion.
Ce "déserteur", qui plus est, s'est allié à une flotte ennemie (anglaise) qui quelques jours avant s'était illustrée à Mers-El-Kébir coulant une partie de notre flotte et tuant 1297 soldats français…. Nous étions à l'été 1940.
On peut toujours quand on a du talent magnifier des faits ou les minimiser, mais les faits sont têtus : Max Gallo ne prend pas le soin de nous dire qu'à Dakar se situait une partie de la réserve d'or de la banque de France et que les anglais s'en seraient volontiers emparé si les "vichystes" de Dakar n'avaient pas repoussé l'attaque.
Pas non plus de remarques sur les virevoltes de de Gaulle sur l'Algérie, Max Gallo ne rentre pas dans les détails de ce qu'il appelle par un doux euphémisme minimaliste "l'affaire algérienne"...
Sachant que nous n'en aurons plus, on ne peut pas en vouloir à l'auteur de magnifier ce qui fut certainement notre dernier grand homme d'Etat.
Même si Max Gallo sait pertinemment que "c'est foutu" il s'interroge à la fin de son ouvrage, sur le devenir de la France en conservant une verve patriotique à laquelle il ne croit peut-être pas lui-même :
"Et de 1995 à 2007, l'Assemblée nationale a fixé par la loi cette nouvelle histoire officielle, anachronique, repentante, imposant aux historiens ces nouvelles vérités sous peine de procès intentés par les représentants des diverses communautés.
Comment, à partir de cette mémoire émiettée, de cette histoire révisée, reconstruire un sens partagé par toute la nation ?
Comment bâtir avec les citoyens nouveaux qui vivent sur le sol hexagonal un projet pour la France qui rassemblera tous les français quelles que soient leurs origines, et faire vivre ainsi l'âme de la France ?
"
On peut tenter un embryon de réponse à l'auteur de "L'Âme de la France" : l'âme, c'est comme la santé, on découvre que ça existe quand on l'a perdue.
Excellent livre en tous cas que cette "Histoire de la Nation des origines à nos jours" je dois reconnaître y avoir éclairci beaucoup de situations grâce aux analyses que l'auteur développe tout au long de l'ouvrage.

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L'anneau du pêcheur

C'est une formidable leçon d'histoire de la papauté, un grand livre d'histoire, un polar noir, un livre d'anticipation, une métaphysique, une leçon de théologie et de droit canon que nous offre Jean Raspail avec "L'anneau du pêcheur", éd. Albin Michel. Le style est acerbe, vif, avec, en prime, l'adorable manie de l'auteur : ses phrases à l'emporte pièce qui sonnent toujours juste : "Les portes ne s'ouvraient plus et à travers les volets clos des maisons encore habitées on entendait le son métallique de l'universelle télévision par quoi s'effaçaient le passé et le souvenir du souvenir" les quatre cent pages ne se lisent pas : elles se dévorent. Si "Septentrion" (R.Laffont) traînait parfois en longueur, ici, les quatre cent pages sont trop courtes. Si "Le camp des saints" (R.Laffont) malgré toute sa richesse épique et sa valeur prophétique, manquait parfois de "pleins" et de "déliés" tout est atteint dans "L'anneau du pêcheur". Pas une œuvre, un chef-d'œuvre.
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Antéchrista

Antéchrista est une fiction d'Amélie Nothomb, dans Le livre de poche. Les personnages y sont solides, contrairement à ceux des ses autres fictions. Peut-être cela vient-il du fait que l'héroïne y parle à la première personne ? Histoire d'une aventure d'adolescente ou d'un incident dans l'aventure de l'adolescence ? Savoureux.
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Anticancer



Un chercheur en neurosciences, David Servan-Schreiber, nous raconte sa tumeur au cerveau dans "Anticancer" éd. Robert Laffont. Dans cet essai de 350 pages, trois livres différents coexistent : l'histoire assez poignante de la maladie de l'auteur, les dernières informations, assez bien vulgarisées, en matière de recherches médicales sur le sujet et les réflexions personnelles de l'auteur sur la prophylaxie que l'on pourrait appliquer pour lutter contre cette épidémie. Dès le début de sa maladie l'auteur découvre l'univers concentrationnaire et déshumanisant de l'hôpital.

"Peu importait que, le reste du temps, je circule d'un pas élastique dans ces mêmes couloirs. Les brancardiers disaient : "C'est le règlement de l'hôpital", et il fallait se résigner à abandonner jusqu'au statut de personne capable de marcher."

Là cependant s'arrêtera la critique du totalitarisme médical, bien que le sujet mérite plus qu'une réflexion. L'auteur est aussi médecin psychiatre, il fait partie des officiers supérieurs de l'ordre blanc et ce n'est pas le but de l'ouvrage.
Les données sont très nombreuses tant en ce qui concerne l'épidémiologie que les habitudes alimentaires, c'est ainsi que l'on apprend qu'au paléolithique l'homme devait consommer environ 2 kg de sucre par an, il en consommait 5 kg/an en 1820 pour passer à ...70 kg par an à la fin du XX siècle !
On y apprend également que la mise au point d'un médicament anti cancer, jusqu'au stade des expériences sur l'homme, peut demander jusqu'à un milliard de dollars d'investissement, mais qu'en retour, l'un d'eux, le Taxol "rapporte à la compagnie qui en détient le brevet jusqu'à un milliard de dollars par an" et que le Lipitor, un anti cholestérol a, lui, rapporté, au plus haut de ses ventes, un million de dollars par heure ! Mais la critique des trusts pharmaceutiques ne va pas plus loin que ces quelques informations et ce n'est pas le but de l'ouvrage.
Une grande partie du livre est consacrée à l'alimentation, au yoga et autres disciplines spirituelles ; pour David Servan-Schreiber il n'y a pas de doutes : il faut manger bio. Les gens qui se soignent par la naturopathie le savent déjà : nos aliments sont nos médicaments, nos "alicaments". Mais comme le dit l'auteur, il serait difficile aux labos de breveter les brocolis, les framboises ou le thé vert.
En résumé, on a un livre assez "new age" sur le cancer, si on définit le "new age" comme l'alliance de la tradition et de la technologie.
Une plume agréable, une vulgarisation raisonnée où le lecteur n'est pas pris pour un con et une bonne construction. Largement lisible et instructif.

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Au cœur du Pouvoir

Il y a en France, au  niveau de la presse d’investigation,  trois « institutions » incontournables :
Jean Montaldo, Le Canard Enchaîné et Emmanuel Ratier. Ces « institutions » sont incontournables, car lorsqu’elles annoncent un fait ou débusquent un scandale, les preuves les accompagnent toujours (copie de lettre, de fax etc...). Emmanuel Ratier, qui est plutôt à situer à droite, vient de faire paraître aux éditions FACTA, un ouvrage intitulé « Au cœur du Pouvoir » dont le principal sujet est le Club « Le siècle ». Ce club qui réunit tout ce que le monde de l’entreprise, des grands corps d’état, de la presse, compte d’important. Toutes ces personnes se retrouvent pour un dîner le quatrième mercredi de chaque mois au siège de l’Automobile Club, place de la Concorde.  
En fait l’histoire du Siècle n’occupe qu’une petite partie de l’ouvrage, le reste étant consacré à la biographie des participants. On a un peu l’impression de lire une suite de « L’Encyclopédie Politique Française » du même E. Ratier parue en 1992. Avec parfois des détails quelques peu sordides et inutiles sur les participants, c’est dommage.
Le portrait type du membre du Siècle pourrait s’établir à peu près ainsi :
Sorti de l’X, de l’IEP ou de l’ENA, -parfois des trois !- passage obligé par  la Cour des comptes, ou l’Inspection des Finances, nommé vice-directeur d’une entreprise privée ou publique, puis directeur d’une autre, il siège dans plusieurs conseils d’administrations ou en reçoit les tickets. Une fois directeur il fait couler la boîte en se tirant avec des parachutes dorés et des stock-options. Il ouvre un cabinet de « consulting » et malgré ses mauvaises gestions a une clientèle nombreuse : ceux qui sont aujourd’hui là où il était hier ! Solidarité oblige.
Selon E. Ratier, mais il n’est pas le seul, la France serait dirigée par environ « ...600 personnes qui concentrent entre leurs mains l’essentiel du pouvoir. » (Quatrième de couverture) qui à un moment ou un autre passent par Le Siècle. Avant-guerre, il y avait les 200 familles, on a tout lieu de croire que dans ces 600 il y a un peu de leurs progénitures. Complot ou réalité ?
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Les beaux mensonges de l’Histoire

Avec ses Beaux mensonges de l’Histoire, éd. Le pré aux Clercs, Guy Breton nous offre un petit moment de vérité. Le livre est un peu court et ne passe pas tout en revue ; l’intention de l’auteur n’était pas de faire une encyclopédie, ni de dénoncer les plus gros mensonges, mais le moment reste distrayant. On peut reprocher à l’ouvrage sa forme de clichés pédagogiques (une jeune femme naïve parle de ses découvertes en histoire et un Monsieur débonnaire et instruit qui lui répond, que, ma foi, ça ne s’est pas toujours passé comme ça...) 
On découvrira au fil des pages que Bonaparte n’a jamais franchi le pont d’Arcole, que Guillaume Tell n’était pas Suisse, que l’an mille n’a fait peur à personne, que le fameux droit de cuissage est une légende, et bien d’autres...
Bien évidemment l’auteur donne des tas de références à ses propos, il égratigne au passage et avec raison, Michelet, le grand mystificateur de l’Histoire de France.
Ca se lit vite, c’est distrayant et instructif.

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Bel-Ami

En Livre de poche, chez Albin Michel, Bel-ami de Maupassant. Un petit bourgeois, salaud ordinaire, issu du peuple, veut devenir un grand bourgeois. Comme il a l'âme d'un grand salaud, il y parviendra. Ce qui ne signifie pas que les petits bourgeois sont des petits salauds et les grands bourgeois de grands salauds. Pas de méprise. C'est grosso modo l'histoire d'une ordure, un proxo dans l'âme qu'on a envie d'étrangler. Pour assurer son ascension il se sert des femmes. Maupassant, qui n'est pas une grande plume, a quelquefois de jolies formules: "Et la causerie, descendant des théories élevées sur la tendresse, entra dans le jardin fleuri des polissonneries distinguées."
Il y a une très belle scène d'agonie au milieu du livre. Bel ami est une peinture de la société française du dix-neuvième siècle, c'est ainsi qu'on apprend que nos ainés avaient de l'appétit, par la description d'un menu du soir dans un de ces restaurants avec salons privés qui fleurissaient à l'époque : les huitres d'Ostende, le potage, puis on apporta les côtelettes d'agneau, on avait apporté le rôti, des perdreaux flanqués de cailles, puis les petits pois, puis une terrine de foie gras accompagnée de salade aux feuilles dentelées le dessert et les liqueurs, le vin était du champagne naturellement. On y découvre également à quel point la femme mariée n'était pas, juridiquement libre : elle ne pouvait hériter par testament d'un tiers sans le consentement de son mari. Un moment agréable.

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Les belles endormies

Curieux, original et exotique l'ouvrage de Yasunari Kawabata " Les belles endormies " éd., Le livre de poche. Un homme de 60 ans, Eguchi, se rend à plusieurs reprises dans une maison de plaisir. Jusque là c'est banal au Japon. Mais les gheshas qu'il rencontre ont une particularité : elles dorment. C'est pour qu'ils dorment avec de belles jeunes filles que cette maison de plaisirs propose ses services aux messieurs. L'écriture est travaillée, les souvenirs du vieil homme agréables et la longueur du roman justement mesuré. A lire un soir où l'envie d'exotisme vous prend.
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Les bienveillantes
(Prix Goncourt 2006)

Voilà un roman qui ne se lit pas d'une traite : un pavé de 900 pages… qu'on a tout de même du mal à lâcher. Les Bienveillantes, édition Gallimard est le premier roman de Jonathan Littell, il a obtenu Le Prix Goncourt 2006.
Je ne sais pas en combien de temps l'auteur l'a écrit, mais il a certainement mis des années à se procurer et à parcourir l'abondante documentation qui le compose. Les bienveillantes, c'est un peu plus qu'un roman, c'est un exercice réussi : l'insertion d'un personnage fictif dans un univers historique récent ; celui de la dernière guerre mondiale.
Avec sa colossale documentation, l'auteur aurait pu écrire trois thèses de doctorat d'histoire : une sur le front de l'Est, une sur les structures de la SS et une dernière sur l'univers concentrationnaire.
Le livre commence en Ukraine et se termine dans Berlin en flammes. Le personnage central, qui parle à la première personne, est un officier SS qui raconte sa vie, ses relations amicales, sa sexualité, sa sensibilité. C'est là que réside le tour de force de l'ouvrage, le SS Obersturmführer Aue, qui prendra du galon en cours de route, est profondément humain, attachant, sentimental, c'est un véritable idéaliste. Il aime la musique, la littérature, les beaux arts… et il n'est pas le seul : nombre de ses amis SS sont aussi amoureux des arts, ils emmènent des fleurs à la maîtresse de maison quand ils sont invités et pratiquent le baise main avec les épouses de leurs collègues.
C'est là que se situe, entre autres, l'originalité de l'ouvrage : décrire le raffinement de la civilisation occidentale et le faire cohabiter avec la barbarie la plus froide, la plus inhumaine, la plus calculatrice. Et sans relâche, au cours de la lecture on se dit : "Non, ce n'est pas possible !"
L'écriture est plaisante, elle erre dans le descriptif, les paysages sont palpables avec les doigts, les couleurs du soleil étalent une palette insoupçonnée et les odeurs lâchent leurs fragrances aux narines du lecteur. Mais cette écriture descriptive sait rester sobre, autant dans un coucher de soleil que dans une scène d'atrocité, c'est peut-être ce qui fait la froideur absolue de l'horreur. Dans cette sobriété crue il faut parfois s'accrocher des deux mains au bouquin pour ne pas chavirer.
Toutefois aussi riche que soit sa documentation Jonathan Littell commet une Kolossal erreur :

"Un de nos Orpo, photographe amateur, avait pris plusieurs pellicules en couleurs durant les exécutions, et disposait aussi de produits pour les développer ; je lui fis réquisitionner du matériel dans une échoppe pour qu'il me prépare des tirages de ses meilleurs clichés." (page130)
La scène décrite se passe dans un bourg Ukrainien en 1941. Or même si la première photo couleur date de 1868, "Le succès à grande échelle dépendait de la possibilité de tirage photographique sur papier que permet le kodacolor introduit en quantité limitée pendant la seconde Guerre Mondiale 1942 puis plus largement dans les années 1950 sous le format 135." Sources : encyclopédie Wikipédia, et nombreux sites sur l'histoire de la photo…
Si la scène est plausible, aux vues des dates, elle reste peu probable.

Un autre petit régal de fin gourmet est un lapsus calami, quand l'auteur philosophe sur le droit, car la philosophie et la réflexion ne sont pas absentes de l'ouvrage. Il écrit :

"Œdipe lorsqu'il tue son père, ne sait pas qu'il commet un parricide ; tuer sur la route un étranger qui vous a insulté, pour la conscience et les lois grecques, est une action légitime, il n'y a aucune faute ; mais cet homme c'était Laërte…" (page 545)
Or le père qu'Œdipe a tué c'est Laïos, pas Laërte, qui était le père d'Ulysse ! Que le lapsus n'ait pas été vu par le "comité de lecture", (sic) n'est pas surprenant, il est juste un indicateur de l'attention de leur travail, mais quand on sait que "Le mensonge d'Ulysse" est un ouvrage -connu pour son scandale- dans la littérature concentrationnaire, qui n'a pu échapper à l'auteur, on se dit que quelque part, le lapsus doit faire sens.

Quoi qu'il en soit, ni l'erreur de "doc", ni ce lapsus ne font ombrage aux Bienveillantes qui réunit tous les ingrédients de la littérature moderne : des phrases simples mais percutantes, pas de fioritures inutiles, du cul, de l'action, des interrogations crues. La fin, prend parfois des allures de grosse farce, inutile à mon avis. Mais l'ouvrage a dû être retouché tellement de fois, que l'auteur ne voulut peut-être plus le reprendre….
Un bon livre de nos jours, c'est rare, à ne pas rater….

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Biographie de la faim

Voilà un ouvrage, comme tous ceux de Nothomb dans lesquels elle se raconte, qui se dévore goulûment comme un sandwich au jambon quand on a faim !
Un écrit biographique, l'auteur y raconte son enfance et son adolescence avec une non pudeur polie et bien élevée. Commencez d'abord par "La métaphysique des tubes" en apéritif, poursuivez par "Le sabotage amoureux" en entrée et passez au plat de résistance : La biographie de la faim, Amélie Nothomb, Le livre de poche. Vous y découvrirez, entre autres, l'origine de son anorexie, décrit en des mots sobres et poignants. Un seul défaut :
on reste sur sa faim, l'ouvrage est trop court. Mais avec Nothomb on devient vite boulimique !

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La bicyclette bleue

Voilà l'histoire d'une gosse de riche capricieuse doublée d'une belle garce adolescente, qui deviendra une femme pendant la période troublée et surprenante de la guerre. C'est à cette aventure, inspirée d'Autant en emporte le vent, que nous invite Régine Deforges dans La bicyclette bleue, (éd. Ramsay, le livre de poche).
Avec cette bicyclette, même si l'instrument s'y prête, nous ne sommes pas dans le descriptif paysagiste ni dans l'analyse des âmes.
Les descriptions sont pauvres et l'auteur a préféré privilégier l'action et le rebondissement aux longues narrations. On ne perd rien et on ne décroche pas : j'ai lu l'ouvrage en trois étapes. Les scènes de l'exode de juin 40 peuvent parfois paraître exagérées, mais ayant lu pas mal sur cette période et ayant entendu nombre de témoignages, la réalité dépasse parfois la fiction, on se dira que c'est crédible, mais les hasards des rencontres sont parfois un peu forcés. Vous n'échapperez pas, à la fin, au sempiternel couplet obligatoire sur la Résistance dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies, ce qui m'évitera de lire la suite...

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Boule de suif

Avec Maupassant Folio classique Gallimard nous ne sommes pas dans la grande littérature, dans la ciselure des mots ou l'architecture de la phrase, mais dans la "littérature loisir" du lisible linéarisé.
Ce qui signe l'écriture de Maupassant c'est le cocasse de la situation. La psychologie des personnages n'est pas très recherchée et les personnages sont rarement finauds, ils sont pourtant toujours authentiques dans leur rusticité, ils arrivent toutefois à être touchants, attendrissants ou détestables tel Boule de suif et ses compagnons de voyage qui est la nouvelle-titre du recueil.
Une vingtaine de nouvelles "fraîches" agréables à lire et surprenantes dans leurs diversités.

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